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Enfin, la dernière phrase du propos
d'Ace explique et justifie l'usage et le rôle majeurs
des regards dans la surveillance systématique du casino
: "(...) Je surveille le gérant, et l’œil dans le ciel
nous surveille tous". La chaîne des regards dans le
dispositif de surveillance exhibe un don d'ubiquité
des yeux. Cette ubiquité des yeux a trait à
l'ubiquité des caméras de Snake eyes.
Donne moi tes yeux semble dire Santoro aux machines, à
la recherche de l'image manquante lorsqu'il visionne les images
du K.O sous l'angle de quatre caméras différentes.
La première caméra montre le boxeur adresser
un crochet à Tyler. La seconde montre Tyler recevoir
le coup. La troisième caméra reprend la première
et travaille au corps ; tandis que la quatrième exhibe
le plan révélateur du K.O, en plongée
sur le ring. "Un coup dans le vide", découvre alors
Santoro.
Tel travail sur l'image - champ, contrechamp, reprise du champ
en plan rapproché et plongée3- annihile le caractère
éphémère de l'image, et l'outrepasse
par l'usage de la technologie, qui exhibe sa force. Grâce
aussi à la dernière phrase d'Ace se trouve alors
annoncée la présence d'un regard supérieur.
Les regards s'enchaînent dans la salle, la salle est
alors régie du ciel.
De plus, l'ubiquité des yeux est
unifiée, lorsqu'Ace évoque le rôle d'un
œil optimal dans le ciel. L’œil scrute du ciel : son dispositif
opère du lieu de la salle propice à la plongée.
Cette phrase essentielle, suivie du plan d'un globe scintillant
suspendu au plafond, fait directement lien avec l’œil omniscient
de Snake eyes de Brian De Palma.
Appelé "the zero gravity flying eye", soit "l’œil volant
à gravité zéro", il s'agit d'un iconoscope
placé dans un dirigeable, qui surveille la salle de
boxe. Oeil bleu, vide, qui n'appartient ici à personne,
œil anonyme. De Palma métaphorise le regard humain,
tandis que Scorsese, malgrè le mot "œil", le déshumanise
quelque peu : l'univers sous contrôle d'Ace Rothstein,
dans "Casino", est finalement surveillé "par un œil
absolu, celui de Dieu. (...) Chez De Palma, l'homme joue à
remplacer Dieu". A l’œil démiurge, créé
par l'homme, s'oppose un instant l’œil divin du Tangiers.
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Avant qu'il ne fasse appel à l'œil-zéro,
Santoro fait appel à ses souvenirs. À la fin
du flash-back retraçant l'assassinat, apparaît
en léger décadrage, la régie de surveillance
de l'œil-zéro, située au fond de la salle de
boxe. Les ultimes instants du flash-back (sonnerie du téléphone
portable de Santoro, suivie des coups de feux), sont retranscrits
dans un dispositif sonore, accèléré dans
un fondu enchaîné qui condense passé et
présent. À l'épisode passé de
l'assassinat correspond la sonnerie du téléphone
et le cri de l'interlocutrice, qui "initialisent" la mécanique
du meurtre.
L'univers sonore se recrée ici par un moyen sonore
dissipant le policier et par un cri qui remplace les coups
de feux initiaux. Seul le boxeur victorieux passe, de gauche
à droite, les bras levés. À l'épisode
présent correspond l'effacement de son corps fondu,
et une salle aux gradins vides et silencieux. Ce fondu signifie
donc un passage du temps, ellipse qui préfigure le
retour au calme ; quand il ne reste rien à voir, ni
à entendre dans une salle désertée.
Aussi "l’œil volant à gravité
zéro" permet-il à Santoro de découvrir
la responsabilité de son meilleur ami, le militaire
Kevin Dunne, dans l'assassinat du ministre. Le début
de cette scène comprend deux plans majeurs qui suggèrent
la supériorité de la machine : plan en plongée
sur Santoro, l'oeil aux aguets, qui se fixe ensuite sur "l'oeil
volant à gravité zéro", puis plan en
contreplongée sur cet oeil-zéro. Le raccord
entre les deux plans s'effectue par un regard hors-champ de
Santoro vers l'œil-zéro. Sa puissance redouble lorsque
Santoro et le spectateur apprennent par la suite qu'elle est
ignorée de tous. Dans la régie de l’œil, aux
plans en champ contrechamp de Santoro face à un écran
vidéo succèdent simultanément un zoom
avant vers l'écran, et un travelling intra image, de
droite à gauche. Ce zoom avant de De Palma préfigure
une vérité inscrite dans l'image. Enfin, seul
l'arrêt sur image fait comprendre à Santoro qu'il
a été dupé. De Palma transfigure la fonction
du travelling, d'habitude descriptif : il devient ici révélateur,
c'est-à-dire affaire de vérité.
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