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LES VERTUS TESTIMONIALES
DE L'IMAGE
Snake Eyes : 45' 50 - 49' 45
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Une autre scène de Snake Eyes
établit un lien avec la première scène
déjà évoquée de "Casino", par
sa structure symétrique et par ses approches plurielles
de l'image. La chaîne des regards, d'une part, et le
motif de l'œil-caméra, d'autre part, De Palma les conçoit
à sa façon, dans une séquence de trois
minutes où se mèlent image au format classique
et au format vidéo. Il faudra évoquer la scission
de l'image, quand le montage dévoile intra-image le
découpage d'un plan en champ-contrechamp. Anouveau,
il faudra étudier la relation entre les hommes et les
caméras vidéo, lorsqu'ils ont recours au dispositif
d'images.
Le support vidéo permet dans cette scène d'exhiber
souvent le champ et son contrechamp. Dans la régie
de surveillance, Santoro recherche la fausse blonde qu'il
soupçonne être impliquée dans le meurtre.
Lorsqu'il pense la reconnaître sur le moniteur vidéo
principal, Walt, le chef de la sécurité, ordonne
de faire un zoom sur elle. Le plan suivant consiste en une
imitation du split-screen : l'image de la femme et de l'homme
est fractionnée, sous deux angles différents
: à gauche, sur un petit écran en plongée,
avec le zoom mis en action ; à droite, sur un écran
plus large, avec une rotation à 180° par rapport à
la plongée initiale. Ce plan de droite ne correspond
pas au contrechamp du plan de gauche, mais à une plongée
à 180°. En revanche, par la suite, en tapant 159 sur
un boîtier, Walt exige le contrechamp du plan qui l'a
précédé. Son geste exhibe toute la mécanique
(champ, contrechamp, plongée et leurs rotations respectives
à 180°) établie entre les caméras. À
chaque vue équivaut une caméra, à chaque
caméra équivaut un code.
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Parallèlement, à l'instar
des plans du vol de Ginger filmés en vidéo dans
"Casino", certains plans vidéo de "Snake eyes" s'insérent
entre des pans de scène de surveillance. Ainsi le plan
vidéo où la femme monte les escaliers et se
dirige vers l'ascenseur, s'insère entre deux plans
"normaux". Ce plan vidéo s'inscrit dans un montage
-transparent- sans que le surveillant (le voyant) soit vu
ou montré.
De même, en plaçant plein écran, une plongée
sur Santoro en format vidéo (en une vue subjective
de la caméra), De Palma concilie au montage, format
vidéo et format cinéma. Le montage du cinéaste
imite et enchaîne les plans en champ-contrechamp des
écrans vidéo. Par exemple, lorsque Santoro monte
les escaliers (soit une reprise du plan vidéo de la
femme), au champ suit son contrechamp : on le voit en une
vue subjective de la femme, en train de courir vers l'ascenseur,
ce qui suggère une rotation invisible à 180°
de la caméra. Santoro poursuit cette femme qui lui
échappe.
Ici réside une métaphore technique qui s'inscrit
dans une réflexion sur le champ-contrechamp. Quand
il rate l'ascenseur, il ne peut entrer dans son champ -l'ascenseur
est filmé- et reste dans le contrechamp des caméras
Pour comprendre la vérité, Santoro doit contester
le défilement de l'ascenseur. Le champ de l'ascenseur,
propice à la quête de vérités (la
principale étant l'identité de l'assassin),
constitue aussi un espace filmique que les caméras
maîtrisent totalement. D'où l'impuissance de
Santoro quand repart l'ascenseur sans lui, et la remontée
vers les images manquantes.
En revanche, si De Palma estompe les usages
traditionnels de la vidéo en insérant au montage
final, le dispositif de vidéo surveillance, il met
en lumière le regard supérieur, "l’œil dans
le ciel qui nous surveille tous" selon les propos d'Ace. Comme
ce dernier dans "Casino", Santoro passe du derrière
de l'écran au devant de la femme : il la reconnaît
sur un écran et s'élance à sa poursuite,
muni d'une radio portative. Quand il demande à Walt
d'un talkie-walkie, le lieu où elle se trouve, ses
yeux s'élèvent, la caméra suit son regard
qui, de bas en haut, s'achève sur un globe oculaire
suspendu au plafond, soit l'exacte réplique de celui
du Tangiers.
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