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De Palma évoque à nouveau
l'oeil-caméra. En placant Walt derrière les
machines, il l'humanise encore davantage. Ainsi a-t-il vue
sur chaque champ et son contrechamp : à sa gauche,
l'écran montre un plan toujours en plongée,
à sa droite, Santoro, qui emplit un cadre en contrechamp
redoublant de taille. Walt régit ce médium de
l'image et maîtrise la géographie des lieux,
aussi peut-il aider Santoro intéractivement. Par ailleurs,
cette intéractivité prolonge la jonction faite
entre les machines et l'homme. Poursuivant la fausse blonde
(et un client du casino qu'il mène dans sa chambre),
Santoro monte dans un ascenseur tandis que Dunne et le "couple"
en prennent un autre. Walt ayant vue sur les ascenseurs, doit
annoncer à Santoro l'étage où ils se
dirigent. "J'ai une idée", dit-il en voyant le portefeuille
ouvert du client. En faisant un zoom puis un arrêt sur
l'image de ce dernier, Walt parvient à lire le nom
du client, et trouve le numéro de la chambre d'hôtel
où il réside. Le zoom sur le détail du
nom se trouve en quelque sorte personnifiée par une
des nombreuses caméras oculaires de Walt. Son zoom
trace un vecteur de vérité en violant ici l'image.
Santoro remercie Walt, il dépend de lui et de sa technique.
De son "idée" et de son usage du zoom, résultent
donc des valeurs "testimoniales de l'image".
CONCLUSION
Santoro "doit sa compréhension du monde qui
l'entoure (en un mot son adaptation) à sa fascination
pour l'image et à sa façon obsessionnelle de
vouloir la retravailler". Les yeux du policier sont aimantés,
d'abord, par le match en question (il "supporte" Tyler, le
boxeur corrompu), ensuite par le recours à l'image,
au pouvoir des caméras omniscientes. Il finira par
refuser la tentation qu'opérait auparavant sur lui
la corruption. En ce sens, Santoro ne pêche pas et l'image
lui est salvatrice. En regardant l'oil-écran de Tyler,
il comprend le leurre et perd presque la vue. La vidéo
la lui redonnera, par la force iconique des images manquantes,
par la pluralité des angles de vue des caméras
composant "l’œil volant à gravité zéro".
La technologie propulse donc la narration et aide Santoro
dans ses recherches.
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L'image montre plus que l’œil humain ne
peut voir d'une réalité De l'écran vidéo
à l'oeil-caméra, les supports de l'image se
synthétisent pour former une entité de l'image
au pouvoir illimité. Snake eyes confirme la maîtrise
du tout-image de De Palma, "véritable analyste de la
mutation de notre société en une civilisation
de l'image et des technologies".
Scorsese déplie sa réflexion
iconographique sur l'image et ses différentes représentations,
puis unifie les regards, utilisées comme autant de
caméras, en un oeil-caméra. De Palma la replie
directement, il condense l'enregistrement du réel par
les machines, en une caméra démiurge. Les caméras
percent donc l'image, elles démasquent le simulacre
: ainsi révèlent-elles que le match de boxe
était truqué et masquait un assassinat ainsi
qu'un complot politiques.
Le support de l'image est érigé en instrument
de vérité, procédé de dévoilement,
là où la réalité est rendue caduque
par une manipulation. Scorsese et surtout De Palma approfondissent
le statut accordé à l'image vidéo : avec
ce support, ils opèrent dans l'image. De Palma transfigure
et rehausse l'enquête policière classique, qu'il
légitime par le retour sur image : pour comprendre
la vérité et revenir sur les images produites,
il faut donc contester la vitesse et parvenir à contrôler
le récit en le ralentissant. L'image ne peut être
unique, univoque, elle s'inscrit et ne vaut que dans un tissu
d'interdépendances entre les images des caméras.