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Spider man (c) D.R. QUI EST SPIDER-MAN ?
Par Emmanuel PASQUIER
de l’équipe de Cinélycée.com


Il y a bien vingt ans que je me prends pour Peter Parker. Voilà ce que révèle " Spider -Man ", le film, celui qu’on n’attendait plus.

Avant le film, la relecture de l’intégrale des aventures de Spider-Man, republiées par Marvel Comic Books en noir et blanc, The Essential Spider-Man (déjà cinq volumes, regroupant les cent-treize premiers numéros) pouvait déjà produire le même effet : une puissante réminiscence, comme une remontée aux origines, révélant ce que pourtant on savait déjà : que l’image de l’adolescent mélancolique, arpentant, tête baissée et mains dans les poches les rues de la ville (on a les Rimbaud qu’on peut), en ressassant silencieusement ses déboires existentiels (everything I think of reminds me of something else…), était indéfectiblement liée à nos années de collégien, extra-terrestres et soudain si proches.

Il était palpable, dans la salle du cinéma, que " je " n’avais certes pas le monopole de cette familiarité avec notre héros, à voir l’exaltation que provoquait l’accomplissement rituel des étapes successives de la transformation de Peter Parker en Spider-Man. Jouissance de voir s’accomplir ce que l’on connaît par cœur. Il semblait que tout le monde compensait enfin l’erreur fatale d’avoir un jour décidé de revendre à bas prix sa collection de " Strange ", patiemment accumulés pendant plusieurs années, jusqu’à ce que l’on ait l’idée bizzare que ce n’était plus de notre âge. Perdue avec elle, toute une époque où les aventures des super-héros s’entremêlaient aux sons du terrible medley " Génération 60 ", comme si lire Spider-Man, ç’avait aussi été rêver sur l’Amérique d’où il nous venait, " un air nouveau qui nous vient de là-bas ". Et même, en ce début des années 80, c’était une rêverie sur une rêverie de l’Amérique des années 60, qui rattachait instinctivement Peter Parker à James Dean, Elvis et les débuts du Rock & Roll. Déjà la nostalgie d’une nostalgie.



  The Amazing Spider-Man (c) D.R.

Film et bande-dessinée : le mouvement de Spider-Man

L’idée d’un film de Spider-Man était déjà présente pour le lecteur du comic book. C’était l’horizon, un événement à venir.

Collectionner les numéros de Spider-Man, c’était se situer entre deux moments mythiques, quelque part entre la Genèse et l’Apocalypse: d’un côté une entreprise de re-collection, une remontée aux origines, à la recherche du mythique Strange numéro 1, qui relatait les origines de Spider-Man. Mais aussi, de l’autre côté, l’attente de quelque chose de nouveau, du moment où Spider-Man deviendrait plus qu’une bande dessinée : du moment où l’on deviendrait soi-même – " en vrai " - Spider-Man, ou, à défaut, où la distance fiction / réalité semblerait s’abolir par une manifestation du héros sur un mode nouveau et plus puissant : le cinéma. Spider-Man , le film , c’était l’équivalent, pour la fin des temps, de ce que Strange numéro 1 était pour l’origine. En vérité, une revivification de l’origine, une nouvelle origine, et une manière pour nous qui étions trop jeunes pour avoir participé directement à cette origine, de nous l’approprier à notre tour sur le mode propre de notre époque.

Mais il faut croire que nous étions une génération mal située. Car le cinéma, alors, n’était pas à la hauteur de nos attentes, et les séries télévisées qui nous présentaient en noir et blanc, un gros balourd en collant avec des yeux globuleux dissymétriques, ne satisfaisaient pas notre désir. Déjà, nous comprenions qu’il faudrait attendre une autre génération cinématographique pour voir s’accomplir le prodige.

C’était même à croire que le cinéma ne serait jamais à la hauteur pour rendre les effets particuliers créés par la bande dessinée. Car si le cinéma, avec ses images-mouvements, peut paraître un mode de représentation infiniment plus puissant que la bande dessinée, qui dans une certaine mesure, ne fait que tenter de copier ses effets, le cas de Spider-Man nous révèle au contraire la force propre de la bande dessinée. Elle nous rappelle qu’avec un peu de papier, quelques crayons et du savoir-faire, on peut faire surgir des mondes imaginaires que le cinéma ne peut reproduire qu’au prix de millions de dollars et d’une mise en œuvre de moyens proprement industriels. Et ce n’est pas tout, car les millions ne suffisent encore pas à recréer certains effets propres au dessin.