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Ainsi naît Tarzan, supérieur
aux singes parce qu’il est homme, supérieur aux hommes
parce qu’il est singe, supérieur aux Africains parce
qu’il est Européen, supérieur aux Européens
parce qu’il est Africain, réunissant les attributs
de la civilisation et de la sauvagerie, du cow-boy et de l’indien,
de l’étudiant d’Oxford et du cannibale.
L’histoire de Tarzan est celle de la reconquête de sa
propre civilisation, sa re-européanisation, et en même
temps l’impossibilité de cette re-européanisation.
L’inévitable épisode de " Tarzan à
New-York " préfigure le devenir-jungle de
la ville, et laisse attendre un Tarzan de New York.
Avant d’en arriver à Spider-Man comme le héros
par qui la ville se fait proprement jungle, tandis qu’en lui,
Tarzan se fait héros urbain, il faut encore passer
par une étape intermédiaire : le costume.
Tarzan était tout nu. D’où viennent tous ces
affreux costumes ?
Où se fait la rencontre entre la fête et le spectacle
de la justice ? Et celle entre la jungle et la
ville, entre l’Afrique et le monde blanc? Dans le même
lieu où se fait la rencontre entre le normal et le
monstrueux, et aussi entre le naturel et le surnaturel, et
entre le ciel et la terre : au cirque.
C’est de l’imaginaire du cirque que Lee Falk, qui voulait
faire du théâtre, créateur de Mandrake,
tire le tout premier des héros costumé :
le Phantom. En bas rouges avec un masque noir, et avec un
slip zébré qui rappelle Tarzan, le Phantom est
un mélange d’acrobate, d’haltérophile et de
magicien. Lui aussi se trouve quelque part au carrefour de
l’Europe, de l’Afrique et de l’Amérique (dans certaines
séries, il est même nommé "Captain
Africa "). Descendant d’un marin de Christophe Colomb,
échoué en Afrique et recueilli par une tribu
de Pygmées, sur qui sa descendance règne de
père en fils, il se fait passer pour immortel, et fait
régner la justice à travers le monde, transcendant
à la fois les limites du temps et de l’espace (d’où
son nom). S’inscrivant dans la lignée des justiciers
masqués, il signe ses actes par le symbole d’une tête
de mort, à l’image de son repaire en Afrique, et laisse
se profiler derrière lui l’image ambiguë du bourreau
médiéval, des exécutions publiques et
de la fête des morts.
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Avec Spider-Man s’opère le retour
du fils prodigue dans son véritable lieu d’origine :
l’Amérique. Le cirque, qui est aussi l’arène,
et le tribunal, prend les dimensions de la ville tout entière,
qui devient par là-même une nouvelle jungle,
remplie de créatures étranges et où les
buildings tiennent lieu de baobabs.
De même que la conquête de la jungle appelait
l’invention d’un surhomme qui s’incorpore les puissances de
ce qu’il conquièrt, de même, la ville moderne,
écrasant l’individu sous ses foules et ses buildings
appelle un individu qui se hisse à sa hauteur, qui
puisse échapper aux flux anonymes, et transformer la
verticalité en horizontalité, courant sur les
façades comme si elles étaient des routes, et
franchir les abîmes entre les immeubles. Un tel fantasme
est inscrit dans la forme même de la ville américaine,
qui est comme un quadrillage en trois dimensions, en particulier
la ville des villes : New York. Spider-Man est un héros
essentiellement new-yorkais, régional (" your
friendly neighborhood Spider-Man ") – contrairement
à Superman, new-yorkais aussi, mais d’un New York qui
a la dimension d’une capitale mondiale (Metropolis),
Leviathan qui incarne la puissance de l’Etat fédéral,
et non d’une ville particulière.
Une seule chose manque pour qu’un nouveau Tarzan puisse s’élancer
dans cette ville : des lianes. C’est peut-être
de ce côté-là qu’il faut chercher la véritable
origine de l’idée de " l’homme araignée " ,
plus que dans les fantasmes sur la radioactivité qui
sont le moyen à tout faire de tous les comics de l’époque
(on remarquera que le film y substitue habilement la recherche
génétique). Pour avoir un Tarzan new-yorkais,
il faudrait quelqu’un qui puisse lui-même lancer des
filins d’un immeuble à l’autre pour pouvoir y faire
ses acrobaties. Or quel est l’animal qui produit de la toile ?
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