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La culpabilité face au père
mort se double ainsi d’une lutte permanente contre ce père
qui ne cesse de revenir. L’adolescent ne cesse de conquérir
son statut d’homme dans un affrontement homosexuel, le corps
mesuré à la ville phallique, l’ennemi le séparant
de la femme qu’il aime, et le séparant toujours de
la plénitude de l’amour. Dans le comic, Spider-Man
ne sauve pas sa chérie, que le Goblin jette du haut
du pont de Brooklyn.
Ainsi se joue et se rejoue, jusqu’à l’écoeurement
dans cette lecture sérielle de centaines d’épisodes,
le drame de la conquête de l’âge adulte et de
la sexualité, qui doit à la fois s’accomplir
un peu pour éviter de lasser le lecteur, mais être
toujours retardé, pour que la série puisse continuer.
Là encore, c’est l’art de la série qui peut
être pensé sous la métaphore du déplacement
de Spider-Man, suspendu puis en chute, suspendu puis en chute,
ne prenant jamais son envol, sans jamais revenir sur terre
non plus.
COMIC WARS
Un épisode est consacré à la recherche
effective de ses parents réels par Spider-Man. Il ouvre
sur encore une nouvelle, et dernière, piste dans cette
généalogie du personnage.
On ne s’étonnera pas qu’une telle recherche mène
notre héros…en Afrique. En Afrique du Nord plus précisément,
dans la Casbah d’Alger, carrefour de l’Europe et de l’Afrique.
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Ayant trouvé des vieux journaux (toujours
la presse) qui lui ont appris que son père et sa mère
avaient été des espions au service du IIIè
Reich, il mène l’enquête sur leur disparition,
et affronte…le " Red Skull ". Figure d’une
autre génération, grand adversaire de Captain
America dans les années 40, le " Red Skull ",
lieutenant monstrueux de Hitler incarne le nazisme. Spider-Man,
au terme de son enquête, découvre que ses parents
étaient en fait des agents doubles, morts en héros,
tués par le " Red Skull " dans
un accident d’avion organisé. Manière de rappeler,
en effet, les origines de Spider-Man, par rapport à
une ancienne génération de super-héros,
celle des années 30-50. Ce que dit cet épisode,
c’est que, d’une certaine manière, le père de
Spider-Man, c’est Captain America.
Créé comme figure de la résistance au
nazisme, super-héros de la guerre, Captain America,
lui aussi, dans sa première version, disparaît
comme les parents de Peter, dans l’explosion d’un avion.
La boucle est ainsi bouclée. Le lien est fait entre
l’ancienne génération et la nouvelle. Mais aussi
entre la lutte fictive contre des personnages monstrueux et
colorés, et la lutte réelle de l’Amérique
contre le nazisme.
Dans son nouveau roman, " The Amazing Adventures
of Kavalier and Clay "(Random House, septembre 2000)
l’écrivain Michael Chabon brode autour de cet enracinement
de l’imaginaire des super-héros dans l’immigration
des Juifs d’Europe aux Etats-Unis. " Superman, tu
ne crois pas qu’il est juif ? Venant du vieux pays, changeant
de nom comme ça…Clark Kent : il n’y a qu’un Juif
pour prendre un nom pareil !… "
Avec en arrière-fond la légende du Golem, le
roman raconte comment deux jeunes Juifs, l’un de Brooklyn,
l’autre échappé de la persécution nazie
à Prague, réalisent le rêve américain,
et conquièrent la gloire et la fortune en dessinant
les aventures de héros costumés. Joe Kavalier
et Sammy Clayman, les héros du roman, ce sont aussi
bien Jerry Siegel et Joe Shuster, les créateurs de
Superman ; ou Joe Simon et Jack Kirby, une des premières
équipes mythiques de Timely Comics (qui devint ensuite
Marvel). Ou encore Stan Lee et Steve Ditko, les créateurs
de Spider-Man. Comme Peter Parker, qui vend pour vivre les
images de ses aventures en héros costumé, ils
vendent leurs personnages pour une bouchée de pain,
tandis que leurs éditeurs font des fortunes avec leurs
créations.
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