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La toile de fond de la Seconde Guerre Mondiale
informe l’image des super-héros. Dans un monde où
règne la " banalité du mal ",
où la guerre, anonyme, industrielle, semble ne pas
être seulement le produit de décisions individuelles,
mais aussi l’effet de forces structurelles aveugles, l’affrontement
du super-héros au super-vilain est une tentative pour
redonner à la guerre la forme d’une lutte entre individus,
pour surmonter l’inintelligibilité de la guerre et
lui donner la forme du face-à-face bien réglé,
où les rôles sont clairement répartis.
D’où la présence directe, récurrente
dans les comics, du personnage de Hitler lui-même, incarnation
du Mal.
Spider-Man, héros des années soixante, reprend
le flambeau de la lutte, sur le fond des mouvements américains
pour les " Civil Rights " et pour les
luttes anti-racistes. Soigneusement édulcorées,
ces luttes sont présentes dans le comic sous la forme
de mouvements d’étudiants pour un nouveau dortoir ou
de manifestations anti-pollution…Peter Parker les soutient,
mais ne peut jamais y participer, Spider-Man étant
toujours appelé à des luttes dans des étages
supérieurs de la ville et de l’imaginaire. Il échappe
ainsi aux difficultés et aux frustrations, aux héroïsmes
impalpables, de l’action collective. Toujours dans la lutte,
mais toujours en-deçà du politique.
Héros du monde libéral, le super-héros
est la métaphore du héros du rêve américain,
qui est aussi bien l’entrepreneur que le gangster, qui fait
son chemin à la force du poing dans un monde strictement
économique, où tout est rapporté à
des décisions individuelles, sans que soit jamais posée
la difficile question de l’inscription de l’individu dans
des structures qui lui préexistent et le déterminent.
On comprend aisément qu’on puisse raconter comme un
affrontement entre super-héros les récentes
luttes de pouvoir, réelles, pour la prise de contrôle
économique… des éditions Marvel elles-mêmes,
comme le fait Dan Raviv dans un livre tout récent,
" Comic Wars " (Broadway Books, avril
2002).
Mais assez ! On n’en finirait pas de lancer des liens
et de filer des métaphores, remontant toujours plus
haut dans les origines de Spider-Man, plus loin dans les ramifications
de sa toile, tant est factice la solitude des héros
solitaire. Jusqu’à cette " worldwide web ",
qui t’a amené jusqu’ici, lecteur, balançant
de paragraphe en paragraphe, jusqu’au cœur de la toile de
cet article, où je t’attendais.
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