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FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DE BELFORT « ENTRE VUES » 2004
Compte-rendu
Par Matthieu CHEREAU

Deux ans déjà, et un plaisir croissant à rallier Belfort, sa nuit, sa pluie et ses films. Outre ses rétrospectives, Entre Vues se distingue cette année par une compétition riche et précieuse, au sein de laquelle les films, tantôt proches, tantôt opposés, conversent librement autour d’une forme ou d’un thème, sans se soucier pour autant des catégories où on les range.



Plusieurs films tournent par exemple autour de moments intimes, faits d’émotion et de révélation. Certains, à l’instar de Pork and Milk et Malgré la nuit, regorgent de confessions, de récits d’instants « qui ont tout changé ». Dans le premier film, c’est la conversation chez des enfants issus de familles ultra-orthodoxes juives, de la religion à la laïcité ; dans le second, c’est d’une conversion inverse qu’il s’agit, de l’instant où le Christ s’incarne dans le monde, et inspire la foi. Les mouvements sont contraires, mais l’épiphanie demeure identique, et le récit qui l’évoque tient d’un perpétuel accouchement, tant il est condensé, tendu, solidement arrimé à la vie dont finalement il dépend. À côté, on trouve d’autres films qui abordent pareillement la confession, comme l’hilarant Peau de cochon de Philippe Katerine. Mais ce dernier confesse d’une manière plus volontaire puisqu’il filme et parle à la fois, plus têtue aussi car son auditoire - dans le film du moins - a beau prêter peu d’attention ou ne pas véritablement comprendre ce qu’il dit, il persiste et signe, insiste sur ces trois jours de coma qui ont changé sa vie, ou sur cet étron saisi dans l’eau qui a scellé sa conversion au socialisme (sic !). Ailleurs encore, dans Crazy life de Jean-Pierre Gorin, un gangster samoan verse une larme en avouant qu’un seul mot de sa mère, prononcé lors d’une visite de celle-ci à la prison, lui a suffi pour changer de vie. Au dispositif de confrontation face à la caméra, s’ajoute celui du témoignage des amis du gangster : « jamais il n’a pleuré devant nous ». Unicité de l’expérience de la parole devant la caméra, comme si celle-ci devait sa force à ce qu’elle a de mécanique, d’amoral donc, de vide presque. Comme si par la parole ininterrompue revenant aux instants-clés d’une vie, l’homme comblait l’insondable vide d’un mécanisme qui peut (croit-il) lui donner un sens.