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DVD

LES AMANTS
DE LA NUIT

de Nicholas RAY
Par Cécile GIRAUD

SYNOPSIS : Fraîchement évadés de prison, Bowie, Chickamaw et T-Dub trouvent refuge dans un garage tenu par le frère de Chickawa et sa fille, Keechie. Après un hold-up, Bowie (Farley Granger) est blessé dans un accident de voiture. Keechie (Cathy O’Donnell) le soigne et les deux jeunes gens ne tardent pas à s’éprendre l’un de l’autre. Ils décident alors de s’enfuir ensemble dans la nuit...



POINT DE VUE

Nicholas Ray est un être mythique, tout en lui respire la légende, à commencer par le bandeau noir qui couvrait son œil droit, et qu’il relevait parfois sans que l’on sache pourquoi. Sous ses allures de pirate, sous couvert de ses personnages masculins, petits truands, ado paumés, héros sur le retour, Nicholas Ray nous a livré l’œuvre cinématographique la plus romantique qui soit.

Nicholas Ray s’est plu à travailler les genres. On a Johnny Guitar de Western, Les amants de la nuit de film noir, sans s’apercevoir que, si le réalisateur se plaît à poser des toiles de fond, c’est pour mieux faire ressortir les vraies couleurs de son cinéma, fait de désespoir, de passions rentrées, d’amours inavouées, et d’une subtilité que les films de genre souvent ignorent. On ne connaîtra jamais vraiment les tenants et aboutissants de la relation mystérieuse de Johnny et Vienna, tout comme l’on ne comprendra pas comment l’amour total a pu pénétrer Bowie et Keechie au premier regard dans Les amants de la nuit.

Si les genres sont plaqués aux films de Nicholas Ray, ses personnages en sont grandis en détail, en relief. Chacun semble être un gouffre ouvert sur l’inconnu, un grand trou noir dans lequel on chercherait à tâtons des indices qui permettraient de sortir du labyrinthe, et de voir la vie en plan large, alors que nous sommes perdus dans les visages tendus.

Bowie et Keechie sont deux amants en fuite, pensant pouvoir être sauvés par l’Autre. Impossible de ne pas les comparer à Bonnie et Clyde. Mais le romantisme des personnages de Nicholas Ray n’est pas tout à fait celui d’Arthur Penn. La différence semble consister en leur foi en l’amour : Penn filme un couple qui se cache derrière les sentiments qu’il croit éprouver, mais dont il doute à chaque instant, Bonnie et Clyde se sont trouvés par hasard sans que le destin ne s’en soit mêlé. Clyde ou un autre, après tout, peu importe. Bowie et Keechie sont des êtres du destin : se voient, s’aiment, se marient, font un enfant... Leur jeunesse n’enlève rien à leur maturité. Clyde ne connaît rien à la vie, il se laisse embarquer par Bonnie parce qu’il s’ennuie. Bowie a déjà connu la prison, Keechie a-t-elle réellement connu l’enfance ? Les personnages de Nicholas Ray sont sous-tendus par un vécu qui les a définitivement marqués, comme il a marqué la vie de Vienna dans Johnny Guitar, ou celle de Jim dans Rebel Without a Cause. Ce passé qu’ils tentent tous d’oublier fait d’eux des personnages dont la couche de stéréotypes est craquelée par un souterrain de mystère.