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LE TANGO
DES RASHEVSKI

de Sam Gabarski
Par Myriam OHAYON

SYNOPSIS : L’histoire commence avec la mort de Rosa, la grand-mère de la famille Rashevski. Elle détestait la religion et les rabbins, et pourtant elle avait réservé un emplacement dans le carré juif du cimetière. Les Rashevski sont complètement perdus. Tout à coup, ils ressentent des préoccupations qu’ils ne se connaissaient pas et ne sont pas d’accord entre eux. Ils ne savent pas comment l’enterrer...



POINT DE VUE

« Tu sais ce que c’est ton problème ? C’est qu’en fait tu ne te sens pas vraiment juive. - Si je m’sens juive ! - Ah bon, et qu’est ce que tu fais exactement pour te sentir juive ? - Et bien justement, il n’y a rien à faire, il faut juste le sentir. »

Peut-on être juif simplement en le ressentant ? Ou doit-on se convertir ? Mais, qu’est ce qu’être juif ? Sam Gabarski nous pose toutes ces questions dans son Tango des Rashevski. Il ne prétend pas y répondre. A ces mêmes questions, les plus grandes instances religieuses apportent des réponses qui déjà prêtent au débat, des réponses qui ne sont pas toujours acceptées par la communauté. Mais l’intelligence de ce film tient peut-être dans la pluralité des pensées que chacun des personnages peut avoir : lorsque certains préfèrerons un mariage mixte, d’autres préfèrerons la conversion, les choix ne sont pas à justifier, ni même à juger. Car à travers ces trois générations de personnages, chacun réagit à sa manière, avec sa personnalité et son passé, et, de la même façon que dans les instances religieuses, chaque pensée peut prêter à un débat.

Mais voilà, chez les Gabarski, lorsque l’on ne sait pas résoudre un problème, on s’en remet à la musique, à la danse, au tango. Ce n’est pas pour rien, la chanson a toujours eu une grande importance dans les traditions juives : pour Charles Dobzynski, auteur du Monde Yiddish (L’Harmattan, 1998), il est question d’« autoprotection et d’autodéfense » : en chantant, on prouve son existence même si cette dernière peut être contestée et on essaye d’évacuer nos peurs, nos doutes mais on transmets également nos joies et nos espérances. Cette tradition a permis aux plus démunis, à ceux que l’on a traité en sous-hommes, de trouver si ce n’est un moyen de résistance, au moins un refuge. Ces traditions, ce sont celles qui nous rattachent à notre passé, tango, yiddish et vodka chez les Gabarski qui, malgré toutes leurs interrogations, malgré leurs divergences et leurs différences, arrivent parfois à se concilier, si ce n’est autour d’un repas de fête, au moins lors d’un enterrement pour tenter d’expliquer ce qu’est « un Mensche ».