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"Stormy Weather", Andrew Stone,1943
STORMY WEATHER
de Andrew Stone
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Les plus grands musiciens, chanteurs et danseurs noirs des années 40 racontent un chapitre important de l’histoire du jazz.



POINT DE VUE

La comédie musicale Stormy Weather réalisée en 1943 par Andrew Stone, interprétée par des artistes de jazz authentiques - Noirs-Américains, donc - met en valeur le pionnier de la tap-dance Bill « Bojangles » Robinson, en fin de carrière, certes - mais il n’a jamais semblé particulièrement juvénile... Robinson, vedette masculine du film, devint célèbre dès les années 1910 en se produisant dans des « vaudeville shows » itinérants destinés au public noir. Fred Astaire, qui débuta avec sa sœur Adèle vers la même période, admirait le style précis, mélodique et léger de ses claquettes qui contrastait avec sa raideur d’apparence, au point que, grimé en « black face », il lui rendit hommage quelques années plus tard dans un de ses films RKO, Swing Time (réalisé par George Stevens en 1936) où il inventa avec le chorégraphe Hermès Pan le magnifique numéro « Bojangles of Harlem ».

"Stormy Weather", Andrew Stone,1943 Le boniment du film - un danseur raconte sa carrière de 1918 à 1943, moment où il rencontre Cab Calloway et retrouve son amour Selina -, n’a pas grande importance puisqu’il permet tous les changements de direction, de rythme, de tempo, bref le passage à l’art véritable, le seul qu’ait inventé l’Amérique au 20ème siècle : le jazz. Avec ses numéros de danse, de musique et de chant spectaculaires (ceux des Nicholas Brothers), ou raffinés (les prestations discrètes des musiciens Zutty Singleton, Benny Carter, Coleman Hawkins ou d’Illinois Jacquet dissimulés dans l’orchestre). Aux côtés de la chanteuse comédienne Lena Horne, sorte de Michael Jackson féminin, métissée jusqu’au blanchiment, probablement victime consentante de la chirurgie « esthétique », artiste qui fascinait Vincente Minnelli - la même année que Stormy Weather sortait son film Cabin in the Sky, avec un « All-Cast » afro-américain : une Lena Horne entourée de Louis Armstrong, Ethel Waters, Duke Ellington, etc. - , on trouve de grandes figures de l’art afro-américain : les Nicholas Brothers dont la danse acrobatique finale était bissée par les spectateurs subjugués, ce qui obligeait les projectionnistes à remont(r)er la dernière bobine, mais aussi le pianiste-compositeur-chanteur-amuseur Fats Waller qui mourut en cette année 1943, la chorégraphe Katherine Dunham, sans oublier Cab Calloway dont les tenues excentriques et les onomatopées post-scat et pré-rap (« Za Zoo Zazz ») sont à l’origine du mouvement des Zazous apparu en France sous l’Occupation.