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RAY
de Taylor Hackford
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Ray Charles, c’est d’abord un mythe : cinq décennies de succès, une carrière musicale exceptionnellement riche, féconde et diverse, émaillée de dizaines de classiques qui ont fait le tour du monde et inspiré des générations de jeunes artistes. Mais derrière cette image légendaire se profile l’histoire émouvante, méconnue, d’une vie, l’itinéraire d’un homme qui réussit à surmonter ses handicaps et ses drames personnels.



POINT DE VUE

Il y a quelques années, le cinéaste Taylor Hackford était venu à Paris présenter, en séance spéciale au Cinéma des cinéastes, son excellent documentaire consacré à Chuck Berry, Hail ! Hail ! Rock’ n’Roll (1987) dans une copie de la Cinémathèque prêtée par Alain Marchand.

Le réalisateur, qui a signé l’un des films de danse les plus fameux de Mikhail Baryshnikov, White Nights (1985), a choisi le mode fictionnel pour traiter de la première partie de la vie d’une autre grande figure légendaire, Ray Charles.

De même que The Aviator (2004) reconstitue avec vraisemblance l’univers des tournages hollywoodiens des années 30 à 50 - pour donner son point de vue sur les tournages d’Howard Hughes, encore faut-il avoir les moyens de ses ambitions, et Scorsese se les donne, ne serait-ce qu’en produisant une imitation de Katherine Hepburn meilleure que l’original - , Ray (2004) restitue parfaitement l’ambiance de l’industrie du disque des années 50 et mélange très adroitement bandes sonores d’époque et arrangements musicaux contemporains tout aussi dignes d’intérêt, nous montrant par la même occasion, de manière documentée et sans trop d’effets de fascination rétro, le travail de prise de son en studio - nous ne sommes ici ni dans l’âge d’or de la comédie légère en technicolor type The Girl Can’t Help It (1956) dont la production d’un tube était le sujet principal, ni dans la nostalgie béate du chromo American Graffitti (1973), ni dans la perte définitive de repères sonores entre l’original (l’analogique) et la reproduction (le numérique), qui eut lieu avec la sortie de la biographie d’un autre junkie fameux, Bird (1988), et avec l’arrivée miraculeuse du mixage numérique ouvrant la voie au revival et aux duos posthumes entre Charles Aznavour et Edith Piaf, Nat King Cole et sa fille, Elvis Presley dead et son orchestre live, etc. : ce fut là la vraie fin des haricots, la fin de la notion de master, la chute des maisons Usher du disque...

Pour recruter l’acteur incarnant Ray Charles - du vivant du chanteur-compositeur - le casting, comme le relate Hackford dans le dossier de presse, a sans doute été moins évident que celui du comédien français devant incarner François Mitterrand à l’écran (seul Gérard Depardieu aurait pu être meilleur que Michel Bouquet). L’acteur Jamie Foxx a subi un test digne d’un conservatoire de musique, ayant eu à interpréter au piano et à la demande de Ray Charles lui-même un morceau de... Thelonius Monk.

Chez Scorsese, la musique illustre la narration en un flux (un fond sonore) permanent, comme dans une hallucination auditive, avec des pistes se chevauchant sans jamais laisser la moindre place au silence - au temps mort. Ici, on coupe à la hache dans les chefs d’œuvre de Ray Charles, un peu comme un monteur taliban (= iconoclaste) s’en prenant aux trésors de la musique populaire - c’est déjà arrivé dans le cinéma américain où l’on s’est permis, il est vrai il y a un certain temps déjà, de couper le sifflet à un Louis Armstrong (autre chanteur à voix ample ayant probablement, tout comme Nat Cole, inspiré Ray Charles) en plein milieu d’un solo de trompette, pour faire place à un bout de dialogue qui se voulait palpitant entre le jeune premier et sa fiancée.