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LA DISCOTHEQUE
DES FILMS #4

Across 110th Street de Bobby Womack dans Jackie Brown de Quentin Tarantino
Par Frédéric FOUBERT

« J’aperçois une petite ville américaine, minable, criarde, une sorte de juke-box avec ses lumières au néon, ses bars et ses joueurs de poker. Tout à fait l’intérieur d’un juke-box. Le film se colore, acquiert une saveur particulière. Tout votre travail se trouve influencé par cette vision. » Vincente MINNELLI, à propos de Comme un torrent, « Cahiers du cinéma », n°128, février 1962.

Une chanson, un film, une histoire... Quand les cinéastes piochent les bons morceaux dans leur discothèque personnelle, on ne les entend plus de la même façon... Petite promenade à l’intérieur du juke-box, là où le rock transforme l’image, et inversement...



Film de genre ou film d’auteur ? Polar ou romance ? Film de flingues ou film de femmes ? Rien de tout ça, il suffit de le voir pour s’en convaincre : Jackie Brown est un film d’autoradios. Imbattable dans sa catégorie, d’ailleurs. Et attention !, par autoradios, nous n’entendons pas ces modernes machines engloutissant les CD, mais bien celles, antiques, lisant d’encore plus antiques cassettes audio. Tout au long du troisième film de Quentin Tarantino court une fascination insistante (suffisamment insistante pour ne pas être innocente) pour les mini révolutions technologiques oubliées ou vouées à disparaître, gadgets un peu cheap faisant la fierté de leurs propriétaires : répondeurs aux redoutables voix métalliques, bippeurs, et clés de voiture désactivant l’alarme à distance qui étonnent l’amorphe Louis (De Niro), tout juste sorti de prison.

Délicieux petits anachronismes qui font de Jackie Brown, déjà, un film d’époque. Décorum un peu minable, qui transforme la vie en quincaillerie - mais après tout, l’essentiel du film se passe dans un centre commercial. Symboles discrets, surtout, d’un monde qui change, du temps qui passe, des choses qui se fanent : lorsque Jackie pose son vinyle des Delfonics sur la platine, Max demande, pour faire la conversation : « Vous n’êtes donc pas passée par la révolution du CD ? ». Quelques instants après, Jackie l’interroge, comme en écho : « ça vous fait quoi, de vieillir ? ».

L’autoradio, donc. Comme chacun sait, les voitures sont l’un des meilleurs endroits au monde où écouter de la musique. Soit on se laisse porter par nos stations de radio préférées, soit on décide de composer soi-même le menu sonore de nos trajets. On a ainsi toujours roulé en musique chez Tarantino : c’est la fameuse émission « Super Sounds of the Seventies » dans Reservoir Dogs. Grand changement cependant dans Jackie Brown, où on s’accompagne partout de sa cassette fétiche, où, en un mot, ce sont les personnages qui choisissent la BO. Continuelle indécision : on ne sait jamais d’où vient le son. La musique est-elle dans l’image, ou bien plane-t-elle au-dessus ? A tout moment, un personnage, en coupant le contact, peut mettre fin à la bande-son.