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IDEES #3
Idées éparses sur quelques films
Par Johannes HONIGMANN


Los Olvidados : l’œuf lancé sur l’objectif de la caméra expulse le spectateur de l’univers du film, le projette brutalement dans son siège et l’y attache.

Le Déserteur : Film le plus étrange qui soit. Poudovkine applique la technique du montage sonore rhétorique, il en résulte des séquences grandioses et totalement incompréhensibles au sens où le réalisateur l’a voulu. Le matraquage sauvage des ouvriers par la police réactionnaire est souligné par une musique d’un triomphalisme délirant. Pour Poudovkine, cela fait allusion à la future victoire de La Cause. Le cœur du spectateur est entraîné par la musique à battre à l’unisson des coups. Le héros positif, un ouvrier obtus qui se convertit au stalinisme, ressemble physiquement à Mussolini. La séquence du haut-parleur dans l’usine : Orwell, Huxley et les procès de Moscou tout à la fois, le tout totalement anticipé et absolument involontaire. Un immense haut-parleur fait résonner toute l’usine de ses ordres et semble connaître les moindres faits et gestes de tous les ouvriers. Tout le monde apprend qu’Untel reste en dessous de son quota, qu’Untel ne se tient pas droit, qu’Untel se cure le nez. Puis c’est la succession de tous les Untels devant un micro pour la confession publique, et le même haut-parleur rugit à travers toute l’usine que, la prochaine fois, il n’y aura plus lieu de se plaindre, non, vraiment plus.

Josey Wales, hors-la-loi : les accords qui accompagnent la séquence d’ouverture proviennent en partie de la Musique pour Cordes in memoriam Bela Bartok de Witold Lutoslawski.

Le grand Embouteillage s’inspire largement de la nouvelle Masque à Gaz de James B. Houston, sans que cela ne soit mentionné nul part au générique.

Sympathy for Mr. Vengeance : Des éléments pris un peu partout peuvent néanmoins donner un chef-d’œuvre. Il y a un peu de Kitano (surtout Hana-Bi et Aniki, mon Frère) dans ce film, à travers son insistance graphique sur des blessures béantes, infligées de façon quasi-ritualisée, mais aussi à travers sa narration elliptique et le choix de faire avancer l’intrigue par une suite de coïncidences et d’invraisemblances jamais expliquées et sans doute inexplicables. Il y a un peu de L’Inspecteur Harry : la scène où un rançonné se fait littéralement balader par des rançonneurs. Il y a un peu du Frankenstein de James Whale : une petite fille au bord d’un fleuve, un monstre humanoïde difforme mais fondamentalement innocent, et une issue tragique. Il y a du Entre le Ciel et l’Enfer : un riche homme d’affaires que l’enlèvement d’un enfant confronte au mal engendré par le désespoir. Il y a surtout beaucoup de La Loi du Milieu : le principe de la traque vengeresse dans un paysage urbain comportant un parking aérien et une omniprésence latérale de l’eau, la cruauté impitoyable du vengeur et son exécution finale inattendue par un tiers sorti quelque peu du néant. On pourrait trouver encore d’autres références ....