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DVD

CARMEN JONES

d’Otto Preminger
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS :Durant la seconde Guerre mondiale, Cindy Lou rend visite à son fiancé, le caporal Joe, au camp de Jacksonville. Carmen Jones, ouvrière de l’atelier de parachutes, aguiche Joe à la cantine...



POINT DE VUE

Voici quelques-uns des différents millésimes de Carmen au cinéma : 1909, 1912, 1913, 1915, 1918, 1920, 1921, 1922, 1926, 1927, 1931, 1933, 1943, 1960, 1967, 1983, 1984, 1995, 1998, 2003. Car tout le monde a voulu avoir sa Carmen : Francesco Rosi, Herbert Von Karajan, Carlos Saura, Vicente Aranda, Cecil B. DeMille, Aleksandr Khvan, Jacques Feyder, Ernst Lubitsch, Lotte Reiniger, Gerolamo Lo Savio, Theo Frenkel, Giovanni Doria et Augusto Turqui, Stanner E.V. Taylor, Raoul Walsh, Ernesto Vollrath, George Wynn, Claes Fellbom, Christian-Jaque, Luis César Amadori, Cecil Lewis, Gianfranco De Bosio, H.B. Parkinson, Terence Young et Roland Petit, j’en passe et des pires. Sans oublier, nous sommes là pour ça : 1954, Carmen Jones, cuvée Otto Preminger.

Le film fut tourné, paraît-il, au studio de la R.K.O. et dans ses environs - on a en effet quelques prises en extérieur comme celle de l’arrivée en bus de la fiancée du caporal Joe ainsi que deux scènes de trains (celle de la chasse à la femme dans laquelle les travellings d’une caméra plongeante croisent la trajectoire des wagons de marchandise et celle de l’arrivée en gare du champion de boxe descendant triomphalement d’une voiture Pullman, filmée comme à La Ciotat). La musique fut gravée dans les studios de la Fox, Dorothy Dandridge et Harry Belafonte étant doublés par le chanteurs classiques Marilyn Horne et LeVern Hutcherson - les comédiens, eux-mêmes excellents chanteurs, mais de variétés, mimèrent le phrasé, la prosodie bien particulière du chant d’opéra à l’aide d’une bande pré-enregistrée diffusée en play-back pendant le tournage. Pour un film d’une heure quarante-trois (101’ dans la version DVD de Carlotta), Louis R. Loeffler, le monteur, n’a agencé que 169 plans, ce qui est très peu et qui rompt avec le récit hollywoodien, griffithien, traditionnel : la durée moyenne est ici de 36 secondes par plan, alors que la norme dans les années 50 était de 9 secondes.

Ainsi, par exemple, le numéro « Dis Flower », véritable clip pour un public gay, présentant le bel acteur métis au nez fin, droit et mutin, Harry Belafonte, le Sidney Poitier de l’époque (Belafonte fit ses débuts en 1949 dans des shows télévisés), le torse nu et huilé, est d’un seul tenant, d’une seule prise, un plan-séquence presque rouchien (« presque » car, n’exagérons pas, la très lourde caméra Mitchell n’est tout de même pas portée à l’épaule) de quatre minutes et trois secondes.