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LIVRE

LE THEATRE D’ART
DE MOSCOU

Coordonné par Marie-Christine Autant-Mathieu
Par Nicolas VILLODRE

L’ouvrage collectif Le Théâtre d’Art de Moscou, Ramifications, voyages, coordonné par Marie-Christine Autant-Mathieu, dans le cadre d’un programme de coopération entre chercheurs russes et français, publié dans la collection Arts du spectacle dirigée par Béatrice Picon-Vallin au CNRS, cherche à mettre en lumière et en perspective l’apport considérable de Konstantin Stanislavski et de Vladimir Nemirovitch-Dantchenko, les deux fondateurs du Théâtre d’Art.



Le Théâtre d’art naît pratiquement en même temps que le cinéma et sa période créatrice coïncide avec celle du film muet. Dans les années vingt, bien qu’ayant été « affaibli par le cinématographe, puis par la guerre » (lettre de Stanislavski à Firmin Gémier), il a, directement (certaines de ses grandes figures comme Maria Ouspenskaïa, Akim Tamirov, Mikhaïl Tchekov, Olga Baklanova, Alla Nazimova, ont eu une carrière hollywoodienne), ou indirectement (les concepts et exercices proposés par Stanislavski, même mal traduits, mal interprétés, ont influencé la formation de l’acteur dans le monde entier), toujours entretenu des liens privilégiés avec le 7ème art. Il va sans dire que la fameuse Méthode de l’Actors Studio de Lee Strasberg s’inspire largement du Système de Stanislavski. Dès 1923, les représentations new-yorkaises du Théâtre d’Art firent l’admiration des meilleurs comédiens américains de l’époque, John Barrymore en tête.

Après-guerre, des acteurs comme Lee J. Cobb, Uta Hagen, Luther Adler, Jason Robards, Anne Bancroft et Marlon Brando ont rendu hommage au Théâtre d’Art, s’estimant « les fervents disciples de Stanislavski », si l’on en croit Tatiana Boutrova. En outre, comme l’écrit Marie-Christine Autant-Mathieu dans sa préface, la « renommée des acteurs du Théâtre d’Art a été amplifiée aussi par le cinéma. »

Le volume se présente comme la première recherche sur la question. En réalité, un symposium international, « Le siècle de Stanislavski », organisé notamment par Lew Bogdan, rassembla en 1988 à Montreuil et à Paris des spécialistes du grand metteur en scène russe. Ses organisateurs publièrent par la suite deux textes : Exercice (s) et Le siècle de Stanislavski et produisirent un formidable documentaire en deux parties, portant le même titre, écrit par Lew Bogdan et Valérie Lumbroso, réalisé par Peter Hercomb, qui fut diffusé en 1993 par Arte, du temps où cette chaîne s’intéressait vraiment aux choses sérieuses.

Ce qui est gênant dans ce genre d’ouvrages faits de juxtaposition de textes, de gog et de magog, de bric et de broc, de ric et de rac, c’est que, chaque auteur travaillant dans son coin, il n’y en a pas un qui pense à la cohérence d’ensemble ou à un minimum d’informations en direction d’un lecteur qui peut vite se sentir noyé ou dépassé par le trop-plein d’éléments microscopiques, au lieu d’être conforté par quelques repères préalables tels qu’une simple chronologie, une brève caractérisation, une introduction au Théâtre d’Art (il n’est pas anodin que la table des matières ne soit pas donnée d’emblée au début de l’ouvrage et qu’il faille la chercher aux dernières pages). On fait comme si la genèse, la durée et la portée de cette expérience unique était connue de tout le monde, évidente. Le lecteur novice prend connaissance au détour d’une phrase de faits aussi importants que celui, par exemple, de la date de fondation de cette institution. Un des auteurs s’étonne qu’aucune étude historique n’ait fait apparaître les différences entre le Système et la Méthode et, au lieu de s’y atteler, royal (comme une Ségolène), il conseille froidement, cyniquement et paresseusement, ose recommander sans aucun complexe et pas plus de scrupules à d’autres de s’y coller. Quelle meilleure occasion qu’un tel ouvrage pour, au lieu d’y recycler le fruit fané de conférences anciennes, entreprendre un minimum de travail de recherche inédit ? Le lecteur moyen peut donc avoir, par moments, l’impression de déjà lu, certains sujets ayant été balisés depuis belle lurette par des spécialistes du domaine, et non des moindres, tels que Denis Bablet ou Bernard Dort, et les contributeurs ne cherchant qu’à chipoter sur des points de détail. Alors, quand on ne ragote pas, on ergote et on mégote.