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DVD

TERRAIN D’ENTENTE

de Bobby et Peter Farrelly
Par Marc BRUIMAUD

SYNOPSIS : Quand Lindsay rencontre Ben, gentil professeur pas macho pour un sou, elle ignore que derrière le grand ado tendre et régressif se tapit un monstre mono-maniaque qui se réveille chaque année à l’approche du printemps : Ben est fan de base-ball (les Red Sox de Boston).



Point de vue

Peaufinant, depuis Fous d’Irène (2000), leur curieuse tentative d’effacement progressif du burlesque (pour lequel ils manifestent pourtant de sérieuses prédispositions) au profit d’une forme de plus en plus ascétique et atone, les Farrelly livrent une nouvelle variation déroutante sur leurs thèmes favoris, le double et l’obsession, avec la volonté évidente de dépouiller le comique sentimental de son apparat en l’orientant vers un conte moral mi-figue mi-raisin, parfois gai, souvent triste, une mélancolie sourde et tenace imprégnant désormais leur inspiration atypique, à contre-courant de l’esprit « Fox Comedy » dont ils furent, il n’y a pas si longtemps, les glorieux fers de lance. Ce faisant, ils occupent un espace filmique guère fréquenté par leurs congénères hollywoodiens, sorte d’interzone mouvante entre raison et folie, transparence et opacité, où, à tout moment, la mécanique narrative peut s’emballer, riper ou défaillir, au diapason des personnages flottants, névrosés, pathétiques et humains que le spectateur ballotté peine à circonscrire. C’est évidemment dans ce trouble généralisé que s’épanouit la Farrelly’s touch, expérience unique en matière de production mainstream. On peut d’ailleurs considérer la trilogie constituée par L’Amour extra-large, Deux en un et Terrain d’entente comme une lente et douloureuse traversée des apparences aux relents existentiels, un parasitage minutieux et obstiné des perceptions communes visant à interroger cœurs et regards sur la nature fallacieuse de la vie recomposée par l’art. Inutile de s’étonner qu’en ces contrées obscures les distributeurs et le public s’aventurent du bout des yeux (Terrain d’entente a subi en octobre dernier une sortie technique infamante, sous la forme de dix copies en version française), alors que le nouveau projet farrellien (un remake de The Heartbreak Kid d’Elaine May et Neil Simon au fort potentiel de sinistrose) devrait définitivement faire pencher la balance vers Woody Allen ou Éric Rohmer plutôt qu’American pie.