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INLAND EMPIRE
de David Lynch
Par Sébastien DEMAY

SYNOPSIS : Nous voici plongés dans une histoire de mystère, l’énigme d’un monde au coeur des mondes, le secret d’une femme en proie à l’amour et aux tourments...



Inland Empire peut laisser un sentiment mitigé à l’amateur de David Lynch. D’un côté, on peut avoir un sentiment de soulagement en constatant que personne d’autre n’aurait pu aboutir à un tel résultat. Que l’on aime ou pas l’artiste, comment dénier que Lynch reste totalement unique et inimitable dans ce qu’il apporte au cinéma ?

D’un autre côté, Inland Empire semble clore un cycle, ouvert il y a plusieurs dizaines d’années avec des courts-métrages, et c’est avec un certain pincement au coeur qu’on peut deviner en ce film une somme, tant on y retrouve les fruits d’un très grand nombre de travaux de défrichement entrepris jusqu’alors, du petit au grand écran, en passant par son site Internet. Les dernières secondes du générique de fin laissent une question béante : que faire après ça ? Sacré défi pour Lynch, alléchante spéculation pour nous. En attendant, regardons de plus près quelle place occupe ce long-métrage dans le Lynchland...

Lynch revendiquait pendant la genèse d’Inland Empire (IE) une filiation indirecte avec Eraserhead. C’est plus qu’évident dès la première la vision du film. La liberté d’expérimentation induite à la fois par la longue durée de gestation (quasiment équivalente à celle d’Eraserhead, mais pour des raisons fort différentes), et la souplesse permise par les moyens "légers" de tournage (caméra 16mm à l’époque et dorénavant, caméra numérique Sony PD-150, un modèle non professionnel), ont un impact très reconnaissable (bien que différent) sur le look’n feel du film. Dans les deux cas, le spectateur se retrouve baigné dans un environnement sonore très particulier, quasiment oppressant, avec une présence plus proéminente que dans tous ses autres films des fréquences graves. Enfin, dans les deux cas, le propos se situe à un très haut degré d’abstraction, qui condamne ces deux œuvres à des réactions extrêmes (rejet ou fascination) ; la différence majeure entre Eraserhead et IE se situant au niveau de la durée (ce dernier affiche presque le double du premier), différence cruciale dans la capacité du public à supporter une sollicitation intense de ses sens.