samedi 22 septembre 2018

Décès de Jean Piat (1924-2018)

Le comédien Jean Piat, grande figure du théâtre et de la télévision, vient de nous quitter à l'âge de 93 ans. Après un passage au Conservatoire et quelques petits rôles au théâtre, il entre à la Comédie-Française en 1947 et l'année suivante il y interprète notamment le personnage de Figaro dans Le Barbier de Séville. C'est à cette époque qu'il commence à faire du doublage. Il participe à l'enregistrement du film Universal Les deux nigauds contre Frankenstein (1948) avec les comiques américains Abott et Costello. Mais un de ses premiers grands rôles à la synchro est pour Cinquième colonne (de 1942 mais sorti en France en 1949) d'Alfred Hitchcock dans lequel il prête sa voix à Robert Cummings, aux côtés de Marie Sabouret sur Priscilla Lane. Tous deux deviendront d'ailleurs sociétaires du Français la même année, en 1953. En 1954, il double pour la Fox le jeune Robert Wagner dans Prince Vaillant. En 1962, Richard Heinz, le patron de la société de doublage Lingua Synchrone, lui propose de prêter sa voix à Peter O'Toole dans Lawrence d'Arabie. Il le suivra vocalement dans Lord Jim (1965) et dans La Nuit des généraux (1967). Parallèlement, il est sur les planches et à la télévision. Toujours au Français, il interprète le rôle titre de Cyrano de Bergerac en 1964 et c'est à partir de 1965 qu'il devient connu du grand public en jouant pour la télévision dans Ruy Blas (1965), dans Lagardère (1967), dans Les rois maudits (1972)... Retour à la synchro dans les années 90 où il participe aux longs métrages d'animation de Disney : Le Roi lion (1994) et Le Bossu de Notre-Dame (1996). Les années 2000 marquent sa rencontre vocale avec le britannique Ian McKellen dans le rôle du magicien Gandalf, notamment pour la trilogie du Seigneur des anneaux sous la direction de Danielle Perret. Un de ses derniers doublages sera pour Le dernier volet de la trilogie du Hobbit en 2014.

En 2008, nous avions rencontré ce grand comédien dans sa loge du théâtre de Paris après une représentation de La Maison du Lac. Il avait été très aimable de prendre un peu de son temps pour nous raconter quelques anecdotes sur sa carrière et sur le doublage en particulier. Le Théâtre perd aujourd'hui un de ses plus fidèles serviteur.

(c) La Gazette du doublage - 2018

samedi 18 août 2018

Roger Tréville : du grand écran au doublage

Le comédien Roger Tréville a connu une longévité exceptionnelle puisqu'il est décédé en 2005 à près de 103 ans. Il commence sa carrière à l'époque du cinéma muet et est une tête d'affiche dans les années 30, notamment dans le film Nuits de Venise. Par la suite, il interprétera de bons seconds rôles, notamment dans Garou-Garou, le passe-muraille (1950) dans lequel il interprète le désopilant supérieur hiérarchique du personnage joué par Bourvil.



C'est à la Libération qu'il commence à faire de la synchro. Ainsi, il va doubler pendant une bonne vingtaine d'années Robert Mitchum et James Stewart, notamment dans L'Homme de la plaine (1955). Ponctuellement, il prête aussi sa voix à Oliver Hardy, Cary Grant, Vittorio De Sica, Robert Ryan...





Roger Tréville prend une retraite bien méritée en Dordogne au début des années 70 et répond, toujours avec une grande amabilité, aux appels téléphoniques et aux courriers de ses admirateurs.

(Remerciements à Maurice Le Borgne)

(c) La Gazette du doublage - 2018

samedi 23 juin 2018

Décès de Patrick Siniavine, auteur de doublage

L'Union professionnelle des auteurs de doublage a annoncé fin mai le décès de leur confrère Patrick Siniavine. On lui doit les versions françaises de nombreux films pour le cinéma (Raison et Sentiments, À la rencontre de Forrester, Le Patriote, Les quatre filles du Docteur March…), de classiques pour la télévision (voir les exemples ci-dessous), de téléfilms comme Orgueil et préjugés, Jane Eyre, ou encore de séries très populaires comme Wallander ou X-Files. Il était également directeur artistique de doublage et vice-président du syndicat national des auteurs et des compositeurs.
Nous avions rencontré Patrick Siniavine en 2000 aux studios Dubbing Brothers à l'occasion du doublage de l'épisode crossover entre X-Files et Millenium. Nous écrivions à l'époque : "Patrick Siniavine dirige cet épisode d’X-files. Il en a également signé l'adaptation, tout comme pour le film sorti il y a deux ans et dont il s'est occupé aussi des sous-titres. Il nous précise qu'il ne dirige principalement que les épisodes dont il écrit l'adaptation, et qu'il fait parti du syndicat des auteurs. Il regrette que les gens qui s’intéressent au doublage ne font pas grand cas en général de l'adaptation. Il reconnaît que dans le doublage, le travail des comédiens a un côté plus ludique pour le (télé)spectateur qui s'y intéresse que celui de l'écriture à proprement parlé. Dans l'épisode Millennium, il a astucieusement adapté une chanson américaine que fredonne le tueur par Les Feuilles mortes de Prévert."
Par la suite, nous avions recontacté monsieur Siniavine dans le cadre de nos recherches sur les redoublages - ou doublages tardifs - d'anciens films. Il nous avait communiqué qu'il avait adapté en français les films suivants, pour la plupart sortis en DVD aux Editions Montparnasse : Horizons perdus, L'impossible Monsieur Bébé, Les deux visages du Docteur Jekyll, La revanche de Frankenstein, Rendez-vous avec la peur, Berlin Express, Sylvia Scarlett, Desperate, Servitude humaine, La Fureur d'aimer, Holiday Affair, Geronimo, Andersonville, La Fille en blanc...

(c) La Gazette du doublage - 2018

dimanche 20 mai 2018

La fin de la SPS



Pour ceux qui les ont connus, les mythiques studios de la SPS (société parisienne de sonorisation) étaient situés 8 rue Leredde (avec 2 "d" comme aimait nous le rappeler Roger Rudel, la célèbre voix française de Kirk Douglas) dans le 13e arrondissement.
Fondés en 1938, ils ont réalisé leurs propres doublages, jusqu'au milieu des années 80, dirigés par Henri Allegrier-Ebstein, Gérald Castrix, Serge Nadaud, Roger Rudel, Jean Lagache, Jacqueline Porel, Jean-Pierre Dorat et d'autres, pour le compte des filiales françaises de firmes cinématographiques américaines (United Artists, UIP et Disney notamment). Par la suite, plusieurs sociétés extérieures de doublage s'y sont installées (notamment Passeports films, Synchro 7, et Dôme Productions).
Nous avons eu la chance d'assister à la fin des années 90 à des enregistrements de doublage dirigés par Bruno Lais de la société Synchro Services, dont celui de Ladies Man (Paramount), film sur lequel nous avions fait connaissance du sympathique comédien et réalisateur Lucien Jean-Baptiste.
En passant il y a peu devant ces lieux chargés d'histoire, nous avons constaté avec regret leur destruction prochaine au profit d'immeubles d'habitation. Triste fin pour des studios mythiques de doublage qui fêtaient leurs 80 ans.





(c) La Gazette du doublage - 2018