mercredi 14 mai 2008

SOUVENIRS DE DOUBLAGES (PARTIE 1/8)

Je dois vous parler de la « Synchro ». « Synchro » pour « Synchronisation » abrégé de « Post-Synchronisation » qui est l’enregistrement par un acteur, de sa propre voix, sur sa propre image, dans des scènes qu’il a tournées, et où le son manque pour des raisons diverses. Autre chose est de substituer sa voix à celle d’un acteur parlant dans une langue étrangère. C’est en réalité ce qu’il convient d’appeler du «doublage», mais le terme a quelque chose d’un peu péjoratif, alors on préfère dire « Je fais de la Synchro ».
La synchro, donc, a constitué depuis mes débuts une part non négligeable de mes activités (et de mes revenus). Et j’éprouve le besoin d’évoquer ici encore quelques souvenirs.

D’aucuns considèrent que c’est une trahison de doter un comédien d’une voix qui n’est pas la sienne, pour s’exprimer dans une langue qui n’est pas la sienne non plus. Peut-être, mais si c’est un mal, c’est un moindre mal, et même un moindre mal indispensable. Ils seraient peu nombreux à pouvoir savourer un film de Kurosawa, de Bergman, de John Ford, ou de tel réalisateur polonais ou russe, si le doublage n’avait pas été inventé. Je connais beaucoup de gens cultivés, qui ne jurent que par les versions doublées.
Oui, bien sûr il y a les sous-titres, mais là aussi quelle gymnastique pour lire des dialogues parfois abondants sans rien perdre des images. Il faut être des professionnels de la lecture « globale », comme nous, qui préférons d’ailleurs pour notre propre usage, (mais ne le répétez pas !) la V.O. Les mêmes détracteurs de cet art mineur, affirment qu’on n’y emploie que des acteurs ringards. Je ne suis pas de cet avis. D’ailleurs de grandes vedettes n’hésitent plus maintenant à y venir. Ce n’est pas un exercice si facile. Cela demande en dehors d’un minimum de talent de comédien, une certaine habileté technique et de l’humilité vis à vis d’artistes dont il faut essayer de saisir la personnalité et le jeu, de s’y fondre, en s’oubliant modestement soi-même. Bref, on est doué ou non. Il se trouve que je l’étais un peu, sans y avoir aucun mérite. Et cette face du métier m’a apporté plein de satisfactions. C’est la seule activité que je pratique encore. (A suivre) (Textes écrits par William et Marie-Aimée Sabatier. Tous droits réservés)

WILLIAM SABATIER SUR LE BLOG DE LA GAZETTE

Notre blog accueille dès aujourd'hui quelques souvenirs de synchro écrits par notre ami le comédien William Sabatier et son épouse, que nous remercions tous deux chaleureusement.