Mes débuts pourtant y furent tout sauf glorieux. J’avais été repéré je ne sais comment, par un directeur de plateau de la S.P.S (Société Parisienne de Sonorisation -une firme importante) et convoqué à l’auditorium un matin à neuf heures. J’avais joué la veille au théâtre et avant de rentrer j’étais allé boire le pot de la détente à L’Echaudé, un bistrot de St. Germain des Prés où se retrouvaient après le spectacle beaucoup de comédiens. À la vérité j’avais le trac de ce qui m’attendait et retenais la nuit. Rentré tard, j’avais peu dormi et n’étais pas très frais. Heureusement le plateau était pourvu de trois ou quatre fauteuils-club. Le directeur m'avisa que je n’intervenais pas tout de suite. J’en profitai, confortablement assis, pour voir comment s’y prenaient mes camarades, parmi lesquels ce jour là Jean Davy que je connaissais un peu. Mais très vite je m’endormis. Réveillé en sursaut, je constatai que personne ne se préoccupait de moi. Je me rendormis. Ainsi de suite un certain nombre de fois pendant la matinée, jusqu’au moment ou le directeur me secouant l’épaule : « Tu fais le type de droite. »

Sur l’écran le type de droite s’adressait à un type à gauche et lui disait : « Là derrière on m’a dit dans une minute. » Je ne savais pas de quoi il retournait, mais n’osant pas demander des explications, je voulus apporter une touche d’interprétation personnelle :
- « Là derrière ? (confidentiel) : On m’a dit : (murmuré), dans une minute.
- Non, tout simplement : « Là derrière on m’a dit dans une minute » .
- Là derrière, on m’a dit, (triomphant) : Dans une minute.
- Bon ! (fit-il résigné) On garde ça !»
C’était tout le rôle.

Quelques temps plus tard je rencontrai Jean Davy qui me dit : « Tu sais, l’autre jour : « Là derrière on m’a dit… », un camarade est venu le refaire dans l'après-midi. Mais ne te décourage pas !»
Il avait raison, je ne me décourageai pas. J’étais jeune, on apprend vite et finalement je me découvris une certaine facilité pour cet « Art ». (A suivre) (Textes écrits par William et Marie-Aimée Sabatier. Tous droits réservés)