mercredi 18 juin 2008

SOUVENIRS DE DOUBLAGES (PARTIE 6/8)

Un des directeurs qui me firent confiance s’appelait Gérald Devriès. Chez lui on enregistrait « à l’image », ce qui veut dire qu’il n’existait pas encore la « bande rythmo », (sur laquelle est écrit le dialogue et qui, à partir d’un trait fixe appelé Start, défile sous l’écran en étant fidèle aux mouvements des lèvres de l’acteur). Il fallait se débrouiller pour être « synchrone » sans le confort qu’elle a apporté. Alors on avait des trucs, on se trouvait des repaires visuels : le personnage ouvre la bouche en même temps qu’il s’assoit, et finit sa phrase en sortant une cigarette de son étui. Ce n’était pas évident, il y avait des scènes complexes dans le rythme et dans le ton. Et on ne pouvait pas entendre le résultat. On faisait plusieurs prises puis le directeur disait "on tire celle-ci ou celle-là". Enregistrer un film prenait beaucoup de temps, alors qu’aujourd’hui on a l’écoute immédiate et le « numérique » permet toutes sortes de manipulations.

Gérald Devriès m’appela un jour pour me donner le script d’un film appelé Hoggar. Il m’y avait réservé le doublage d’un rôle important avec pas mal de texte, et souhaitait que je l’apprenne le mieux possible. Contrairement à ce qui se faisait d’habitude, il n’y avait pas eu de projection préalable. Le premier matin à neuf heures arrivèrent deux autres acteurs qui n’avaient pas non plus tourné dans ce film et qui, comme moi, venaient faire une synchro : Louis De Funès et Jacques Dufilho (pas encore célèbres). Dès la première image nous avions compris que Devriès avait un peu exagéré en nous demandant l’effort d’apprendre le texte. Le titre aurait dû nous éclairer : « Hoggar ». Tout le film se déroulait dans le Sahara. Il mettait en scène des Touaregs, le bas du visage voilé par le litham, ce qui annulait tout besoin de synchronisme. À nos protestations Devriès rétorqua : « Alors, et la respiration qui plaque le voile sur les lèvres ? » (A suivre) (Textes écrits par William et Marie-Aimée Sabatier. Tous droits réservés)

Interview de Barbara Tissier

L’édition 2008 du Salon des séries TV et cinéma a été l'occasion, pour La Gazette du doublage, d’inviter la comédienne Barbara Tissier pour un débat sur le doublage de la série Farscape. Elle a répondu présente car elle a souhaité que l’on rende hommage au doublage, dans son ensemble, car elle trouve que l’on parle beaucoup des stars mais que l’on oublie souvent ceux qui exercent leur métier avec talent dans le plus grand anonymat. Nous l’avons interrogé sur son parcours, son actualité (le dessin animé Horton), le « star talent » dans le doublage, les doublages Disney, et bien sûr Farscape… Rencontre avec une artiste dynamique et très professionnelle.

En attendant la publication de cette entrevue sur La Gazette, vous pouvez la lire sans attendre sur le site de l'association Sérialement Vôtre, organisatrice du salon :

http://www.serialement-votre.fr

lundi 16 juin 2008

DECES D'HENRI LABUSSIERE (1921-2008)

C’est avec une grande tristesse que nous avons appris, par le biais du site RS Doublage, le décès du comédien Henri Labussière, la nuit dernière. Une nouvelle qui nous a hélas été confirmée par nos amis comédiens.
Né en 1921, Henri Labussière avait fait ses débuts au théâtre dans la compagnie Grenier-Hussenot, où il contribua d'ailleurs, avec Michel Piccoli, à l'intégration de son "cadet" Roger Carel. Sa carrière au cinéma fût plutôt discrète. On a pu le voir notamment dans un petit rôle dans le film La Guerre des Boutons d’Yves Robert. Ses multiples talents l’ont conduit à écrire pour la télévision (séries télé, sketches, etc.). Il était par ailleurs un caricaturiste hors pair.

Sa voix particulière l’a amené à faire beaucoup de doublage. Peu de « stars », mais une sacrée galerie de seconds rôles, avec une prédilection pour les personnes âgées, dans des films, séries ou dessins animés. Il doublait notamment Panoramix de Astérix et la Surprise de César (1985) à Astérix et les Indiens (1994), le professeur Tournesol dans Les Aventures de Tintin, le roi dans Rody le petit cid, le professeur dans le Tarzan de Disney. Il doublait aussi M. Merlin dans la série du même nom.

Pour des raisons de santé, il faisait de moins en moins de doublage ces dernières années. Un de ses derniers doublages de films est sûrement Bienvenue à Mooseport (2004) dans lequel il prêtait sa voix au doyen du conseil municipal.

La Gazette du Doublage a une pensée particulière pour sa famille, et lui adresse ses plus sincères condoléances.

Hommage à Dino Risi

A l'occasion de la disparition le 7 juin dernier de Dino Risi à l'âge de 91 ans, France 3 a eu l'excellente idée de rediffuser, le 13 au soir, un des grands films du maître de la comédie italienne : Parfum de femme (1974).

Ce long-métrage raconte l'histoire d'un aveugle hâbleur et d'un jeune homme en quête de femmes.
De ce film, l'acteur principal Vittorio Gassman, disparu en 2000, disait : "Parfum de femme n’est pas une histoire de cécité, mais de solitude".
Grâce à ce rôle, Gassman obtient le prix d'interprétation masculine au festival de Cannes de 1975.

Ce film exceptionnel méritait un doublage particulièrement soigné. C'est le cas car c'est un Georges Aminel éblouissant qui prête ici sa voix à Gassman. Notre ami comédien (disparu en avril 2007) parlait volontiers de ce rôle à la synchro car il en avait gardé un très bon souvenir.
Autour de lui d'autres comédiens de talent : Paule Emanuèle, Jean Berger, Henry Djanik, Claude Bertrand... et la jeune Sylviane Margollé (décédée en 2005) dont la douce voix se marie parfaitement au physique de la belle Agostina Belli qui interprète un personnage très touchant.

Au final, un film à voir ou revoir (en DVD notamment), avec une pensée particulière pour ces artistes qui nous ont quittés mais dont l'oeuvre demeure intacte.