Mon copain Cattand et moi, nous avions concocté un pastiche des poncifs de la mauvaise synchro, ça existe (de moins en moins, mais ça existe!), celle qui se préoccupant tellement du synchronisme au détriment du naturel -Ah! les sacro-saintes labiales - a fini par créer une langue nouvelle, une espèce de « volapük » du style :
- Tu as la langue trop longue Bill.
- Moins longue que mon colt !
- Et moins longue que celle de Jimmy, qui est pendu au grand arbre.
Ou encore, dialogue entre deux aviateurs Américains dans un bombardier survolant Naples :
- Quand je pense que ma mère disait « To see Naples and die »
Traduit, labiale oblige, par: « Voir Naples et décéder ».
Et ce groupe de cavaliers poursuivant des « outlaws » au fond d’un défilé soudain barré d’un obstacle, dont le chef, retournant son cheval ordonne : « Suffit garçons, face au Sud »
Et ce peau-rouge capturé, confié à la garde d’un cow-boy à qui l’on recommande : « Surtout, ne quitte pas Renard Blanc de l’œil ». Ben voyons ! !

Notre pastiche, j’y reviens, mettait en scène, dans un saloon, un vieux trappeur accoudé au comptoir, faisant la leçon en bredouillant un peu, à quelques blancs becs de nouveaux venus (à lire avec l’accent Far-West: lent et soudain accéléré) : « En ce temps là, mes enfants, le Texas n’était pas ce qu’il est devenu aujourd’hui : Non seulement il fallait lutter contre les coyotes qui étaient un danger constant pour les bêtes à cornes, mais il y avait aussi les Comanches. Des diables rouges qui n’étaient pas manchots - y’a qu’a voir les tombes qui jalonnent nos pistes… C’est alors qu’est venu du nord un étranger qui n’était pas d’ici. Il s’appelait : Malone, Jeff Malone, il arrivait d’Abilène pour vendre son troupeau à un prix honnête. Il avait acheté un ranch du côté de Vieille Montagne. » etc…etc… plus une dizaine de pages que je vous épargne.
(Fin ???) (Textes écrits par William et Marie-Aimée Sabatier. Tous droits réservés).