Notre amie la comédienne Paule Emanuèle vient de nous confirmer une triste nouvelle : le décès de son ami le comédien Henry Djanik (ou Henri Djanick).

Nous avions rencontré cet homme sympathique à plusieurs reprises, et même dîner avec lui. En guise d'hommage, nous vous livrons le récit de notre première rencontre, le 22 octobre 1999, à Deuil-la-Barre, sur le plateau de la série Homicide. Ce texte est apparu pour la première fois dans la version papier de La Gazette du doublage n°6 de mars 2000. Nous vous le présentons tel quel :

Arrêtons nous sur un des comédiens les plus connus de ce métier : Henry Djanik. Dans Homicide, il double un des rôles principaux, celui du lieutenant Al "Gee" Giardello, un italo-black campé par l'excellent Yaphet Koto.
Henry Djanik, qui plaisante souvent de ses origines arméniennes (son vrai nom est Djanikian) a commencé le doublage en 1958. Comme sa voix est grave et rocailleuse, on lui a souvent attribué des personnages de durs à cuire au grand coeur : Telly Savalas (Kojak), Ernest Borgnine (Supercopter), Mister T. (L'agence tout risque), Bud Spencer pour lequel il a succédé à Claude Bertrand et bien sûr Anthony Quinn qu'il a doublé la première fois en 1961 dans Les canons de Navaronne. Ce doublage était dirigé par Richard Heinz de Lingua Synchrone pour la Columbia. Il a aussi prêté sa voix à l'acteur israélien Topol qui jouait l'allié grec de James Bond dans Rien que pour vos yeux (1981).
Henry Djanik a une certaine nostalgie des doublages à l'ancienne : "Dans le temps, lorsqu'un film arrivait, il y avait un traducteur, un adaptateur et un dialoguiste. Puis, on faisait une vérification du synchronisme sur table Moritone. Un comédien lisait le texte et on regardait si tout était synchrone."
Un de ses meilleurs souvenirs est sa collaboration avec Bertrand Tavernier où ce dernier lui a demandé personnellement de doubler le jazzman Dexter Gordon pour le film Autour de minuit (1986).
Il nous rappelle également qu'il a prêté sa voix à Steve McQueen dans Les sept mercenaires (1960) et La grande évasion (1962) avant que McQueen soit attribué à un autre excellent comédien, Jacques Thébault, à partir de la série Au nom de la loi.
Concernant Charles Bronson qu'il a parfois doublé, il nous raconte une anecdote assez savoureuse : "Un jour, une maison de doublage pour laquelle je ne souhaitais pas travailler, pour diverses raisons, m'appelle pour me demander si j'ai déjà doublé Bronson. Je réponds : Oui, mais... Marcel Bozzuffi l'a doublé, il est décédé. Claude Bertrand l'a doublé, il est décédé. Edmond Bernard l'a doublé et il vient de décéder. Et moi-même, je ne me sens pas très bien ! Et j'ai raccroché. Douce vengeance..."

(c) La Gazette du doublage - 2008