C'est avec une grande émotion que nous venons d'apprendre le décès du comédien Roger Rudel, voix légendaire du doublage. Il nous a quittés le 19 juillet dernier. Son épouse, Jeanine Freson, elle-aussi une grande voix du doublage (elle prêtait sa voix à Natalie Wood notamment), est décédée le 9 septembre 2006.

Afin de lui rendre hommage, revenons sur la carrière de ce grand comédien de l'ombre que l'on surnommait affectueusement "Kirk Doublage" dans le métier.

Roger Rudel est né le 14 décembre 1921 à Montpellier. En 1940, il obtient son premier cachet de comédien dans cette ville du sud de la France pour la pièce "Polyphème" d'Albert Salmain. En 1943, il décide de monter à Paris et se présente au concours du Conservatoire où il est reçu premier ex-aequo avec Gérard Philippe.

En 1947, un responsable du doublage de la MGM à Paris lui propose de faire de la synchro. Hésitant, il accèpte quand même. Ce sera pour le film Le portrait de Dorian Gray dans lequel il double George Sanders.

Ensuite, les doublages s'enchaînent. La MGM, toujours, lui confie les voix de Fred Astaire dans ses films des annnées 50, Gene Kelly, Frank Sinatra... La 20th Century Fox lui propose de doubler Tyrone Power dans Capitaine King (1953). Il prête aussi sa voix à Errol Flynn dans Gentleman Jim (1942), Montgomery Clift dans Tant qu'il y aura des hommes (1953), Marcello Mastroianni dans La Dolce Vita (1959), Jack Lemmon travesti dans Certains l'aiment chaud (1959), Rod Taylor dans Les oiseaux (1963) ainsi qu'à Mel Ferrer, Glenn Ford, Vittorio Gassman, Ronald Reagan, Richard Widmark...

Evidemment, son acteur fétiche à l'écran reste Kirk Douglas qu'il commence à doubler dans L'emprise du crime (1946). C'est lors de la Première parisienne du film Histoire de détective (1951) qu'il rencontre Kirk Douglas. A la sortie de la projection au Paramount, l'acteur américain lui avoue : "vous avez les mêmes tripes que moi !" Beau compliment... En 1960, Douglas envoie une lettre à la branche française d'Universal demandant expressément que ce soit Rudel qui le double dans Spartacus. Autre témoignage, celui de Claude Chabrol, pour lequel Rudel a tourné dans Le Boucher (1970) : "Je ne regarde pas un film avec Kirk Douglas s'il n'est pas doublé par Roger Rudel !".

A la télévision, Rudel prête sa voix au héros du Virginien, Rip Masters dans Rintintin... En 1967, il croise le chemin d'une autre série cultissime, Les Mystères de l'Ouest, dans laquelle il double le truculent Ross Martin alias Artemus Gordon.

En 1973, il devient directeur de plateau pour le compte de la SPS (Société parisienne de sonorisation). En 12 ans, il dirige environ 300 doublages parmi lesquels de nombreux Disney, les James Bond, les Panthère rose, les films avec Terence Hill et Bud Spencer, Les pirates du métro (1974), Le crime de l'Orient-Express (1974), Un pont trop loin (1976), Midnight Express (1978)... Il fait débuter Pierre Arditi à la synchro. Il le choisit pour doubler Rudolf Noureiev dans Valentino (1976). Il dirige Francis Huster dans Mahler (1974) dans lequel ce dernier prête sa voix à Robert Powell. Il dirige également Isabelle Huppert, Marlène Jobert, Annie Girardot...

De 1984 à 1987, il dirige à la SIS (Société industrielle de sonorisation) des films importants comme Dangereusement Vôtre (1985), Tuer n'est pas jouer (1987) puis également à Synchro Vidéo des épisodes de séries : Matlock, L'homme de fer, Perry Mason, Arabesque, Cannon, deux flics à Miami...

Parallèlement à cette carrière de directeur artistique, il continue, bien sûr, à faire du doublage en tant que comédien. On le retrouve notamment sur Kirk Douglas dans Coup double (1986).

C'est à la fin des années 80 qu'il se retire progressivement du métier, même si certains décideurs le rappellent ponctuellement pour doubler Kirk Douglas dans quelques rares films.

Roger Rudel a fait partie de cette génération de grands comédiens de l'ombre du 20ème siècle dont les voix nous marqueront à jamais.

(Remerciements à Stéphane Lerouge, Maurice Le Borgne, Yves Rouxel et Gilles de la Fournière)

(c) La Gazette du doublage - 2008