mercredi 24 juin 2009

Projection de "Monsieur X. dit ici Pierre Rabier" de et avec Jean-Philippe Puymartin




Lundi 15 juin, la Gazette du Doublage était conviée à la projection du film Monsieur X, dit ici Pierre Rabier au Théâtre de la Madeleine. Le scénario, un texte de Marguerite Duras issu de son roman La Douleur, avait déjà été adapté au théâtre il y a quelques années par Jacques Lassalle et interprété par Jean-Philippe Puymartin et Marianne Basler qui ont choisi d'en faire ce film.

L'histoire se passe à Paris pendant la guerre. Marguerite Duras (Marianne Basler) patiente dans les couloirs du siège de la gestapo afin de prendre des nouvelles de son mari, le résistant Robert Antelme, incarcéré à la prison de Fresnes. Elle rencontre Pierre Rabier (Jean-Philippe Puymartin), agent de la gestapo se disant "alsacien". Celui-ci promet à la jeune femme de lui obtenir régulièrement des nouvelles de son mari. Une relation très ambigüe naît entre ces deux personnes que tout oppose.

Ce beau film, troublant, dans lequel Jean-Philippe Puymartin (ancien pensionnaire de la Comédie-Française et, pour les voxophiles, voix régulière de Tom Hanks et Tom Cruise) nous montre toute la mesure de son talent, a été très applaudi.

Au cours de cette soirée à laquelle avaient pris part bon nombre de professionnels du spectacle, nous avons croisé quelques visages familiers: les réalisateurs Michel Wyn (qui collabore régulièrement au "Salon des Séries" que nous co-organisons chaque année avec l'association Sérialement vôtre) et Marion Sarraut, ainsi que les comédiens Vincent Ropion, Dorothée Pousséo, Fily Keita, Céline Monsarrat, Arlette Thomas (qui nous a confié ne plus diriger de doublages, mais consacrer un bonne partie de son temps à la préparation de ses "Soirées du lundi" au théâtre de l'Aire Falguière)... et Jean-Philippe Puymartin lui-même, qui a cordialement répondu à nos questions.


La Gazette du Doublage: Vous avez créé au théâtre cette adaptation de Monsieur X, dit ici Pierre Rabier par Jacques Lassalle, qu'est-ce qui vous a poussé à en faire un film quelques années après?

Jean-Philippe Puymartin: Nous avions tous les deux, Marianne Basler et moi, l’envie de poursuivre cette aventure, le sentiment que ce spectacle n’avait sans doute pas été assez vu par le public, le désir de le faire partager à un plus grand nombre et aussi de lui redonner vie sous une forme différente.

La Gazette du Doublage: L'œuvre de Duras ne semble pas donner une véritable explication de la personnalité de Rabier. Dans le film, vous le rendez presque sympathique... Quel angle avez-vous choisi pour interpréter ce personnage?

Jean-Philippe Puymartin: C’est tout ce qui me fascine dans l’œuvre de Duras, cette manière qu’elle a de poser des questions sans apporter forcément de réponses. Cette manière de montrer que dans la vie tout n’est pas tout blanc et tout n’est pas tout noir, que chacun peut receler en soi à la fois le meilleur et le pire.

La Gazette du Doublage: Vous avez co-réalisé ce film avec l'autre interprète principale du film, Marianne Basler. Etait-ce votre première expérience de réalisation? Si oui, quels enseignements en avez-vous tirés?

Jean-Philippe Puymartin: Ce n’était pas ma première réalisation. J’ai réalisé mon premier court-métrage Léon en 1981 en même temps que je jouais ma première pièce au théâtre Edouard VII Debureau de Sacha Guitry avec Robert Hirsch. Mais c’était ma première co-réalisation : une sacrée expérience et un grand bonheur.

La Gazette du Doublage: Tourner un film autour d'un projet aussi beau qu'il soit demande un certain soutien financier, l'appui d'un distributeur, etc. Quels ont été les principaux soutiens pour ce film et a-t-on l'espoir de le voir prochainement dans un réseau de salles? Quelle va en être sa diffusion?

Jean-Philippe Puymartin: Le film a obtenu le soutien du CNC section Spectacle vivant, d’un montant de cent mille euros destinés au départ à une simple captation de la pièce. Nous avons voulu en faire un film, ce qui nous a demandé une longue préparation et quelques renoncements avant de pouvoir enfin le tourner en 9 jours dans cette usine abandonnée près de la gare de Meaux. Le film est déjà passé sur France O début mai et il est programmé actuellement sur CinéCinéma jusqu'à la fin de l'année. Nous espérons trouver un bon distributeur pour les salles de cinéma.

La Gazette du Doublage: Pouvez-vous nous parler de votre actualité et de vos projets: théâtre, tournages... et doublage bien entendu?

Jean-Philippe Puymartin: C’est toujours l’inconnu. Qui sait de quoi demain sera fait. Mais ce dont je suis sûr c’est qu’à la fin Juillet je vais tourner sous la direction de Serge Moati, le rôle du Général Salan dans un docu-fiction sur la guerre d’Algérie.

Je viens aussi de jouer il y a un mois, sous la direction de Jacques Lassalle (c’était mon douzième spectacle avec lui, je crois) un très beau spectacle Parlez-moi d’amour d’après deux nouvelles de Raymond Carver, celui qui a inspiré Short Cuts de Robert Altman. Nous l’avons créé dans ce magnifique théâtre de Vidy à Lausanne au bord du lac avec Catherine Rétoré et aussi Olivier Augrond et Julien Bal. Et nous espérons bien le reprendre à Paris et en tournée en 2010/2011.

Sinon, j'ai doublé récemment Tom Hanks dans Anges et Démons, et on pourra me voir bientôt dans un rôle important dans un épisode de la série Profilage sur TF1.


NB: Nous avions déjà rencontré Jean-Philippe Puymartin il y a quelques années sur le doublage du film Wild Wild West dirigé par notre amie Jenny Gerard. Le compte-rendu de cette séance d'enregistrement a été publié dans notre ouvrage Rencontres autour du doublage de films et de séries télé, encore disponible sur quelques sites marchands comme amazon.fr .

lundi 22 juin 2009

Deux nouveaux articles sur le site

Nous vous l'avions annoncé en début d'année, la Gazette du Doublage a choisi cette année de sortir de ses tiroirs quelques unes de ses anciennes interviews restées inédites. Après l'interview d'Yves Furet parue il y a peu, voici une interview de Linette Lemercier réalisée par François Justamand il y a 5 ans. La comédienne, qui a doublé un très grand nombre d'enfants dans les films et séries des années 40 aux années 70, dont Rusty dans Rintintin, revient sur sa carrière. La Gazette vous révèle ainsi, par sa voix, qui fût la voix de Pinocchio dans le premier doublage!

http://www.objectif-cinema.com/spip.php?article5176

Nous en profitons aussi pour publier un entretien avec Bernard Dhéran que nous avions rencontré l'année dernière alors qu'il jouait Toc Toc de Laurent Baffie. L'ancien doyen de la Comédie-Française, voix de David Niven, Sean Connery ou encore Anthony Hopkins, nous parle avec franchise de son métier.

http://www.objectif-cinema.com/spip.php?article5177

dimanche 21 juin 2009

Henri-Jacques Huet (1930-2009)

Nous venons d'apprendre par le site "Les gens du cinéma" que le comédien Henri-Jacques Huet est décédé le 4 juin dernier. Il avait commencé sa carrière en 1950. Nous l'avons vu à l'écran dans de nombreux films dans lesquels il tenait des personnages secondaires non dénués d'intérêt : de French Cancan (1954) aux Misérables (1994) en passant par A bout de souffle (1959), Le Viager (1971) ou Le Prix du danger (1982). Il avait également joué au théâtre et tourné pour la télévision.

En 2005, nous avions contacté ce sympathique acteur et l'avions questionné sur sa carrière au doublage. Il nous avait confié avoir doublé essentiellement pour des séries télévisées. Ainsi, en 1967, il avait prêté sa voix à Jerry Van Dyke dans Ma mère à moteur (ou Une mère pas comme les autres) au côté de Gérard Hernandez aux studios du Poste Parisien sous la direction de Serge Luguen. Il avait aussi travaillé sous la direction d'Elie Fabrikant pour la cultissime série Ma sorcière bien aimée et prêté sa voix au personnage du Comte Yoster dans la seconde saison de la série allemande Le Comte Yoster a bien l'honneur. Signalons aussi qu'il avait aussi doublé certains acteurs français dans des films de René Clément.

En ces moments difficiles, nous avons une pensée émue pour son épouse et ses proches.

(c) La Gazette du doublage - 2009

lundi 15 juin 2009

Yves-Marie Maurin (1944-2009)

C'est avec une certaine émotion que nous venons d'apprendre la disparition du comédien Yves-Marie Maurin. Nous avions eu encore des nouvelles de lui le 26 mai dernier lorsqu'il nous avait gentiment envoyé un mél pour nous annoncer la parution de son nouveau livre "Trois minutes pour exister" (Edilivre). En quatrième de couverture, on pouvait lire la biographie de l'auteur : "Enfant de la balle, Yves-Marie Maurin de Kerguelen est comédien, depuis « Chanson d’Amour », à Calais, il avait trois ans. Et depuis, il enchaîne les activités, toujours liées au monde du spectacle : théâtre, télévision, cinéma, radio, publicité, doublages et synchronisations, voix de nombreux artistes, mise en scènes, direction artistique, écriture, lauriers d’or de poésie, etc. Un « touche à tout » qu’une Hortense condensa par : « Tu me sembles construit de nulle part » ; Henry de Montherlant, lui écrivant : « Vous êtes insolite et vous êtes humain ; vous avez cette conjonction merveilleuse » ; Patrick Grainville : « Hier c’était Œdipe, c’était Sartre, c’était Artaud, c’était toi. Par ce don sacrificiel dans ton rôle, ton visage a saisi la salle d’une espèce de terreur… » ; plus drôle et enfantin, François Mauriac, Le Feu sur la Terre, disant du benjamin de ses interprètes (5 ans) : « Yves-Marie est le plus grand acteur de Paris ».

Yves-Marie Maurin était un être entier, intelligent et sensible, tout comme son frère Patrick Dewaere. Il n'avait pas hésité à faire la grève de la faim devant le siège de TF1 lors de la grande grève du doublage de 1994-95. Nous nous souviendrons de son visage dans la série Les 400 cent coups de Virginie. Quant à sa voix, elle avait épousé de nombreux acteurs étrangers tels que Michael York, Christopher Walken, Burt Reynolds dans Stryker, Ben Murphy dans Gemini Man (Le nouvel homme invisible), David Hasselhoff dans K 2000, Michael Moriarty dans New York District...

A notre confrère et ami Stéphane Lerouge, il avait déclaré en 1998 dans un numéro du magazine Génération Séries : "Dans le doublage, on ne me demande pas de reproduire un son mais une profondeur, un imaginaire. (...) Dans la synchro, le but du travail est de trouver une voix qui entre dans la structure de l'individu. Si c'est bien joué, le spectateur oublie le doublage pour se laisser immédiatement envahir par le personnage. Le rapport entre le physique et la voix doit d'emblée s'imposer comme une évidence. Il faut donc le moins de décalage entre ces deux éléments (physique et voix), ce qui est d'ailleurs parfois contraire à la vie. De toute façon, de multiples voix peuvent appartenir à un même corps. Si vous éteignez le son de votre téléviseur, que reste-t-il ? La plupart du temps, des marionnettes ! Vous vous apercevrez alors l'importance de la voix. Elle représente vraiment l'âme, l'expression interne, secrète de l'individu. (...)"
En grand artiste qu'il était, Yves-Marie Maurin avait bien saisi toutes les subtilités du doublage.

Ses filles nous informent que les obsèques de leur père seront célébrées en l'église Saint-Roch, 296, rue Saint-Honoré le jeudi 18 juin 2009 à 10h30. Nous leur présentons nos plus sincères condoléances ainsi qu'à leurs proches.

(c) La Gazette du doublage - 2009