jeudi 22 juillet 2010

TÉLÉRAMA FLINGUE SOTTEMENT LE DOUBLAGE DU PRISONNIER

A partir du samedi 24 juillet 2010, la chaîne Arte va diffuser en version multilingue la série Le prisonnier (1967-1968), avec l’inoubliable Patrick McGoohan. Le numéro 3158 de l’hebdomadaire Télérama consacre, page 48, un article à la série. Les propos péremptoires de la journaliste auteure peuvent faire tiquer ceux qui aiment cette série et l’ont connue grâce à son doublage : « la série n’a pas tant vieilli : seuls le doublage français, l’esthétique sixties et l’absence de progression de l’intrigue entre le premier et l’avant-dernier épisode la datent vraiment ». La même persiste et signe dans le petit texte commentant le premier épisode, page 53 : « Arte ayant l’heureuse idée de proposer une version multilingue, nous ne saurions trop vous conseiller de choisir la version originale plutôt que le doublage, vieilli et parfois édulcoré ».

Nous ne partageons certainement pas cette opinion lâchée sans développement ! Il est tellement aisé de trouver des défauts au doublage par rapport à la version originale. Certes, l’adaptation française de la série Le prisonnier est parfois discutable, en particulier le choix guère heureux, dans l’épisode 4, Liberté pour tous, de faire parler français le numéro 58 (Rachel Herbert), alors que dans la VO, le personnage parle un langage imaginaire. Il est vrai aussi que certains dialogues sont beaucoup moins percutants que dans la VO à cause d’une traduction paresseuse et approximative. Mais ceci étant dit, ce doublage reste de très bonne facture. La tension psychologique reste intacte, que ce soit dans la VO ou dans cette VF, permettant d'entendre d'excellents comédiens de cette époque. Jacques Thébault, qui prête sa voix en français à Patrick McGoohan, comme précédemment dans la série Destination Danger (1960-1962, 1964-1967), assure un travail véritablement exceptionnel. Parler de doublage « vieilli » a de quoi faire rire, tant le jeu de Thébault demeure moderne et d'une justesse sans faille, le comédien arrivant à faire passer toute la nervosité, l’agressivité et la subtilité de l’interprétation de McGoohan. Ceux qui opteront d’abord pour la version originale seront peut-être même déstabilisés par la voix plutôt désagréable de McGoohan et se laisseront alors tenter par celle, plus mélodieuse de Jacques Thébault ?

C’est assez triste de constater que Télérama, magazine qui se targue d’être ouvert à toutes les cultures, ne rate jamais une occasion de lapider le doublage, en faisant montre en ce domaine d’une certaine étroitesse d’esprit. C'est trop facile de sortir quelques mots méprisants, sans prendre en compte tout le travail et l'investissement que représente la synchro. C’est d’autant plus pénible lorsque l’on sait que le doublage du Prisonnier a sans aucun doute contribué au succès de la série en France et conserve une dimension affective pour bien des téléspectateurs qui ont découvert la série en VF. Ce n’est certainement pas l’exemple à prendre pour parler de « mauvais » doublage ou de doublage vieilli...

(c) La Gazette du doublage - 2010

dimanche 18 juillet 2010

DÉCÈS DE PAUL BISCIGLIA (1928-2010), PIERRE MAGUELON (1933-2010) ET BERNARD GIRAUDEAU (1947-2010)

Décédé le 18 avril 2010, Paul Bisciglia était ce que l’on appelle, sans intention péjorative, un second couteau du cinéma français. Sa longue filmographie est principalement composée de petits rôles, notamment dans des comédies telles que Le gendarme de Saint-Tropez (1964) et Hibernatus (1973). Il avait souvent joué pour Jean Rollin, en particulier dans La vampire nue (1970) et Les démoniaques (1974). A la synchro, sa voix haut perchée l’amenait généralement à doubler des personnages loufoques, décalés, comme Hendricks (Jeffrey Kramer), l’adjoint du chef Brody (Roy Scheider), dans Les dents de la mer (1975) et Les dents de la mer 2 (1978). Enfin, on pouvait aussi l’entendre dans les dessins animés Astérix et la surprise de César (1985), Astérix chez les Bretons (1986) et Astérix et le coup du menhir (1989).

Le comédien Pierre Maguelon s’est éteint le 10 juillet 2010. Pour beaucoup, il restera l’inspecteur Terrasson de la série Les brigades du Tigre (1974-1983). Son physique trapu et son accent méridional semblaient l’abonner à interpréter des policiers madrés, comme en témoignent ses rôles dans deux films de Luis Buñuel : Le charme discret de la bourgeoisie (1972) et Le fantôme de la liberté (1974). On a pu souvent entendre sa voix dans des publicités à la radio et la télévision. On sait moins qu’il a parfois fait de la synchro, ainsi, c’est lui qui doublait Riccardo Cucciolla dans la mini-série Le château des oliviers (1993).

Acteur, réalisateur, écrivain, Bernard Giraudeau s’en est allé le 17 juillet 2010. Après des apparitions marquantes dans des séries télévisées des années 70, comme La porteuse de pain (1973), Arsène Lupin (1971-1974) et Les mohicans de Paris (1973-1975), il était devenu une figure familière du cinéma français des années 80-90, dans des genres très variés comme l’aventure (Le ruffian, 1983), le drame (L’année des méduses, 1984), la comédie (Vent de panique, 1987). Dans Ridicule (1995), Il composait un fascinant Abbé dont l’obséquiosité signait sa perte, en l’excluant définitivement de la cour de Louis XVI. Bernard Giraudeau avait aussi fait un peu de doublage, en doublant par exemple nul autre que John Travolta dans Mad City (1997).

(c) La Gazette du doublage - 2010

samedi 17 juillet 2010

Rencontre avec Alain Dorval

L'association Sérialement Vôtre et La Gazette du doublage ont organisé le 7 juillet dernier, dans un restaurant parisien, et dans le cadre des « Repas des Séries », une rencontre au sommet avec le comédien Alain Dorval, une des voix les plus caractéristiques du doublage français puisqu'il double Sylvester Stallone depuis le premier Rocky (1977).

Ce comédien, à la voix imposante, né en 1946 comme Stallone, suit une formation très classique : après les cours Simon, il réussit le concours du Conservatoire d'art dramatique de Paris. Il commence à jouer au théâtre et à tourner pour la télévision à la fin des années 60. C'est d'ailleurs à cette époque qu'Eric Kahane, adaptateur et directeur artistique lui propose de faire du doublage. C'est pour la série Les bannis (26 épisodes) dans laquelle il prête sa voix au « cow-boy » Don Murray (son accolyte, Otis Young, étant doublé par Med Hondo).

Dans les années 70, on va l'entendre, dans des seconds rôles, sur plusieurs séries comme Les têtes brûlées dans laquelle il double le sergent Micklin. Mais c'est grâce au cinéma, et à Sylvester Stallone en particulier que la voix d'Alain Dorval va être connue du grand public. En 1977, il double Stallone pour la première fois dans Rocky, dirigé par Jacques Barclay pour START. A partir de cette époque, il va devenir sa voix attitrée ou presque, notamment dans les Rambo (à partir de 1982). Les seules fois où il ne le doublera pas ne seront pas de son fait, précise-t-il, mais de sociétés de doublage n'ayant pas fait appel à lui pour diverses raisons. Alain Dorval nous révèle qu'il vient de doubler Stallone dans la bande annonce de son nouveau film Expandables : unité spéciale, dirigé par Danièle Perret chez Dubbing Brothers. Il s'apprête à enregistrer le film à partir du 10 juillet.

Alain Dorval nous avoue qu'il travaille au doublage beaucoup plus pour le cinéma que pour la télévision, contrairement à sa charmante épouse, Dominique Dumont (qui l'accompagne à notre repas) qui est la voix française de Heather Locklear depuis la série Dynastie (1984 en France), celle de Katherine Kelly Lang dans le soap Amour, gloire et beauté, et également celle de Mariska Hargitay dans New York unité spéciale.

Au cinéma, on a entendu la voix d'Alain Dorval notamment dans Alien, le huitième passager (1979) dans lequel il double le personnage de Brett ou encore le film de Disney Tron (1981) dont il garde un très bon souvenir; il y double Jeff Bridges sous la direction de Jean-Pierre Dorat. A part Stallone, un de ses acteurs fétiches au doublage est également Nick Nolte qu'il double notamment dans 48 heures (1982) et Les nerfs à vif (1991) ou encore de l'italo-américain Danny Aiello.

Du côté des dessins animés, Alain Dorval est la voix du Teigneux dans la série des Il était une fois... (à partir de 1982), celle de Tiger dans les Fievel (à partir de 1996) et celle de Pat Hibulaire dans les Dingo de Disney (à partir de 1995). Il a aussi doublé dans FourmiZ (1998), car dans la VO, c'est Stallone que l'on entend. Décidement, la boucle est bouclée !

Remerciements à Alain Dorval, à Vincent Chenill. Merci aussi à Yan Harris pour les photos d'Alain Dorval dont il est l'auteur.

(c) La Gazette du doublage - 2010

jeudi 15 juillet 2010

INTERVIEW DE PATRICK PRÉJEAN

Le comédien Patrick Préjean est doté d’un visage et d’une voix bien connus. Au cinéma, il a notamment tourné dans Les cracks, Le cerveau, Les mariés de l’an II, Les pétroleuses, Le gendarme et les gendarmettes.
Pour la télévision, il a joué le souteneur de Véronique Genest dans Nana, et Vacherin, le policier inséparable de Roger Carel, alias Fontanier dans La nouvelle malle des Indes.
Très actif au théâtre, il a, entre autres, composé un Cyrano de Bergerac très inspiré, qui lui a valu une nomination aux Molières en 1998.
C’est aussi une voix familière du doublage français depuis plus de trente ans, voix qu’il a prêtée, dans des longs-métrages, à des acteurs tels que Randy Quaid (Le gang des frères James, Ça plane les filles), Steve Martin (Le plus escroc des deux, La panthère rose 1 et 2), Dan Aykroyd (Les Blues Brothers), Nicolas Cage (Peggy Sue s’est mariée.), Elliott Gould (Valse d’amour), John Lithgow (Bigfoot et les Henderson, Docteur Kinsey), Cheech Marin (Born in East L.A.).

La suite de l'interview est à lire dans nos colonnes : http://www.objectif-cinema.com/spip.php?article5295

(c) La Gazette du doublage - 2010