A partir du samedi 24 juillet 2010, la chaîne Arte va diffuser en version multilingue la série Le prisonnier (1967-1968), avec l’inoubliable Patrick McGoohan. Le numéro 3158 de l’hebdomadaire Télérama consacre, page 48, un article à la série. Les propos péremptoires de la journaliste auteure peuvent faire tiquer ceux qui aiment cette série et l’ont connue grâce à son doublage : « la série n’a pas tant vieilli : seuls le doublage français, l’esthétique sixties et l’absence de progression de l’intrigue entre le premier et l’avant-dernier épisode la datent vraiment ». La même persiste et signe dans le petit texte commentant le premier épisode, page 53 : « Arte ayant l’heureuse idée de proposer une version multilingue, nous ne saurions trop vous conseiller de choisir la version originale plutôt que le doublage, vieilli et parfois édulcoré ».

Nous ne partageons certainement pas cette opinion lâchée sans développement ! Il est tellement aisé de trouver des défauts au doublage par rapport à la version originale. Certes, l’adaptation française de la série Le prisonnier est parfois discutable, en particulier le choix guère heureux, dans l’épisode 4, Liberté pour tous, de faire parler français le numéro 58 (Rachel Herbert), alors que dans la VO, le personnage parle un langage imaginaire. Il est vrai aussi que certains dialogues sont beaucoup moins percutants que dans la VO à cause d’une traduction paresseuse et approximative. Mais ceci étant dit, ce doublage reste de très bonne facture. La tension psychologique reste intacte, que ce soit dans la VO ou dans cette VF, permettant d'entendre d'excellents comédiens de cette époque. Jacques Thébault, qui prête sa voix en français à Patrick McGoohan, comme précédemment dans la série Destination Danger (1960-1962, 1964-1967), assure un travail véritablement exceptionnel. Parler de doublage « vieilli » a de quoi faire rire, tant le jeu de Thébault demeure moderne et d'une justesse sans faille, le comédien arrivant à faire passer toute la nervosité, l’agressivité et la subtilité de l’interprétation de McGoohan. Ceux qui opteront d’abord pour la version originale seront peut-être même déstabilisés par la voix plutôt désagréable de McGoohan et se laisseront alors tenter par celle, plus mélodieuse de Jacques Thébault ?

C’est assez triste de constater que Télérama, magazine qui se targue d’être ouvert à toutes les cultures, ne rate jamais une occasion de lapider le doublage, en faisant montre en ce domaine d’une certaine étroitesse d’esprit. C'est trop facile de sortir quelques mots méprisants, sans prendre en compte tout le travail et l'investissement que représente la synchro. C’est d’autant plus pénible lorsque l’on sait que le doublage du Prisonnier a sans aucun doute contribué au succès de la série en France et conserve une dimension affective pour bien des téléspectateurs qui ont découvert la série en VF. Ce n’est certainement pas l’exemple à prendre pour parler de « mauvais » doublage ou de doublage vieilli...

(c) La Gazette du doublage - 2010