(Journées européennes du doublage du 4 au 7 mai 2011)
De notre correspondante, Christine Maline.

Évidemment, pour la ciné-voxophile que je suis, l’occasion était trop belle et le titre trop prometteur … Enfin ! – me dis-je – le doublage va sortir de l’ombre ! Et un fol espoir m’envahit … Déjà mon esprit trotte… galope … s’emballe ! Je vois les foules se presser aux portes de la Cinémathèque, les fans se ruer sur les comédiens, les adaptateurs, les directeurs de plateau … Un autographe ! Un autographe ! … C’est l’émeute !!!
Euh… Non … Pas cette fois.
Mais c’était bien.
Une première absolue : deux grandes séances de doublage « comme en vrai » (ou presque), dans la salle transformée en studio pour l’occasion, sur des petites séquences adaptées par les élèves en séminaire et valeureusement, patiemment, aimablement doublées par deux comédiens professionnels : Vincent Violette et Dany Tayarda.
Un travail passionnant, injustement méconnu. Chapeau. Vraiment.
Je demande : « Ces jeunes gens fréquentent-ils une classe spécialisée « Adaptation-Sous-titres » ? Ah non ? C’est juste un séminaire ponctuel ?… Ces classes-là n’existent pas ici… Paradoxal … Comment un séminaire – même mené de main de maître par un professionnel passionné - peut-il suffire à enseigner l’art subtil et délicat de l’adaptation cinématographique ?
Mais peut-être ces journées auront-elles suscité des vocations et ouvert la porte à l’approfondissement de cette discipline ? …
Puis des projections-débat, des échanges avec des professionnels français et leurs collègues italiens … (et là, je me sens à nouveau « dans le coup », vaguement réconfortée  : le doublage transalpin n’a pas énormément évolué depuis les vingt dernières années !).
Quelqu’un relate une anecdote et cite le nom de Jean-Claude Michel … J’observe les réactions … Les regards se font interrogateurs, les fronts se plissent, les sourcils se haussent … « Qui c’est ? » chuchote une jeune fille derrière moi … Mon cœur se serre …
J’échange mes impressions avec mon voisin de fauteuil, un dinosaure lui aussi… « Ah, me dit-il, on dirait que l’informatique a totalement balayé le passé ; ça, c’est le doublage de l’ère nouvelle, et celui « d’avant » a complètement sombré dans l’oubli, comme s’il n’avait jamais existé … ». « Ben oui, - dis-je, dépitée -, mais enfin Journées européennes du doublage on croirait que … ». « Pfff… rétorque-t-il, aujourd’hui on vous parle très doctement de Picasso ou Kandinsky mais on ignore qui est Rembrandt … ». Il exagère, non ?
Mais je suis une incorrigible optimiste (qui a dit « visionnaire » ?). Je vois dans un proche avenir s’ouvrir des classes « Adaptation/Sous-titres » un peu partout, (avec grammaire française, linguistique et sémiologie obligatoires), une intensification des cours de doublage dans les écoles de cinéma … et pourquoi pas un vrai « Festival de la VF » … Quoi ? Utopie ?

Ces Journées, pour moi, c’est comme pour la tarte aux pommes, j’en aurais bien redemandé… mais j’ai dû faire taire ma gourmandise : la tarte était trop petite. J’attendrai l’année prochaine.

(c) La Gazette du doublage - 2011