samedi 18 juin 2011

Buffalo Bill, le héros du Far West (1965)

Le western italien Buffalo Bill, le héros du Far West (1965) a aussi un autre titre français : L'attaque de Fort Adams.
Au doublage, nous retrouvons le grand Jean-Claude Michel qui prête sa voix à Gordon Scott. A cette époque, on pouvait déjà l'entendre sur Sean Connery en parallèle avec Jean-Pierre Duclos qui lui le doublait principalement dans les James Bond.
Dans ce film, on entend aussi Serge Nadaud, célèbre voix française de Spencer Tracy depuis les années 30 et Edmond Bernard qui doublera ponctuellement Charles Bronson dans les années 80.
C'est la société de Jacques Willemetz (à qui l'on doit notamment le doublage de la trilogie des Sissi avec Romy Schneider) qui s'est occupée de cette VF dont l'adaptation est signée Georges Réville.





(Remerciements à Christine M.)

(c) La Gazette du doublage - 2011

samedi 11 juin 2011

Repas des séries : Retour vers le futur

Fez au Maroc 1954, une petite fille écoute avec sa famille « La voix du soldat », émission de l’armée française dans ce pays qui n’accèdera à l’indépendance que deux ans plus tard. L’émission est le seul moyen d’avoir des nouvelles de son frère qui effectue son service militaire dans ce Maroc où les soldats Français affrontent les mouvements nationalistes. La petite fille tend l’oreille et ressent une profonde gratitude envers la voix de cet homme qui la rassure sur son frère.

Quelques années plus tard elle est à Nice. Ses parents croient qu’elle prépare hypokhâgne alors qu’elle vit sa passion au Conservatoire d’art dramatique de Nice. Ses soirées elle les passe au théâtre et particulièrement à Arles où en plein air elle assiste à une représentation de « Roméo et Juliette » de William Shakespeare. Soudain elle entend une voix qu’elle connaît, la voix du soldat !. Et cette fois elle découvre son visage. Roméo a la voix du soldat.

Quelques années plus tard encore elle fuit sa famille à Paris pour vivre sa passion théâtrale. Un soir elle se rend au théâtre des Mathurins, et pour la troisième fois elle croise sa « voix ». Cette fois-ci elle ne la quittera plus. Elle l’accompagne dîner au restaurant après la représentation puis elle deviendra sa femme. Cette dame c’est madame Pierre Hatet et elle n’est pas la seule à avoir été poursuivie par cette voix.

Sa mère ne connaît pas grand-chose au théâtre mais elle aime bien Mannix. « Ca tombe bien, Mannix c’est mon mari ». La voix opéra la réconciliation familiale. Certes la maman sera un peu déçue en voyant arriver Pierre Hatet. Ce n’est pas Mike Connors. Mais elle s’y fait car à l’époque Pierre Hatet ressemblait un peu à Mike Connors. « C’était une époque, précise l’acteur, où on cherchait les morphologies identiques pour avoir la même sonorité ». Le doublage fut réalisé chez Jean-Paul Blondeau sous la direction de Serge Luguen. (Claudie Chantal fut une des innombrables voix pour doubler Peggy la secrétaire afro-américaine de Mannix).

La série Mannix fut le premier vrai doublage de Pierre Hatet (il avait fait « quelques bricoles par-ci par-là » auparavant) mais ce n’était pas la première fois que sa voix était repérée.

Pourtant c’est par l’image que sa carrière de comédien commença à l’âge de cinq ans. Un de ses oncles qui travaillait dans la publicité avait besoin d’un beau petit garçon pour faire une photo publicitaire. Sa passion d’acteur c’est au théâtre qu’il l’a vécu même si aujourd’hui apprendre de longs textes est un trop grand effort pour lui.

Il a commencé par l’école de la rue Blanche pour préparer le conservatoire national d’art dramatique. Un jour, descendant de l’école il découvre une jeune fille qui reste un long moment devant la porte. Il lui demande si elle veut entrer. « Je n’ose pas. Ma mère pense que je suis à l’école d’infirmière ». Pierre Hatet lui prend la main et l’entraîne dans l’escalier de l’école. Il la conduit chez l’administrateur qui l’inscrit pour une audition « si elle veut ». Et la jeune fille est venue passer l’audition : c’était Annie Girardot. Après la voix, Pierre Hatet avait la main du destin. Il sera reçu au Conservatoire national d’art dramatique et rejoindra Jean Vilar et la troupe du TNP avec Gérard Philippe, Philippe Noiret, Jeanne Moreau, Maria Casarès…. Au théâtre il jouera du Goldoni, Côme de Médicis dans « Lorenzaccio », Petruchio dans « La mégère apprivoisée » de Shakespeare et le plus long rôle du répertoire Français Cyrano de Bergerac. Il y jouera également dans « Le chien des Baskerville » ainsi que du Barillet et Grédy et du Marc Camoletti.

Aujourd’hui il fait surtout du doublage et c’est particulièrement pour nous parler de celui de Retour vers le futur que nous sommes réunis avec lui et son épouse au « Bistrot Garat », restaurant qui fut la propriété du chanteur et acteur Henry Garat (69 ter rue Damrémont Paris XVIIIe). « D’habitude le doublage d’un long métrage prend cinq jours celui de Retour vers le futur a pris trois semaines ! ». L’explication : « Steven Spielberg a souhaité superviser le doublage français en envoyant une femme qui nous arrêtait à chaque fois que nous ne respections pas les intentions / les intonations souhaitées par l’auteur ». La sélection des comédiens fut également très rude et si Pierre Hatet a emporté le morceau c’est qu’il s’est immédiatement senti en empathie avec le personnage du Dr Emmett Brown. « Je ne l’ai pas abordé comme un acteur de doublage en essayant de retrouver les intonations de Christopher Lloyd. Je l’ai abordé comme un comédien en essayant de restituer le sentiment du personnage. J’avais déjà interprété ce genre de rôle notamment dans le théâtre de Goldoni ». Le résultat fut si remarquable que depuis Pierre Hatet est devenu la voix officielle de Christopher Lloyd, par exemple dans « La famille Adams ». Après il y eut des épisodes inédits de L’île fantastique doublés bien après leur première diffusion en France chez Dubbing brothers sous la direction d’Anne Kerylen, qui fut la voix de Lois Chiles dans Mort sur le nil.

Pierre Hatet nous parla également des séries et feuilletons dans lesquels il avait tourné. Ses regrets quant à Châteauvallon. Une deuxième saison était prévue avec un tournage aux Etats-Unis (où la série avait été bien reçue) avec un rôle beaucoup plus étoffé pour Pierre Hatet. Mais cette fois le destin avait frappé à la mauvaise porte. Il nous parla également de « Schulmeister espion de l’empereur », la série de Jacques Fabbri, son meilleur souvenir de tournage dans une série. Il fit un peu de cinéma aussi. Sur le tournage d’un western en Espagne il croisa dans l’ascenseur un grand acteur par la taille et le talent : Sean Connery. Il était six heures du matin les tournages allaient débuter. « C’est dur la vie de comédien » lui dit l’interprète de 007.

La discussion porta également sur la délocalisation des doublages en français vers la Belgique, le Luxembourg et la Suisse (que des paradis fiscaux !). « Quand c’est bien fait, pourquoi pas… », estima Pierre Hatet « mais le plus souvent c’est fait à la va vite avec des jeunes peu payés que l’on presse ».

Nous débattions donc quand le destin vint s’inviter une nouvelle fois dans ce repas autour de Pierre Hatet. Jenny Gérard, la directrice de plateau de Retour vers le futur, fit son entrée dans le bistrot Garat alors que nous ne l’attendions pas. Elle parla du futur avec Pierre Hatet puis le repas reprit. Nous avions commencé par une salade Bruce Springsteen consommée dans Retour vers le futur 2. Mais comme il n’existe pas de recette de la salade Bruce Springsteen le chef nous confectionna une salade américaine de son invention à base de poivron, maïs et crevette. « Si c’est réussi je la mettrai sur ma carte ». Il avait un peu du Dr. Brown le chef. Nous continuâmes par les boulettes américaines du premier Retour vers le futur et on termina par le gâteau de l’oncle Joe confectionné tous les ans dans l’espoir de le voir sortir de prison. Et comme Retour vers le futur est un teen-movie nous bûmes du Coca cola et du Gini. Entre Mannix et le Dr. Brown à la fin du repas chacun avait retrouvé les années soixante-dix et quatre-vingt. Une fois de plus Pierre Hatet avait été maître du destin.

Back to the future !

(Nos remerciements à Vincent Chenille de l'association "Sérialement Vôtre", www.serialement-votre.fr, pour son compte-rendu)