C’est avec grande tristesse que nous avons appris le 1er octobre 2013 la mort dans un accident de voiture de Giuliano Gemma. Ce très charismatique acteur italien avait été le héros de bon nombre de westerns spaghetti mémorables dans les années 60-70. En guise d’hommage, voici quelques-unes de ses principales voix françaises, voix de doublage qui ont fortement contribué à le faire connaître en France, au temps où il était plus facile de voir un film en VF qu’en VO.

Jean-Claude Michel (voix habituelle de Sean Connery) a certainement été l’un des premiers à doubler Gemma, dans Les titans (1962) puis Shéhérazade (1963). Jacques Torrens (voix du chien pleutre Scooby Doo dans les dessins animés seventies Hanna-Barbera) l’a ensuite doublé dans Angélique, marquise des anges (1964). En revanche, dans sa suite, Merveilleuse Angélique (1965), ce n’était plus Torrens mais l’illustre Jacques Thébault (voix habituelle de Steve McQueen), qui lui prêtera aussi sa voix dans le western Wanted (1967).

Dominique Paturel (voix habituelle de Robert Wagner) l’a doublé plusieurs fois non seulement dans Un pistolet pour Ringo (1965), mais aussi Le blanc, le jaune, le noir (1974) et La grande bataille (1978). Comme pour la saga des Angélique, ce n’est pas le même comédien qui double Gemma dans la suite de Ringo, puisque dans Le retour de Ringo (1965), Paturel laisse la place à Michel Le Royer (voix habituelle de Christopher Lee depuis les années 2000). Parmi toutes ces voix, nous avouerons d’ailleurs notre nette préférence pour celle de Michel Le Royer, tout simplement fantastique lorsqu’il doublait Giuliano Gemma, en faisant passer toute son humanité, sa force, sa droiture, dans ces westerns transalpins distrayants au possible. Une parfaite alliance que l’on peut apprécier dans les doublages français de Le dollar troué (1965), Adios Gringo (1965), Arizona Colt (1966) et Ciel de plomb (1968).

Claude Giraud (voix habituelle de Robert Redford) a lui aussi suivi vocalement Gemma sur plus d’un film : Un homme à respecter (1972), Le désert des Tartares (1976) et L’affaire Mori (1977). Au sujet de ce dernier film, force est de constater quelque chose de très dérangeant. Alors que Giraud double Gemma dans le rôle du préfet de fer Cesare Mori, on entend malheureusement Le Royer lui donner la réplique sur le comédien Enzo Fisichella ! A la limite, permuter les rôles doublés aurait été préférable tant Le Royer – répétons-le – était excellent sur Giuliano Gemma et donnait l’impression que ce dernier s’exprimait dans notre langue…

Serge Lhorca (voix habituelle de Gene Wilder), sans remettre en question tout son talent, a certainement été le choix le plus discutable pour doubler Giuliano Gemma dans le western parodique Méfie-toi Ben, Charlie veut ta peau (1972). En revanche, la voix juvénile de Georges Poujouly (voix de Tintin dans la série animée Belvision des années 60) collait parfaitement à l’acteur italien dans Les anges mangent aussi des fayots (1973), comédie pleine de baffes, dans laquelle Gemma remplaçait avantageusement Terence Hill aux côtés de Bud Spencer.

Il est revenu à Daniel Gall (voix habituelle de Fritz Wepper, l’acolyte de l’inspecteur Derrick) de doubler Gemma dans l’un de ses derniers westerns, appelé à raison Adios California (1977), tandis qu’il s’agissait d’Hervé Bellon (voix habituelle de Rutger Hauer) dans l’un des rares gialli où apparaissait l’acteur, le génial Ténèbres (1982). Enfin, notre ami Jacques Bernard (voix habituelle de Jackie Chan dans ses premiers films) l’a doublé dans l’adapation d’une bande-dessinée mélangeant western et fantastique, Tex et le seigneur des abysses (1985).

Il est aussi arrivé à Giuliano Gemma de participer à des films français. Si son rôle de militaire américain était muet dans Châteauroux District (1987), on pouvait l’entendre, non doublé, s’exprimer en français dans le film de guerre La légion saute sur Kolwezi (1978), dans le rôle d’un légionnaire français en mission au Zaïre.
Beaucoup de beaux personnages pour un acteur dégageant constamment une grande énergie, que l’on imaginait davantage dans le rôle du bon que celui du méchant. A l’instar de Franco Nero et Tomas Milian (tous deux fort heureusement toujours parmi nous), Giuliano Gemma fait partie pour toujours du club très fermé des têtes d’affiche du western spaghetti.

(c) La Gazette du doublage - 2013