Légende du doublage, la comédienne Claire Guibert est décédée le 15 décembre à l'âge de 94 ans.
Elle a été formée au centre dramatique de la rue Blanche pendant la guerre. Elle a commencé à faire du doublage après la Libération et a prêté sa voix notamment à la jeune Linda Darnell dans Le Signe de Zorro (film de 1940 mais sorti en France en 1946), enregistré aux studios de Saint-Ouen.
En 1953, Claire Guibert a épousé le comédien et grand résistant Marc Valbel. Lui aussi était un ténor du doublage, et ce depuis les années 30 : Gary Cooper (Les Aventures de Marco Polo, 1938), Robert Taylor (Johnny, roi des gangsters, 1942), Cary Grant (Les Enchaînés, 1946), Michael Rennie (Le Jour où la terre s'arrêta, 1951), Gregory Peck (Les Neiges du Kilimandjaro, 1952), Randolph Scott (Ville sans loi, 1955)... Ce dernier est décédé en 1960.
Durant sa carrière, Claire Guibert a tourné dans quelques films pour le cinéma, notamment dans les années 50 (La Grande vie, Le désert de Pigalle) et est apparue dans des dramatiques pour la télévision dans les années 60 (Monsieur Beverley, Ce soir à Samarcande) mais c'est surtout le doublage qui lui a apporté une forme de notoriété qu'elle a eu du mal à assumer (elle a refusé un certain nombre d'interviews sur le sujet). Pourtant, elle a été une très célèbre voix du cinéma pendant une quarantaine d'années puisqu'elle a doublé notamment Vivien Leigh dans Autant en emporte le vent (film de 1939 mais sorti en France en 1950), Virginia Mayo dans La Flèche et le flambeau (1950), Susan Hayward dans Les Gladiateurs (1954), Ingrid Bergman dans Indiscret (1958), Ava Gardner dans Les 55 jours de Pékin (1963), Lauren Bacall dans Le Crime de l'Orient-Express (1974), Claire Bloom dans Le Choc des Titans (1981)... Mais pour beaucoup, sa voix reste encore associée à Marilyn Monroe de Chérie, je me sens rajeunir (1952) aux Désaxés (1960) et à Doris Day, notamment dans L'Homme qui en savait trop (1956) ou encore dans Un pyjama pour deux (1961).
Tous ces rôles variés à la synchro ont permis à Claire Guibert de montrer l'étendu de son grand talent, aussi à l'aise dans un registre dramatique que dans la comédie.
Le succès en France du cinéma étranger, et notamment américain, des trente glorieuses, doit énormément à ces grands artistes de l'ombre, serviteurs du doublage. Qu'ils en soient ici remerciés.

(Merci à Rémi Carémel pour l'information)

(c) La Gazette du doublage - 2018