Le doublage et le cinéma africain sont en deuil, Med Hondo a rejoint le paradis des artistes le 2 mars dernier à près de 83 ans. Né en Mauritanie et arrivé à Marseille en 1959, il commence à faire des petits boulots pour subsister et se payer les cours de théâtre. Son professeur sera la grande Françoise Rosay qui le fera jouer dans un bon nombre de pièces classiques. Artiste engagé, il participe à la création du Comité africain des cinéastes et fonde en 1966 sa troupe de théâtre. Son cinéma traite exclusivement du colonialisme et du post-colonialisme (Soleil ô, Les Bicots-nègres, Lumière noire, Watani...).
Dès le milieu des années 60, pour la télévision française, il interprète des seconds rôles dans des séries populaires : Belphégor, Les Aventures de Bob Morane, Aux frontières du possible... Au cinéma, il tourne sous la direction de Godard (Masculin féminin), de Costa-Gavras (Un homme de trop), de Pascal Légitimus (Antilles sur Seine)...
Très actif au doublage, on commence à l'entendre dès la fin des années 60, notamment dans la série Les Bannis (sur l'acteur Otis Young). En 1973, il prête sa voix à Yaphet Kotto, le méchant de Vivre et laisser mourir, premier James Bond avec Roger Moore. C'est à partir de cette décennie que les décideurs vont lui attribuer vocalement la plupart des acteurs afro-américains : Carl Weathers (la saga des Rocky), Richard Pryor (Superman III), Ernie Hudson (SOS Fantômes), Keith David (Platoon), Morgan Freeman (Seven)... Mais l'acteur américain avec lequel l'osmose sera la plus forte est bien évidemment Eddie Murphy. Med lui prêtera sa voix à partir du film 48 heures. S'en suivront ensuite la trilogie du Flic de Beverly Hills et bien d'autres encore. En 2001, lorsque Murphy est engagé pour créer la voix de l'âne dans Shreck, on pense naturellement à Hondo pour effectuer le doublage de ce personnage un peu agaçant et très bavard mais si mémorable. On se souviendra aussi de Med Hondo sur le personnage de Rafiki dans Le Roi Lion de Disney et ses suites.
La carrière à la synchro de Med Hondo démontre, une fois de plus, qu'un doublage de qualité ne peut se faire sans le talent du comédien qui prête sa voix à l'acteur original.

(c) La Gazette du doublage - 2019