Notre cher ami le comédien William Sabatier vient de nous quitter à l'âge de 95 ans. C'est au moment de la préparation de notre ouvrage Rencontres autour du doublage des films et des séries TV (édité en 2006) que vous avons rencontré William et son épouse Michou, un couple adorable, chez eux à Paris dans le 18ème arrondissement. William nous a reçus souvent, autour d'un bon repas, pour nous raconter des anecdotes passionnantes sur sa carrière. Il était formidable et avait un bon sens de l'humour. Il nous manque déjà... Vous trouverez ci-dessous des passages de l'interview éditée dans notre livre.

Né à Gentilly mais originaire de l'Hérault, William a commencé dans la vie active comme métallurgiste puis est devenu météorologiste au Bourget. Comédien dans l'âme, il passe le concours d'entrée au Conservatoire. Il est reçu à l'unanimité à 23 ans. En 1948, après le Conservatoire, Georges Leroy, son professeur, le présente à Jean-Louis Barrault. Il entre dans la célèbre troupe (il va y rester 20 ans). "Ma femme avait épousé un météorologiste et s'est retrouvée avec un comédien sur les bras. Ce n'est pas du tout ce qu'elle souhaitait (rires)."

C'est à cette époque qu'il début au doublage grâce à Julien Bertheau, sociétaire de la Comédie-Française, qui supervisait un doublage à la SPS (Société parisienne de sonorisation) dirigé par Henri Ebstein. Son premier rôle important à la synchro est pour le film Hoggar. "L'action se déroulait en Afrique avec des Touaregs. Le directeur de plateau, Gérald Devriès m'avait convoqué pour un rôle et m'avait conseillé d'apprendre le texte par cœur. Il y avait des "tunnels" de 10 à 15 lignes ! J'ai donc appris ce texte tout comme si j'avais à apprendre une pièce. Au moment de de l'enregistrement, j'ai découvert les deux autres acteurs qui doublaient avec moi : Jacques Dufilho et Louis de Funès ! Comme tous les acteurs du film avaient continuellement le visage voilé, on aurait pu se passer de faire attention au synchronisme (rires).

Vers 1950-1952, j'ai fait du doublage chez Lingua Synchrone, dirigée par Richard Heinz, avec mon camarade Bernard Noël. Heinz était quelqu'un de formidable qui dirigeait très bien. Il était parfaitement bilingue car d'origine anglaise. Il m'a fait doubler Anthony Quayle dans Les Canons de Navarone, Marlon Brando dans La Poursuite impitoyable, Toshiro Mifune dans Soleil rouge, Richard Harris dans Orca..."


Willliam Sabatier a aussi travaillé pour des films MGM dont les doublages étaient dirigés par Jacqueline Monchablon et Jacques Barclay dès la fin des années 50. Pour eux, il a doublé Jack Hawkins dans Ben-Hur, Trevor Howard dans Les Révoltés du Bounty...

Quelques années plus tard, William a prêté sa voix à Howard Keel dans la série Dallas et à John Thaw dans L'Inspecteur Morse. A ce propos, notre ami nous confiait : "L'acteur qui l'interprétait vient juste de décéder (en 2002). C'était une série anglaise formidable dont je n'ai pas compris les histoires d'ailleurs; elles étaient tellement compliquées..."

William nous confiait que ses meilleurs souvenirs de carrière étaient au théâtre pour la pièce Rhinocéros d'Eugène Ionesco, au cinéma pour Casque d'or de Jacques Becker (il est devenu ami avec Simone Signoret et Yves Montant), à la télévision pour La Locandiera ou encore Amoureuse Joséphine (il interprétait le rôle de Napoléon)...

Du théâtre à la télévision, en passant par le cinéma et le doublage, William a eu une riche et longue carrière. Aujourd'hui, il rejoint ses illustres amis Bernard Noël, Jean-Claude Michel, Henry Djanik, Roland Ménard et Marc Cassot. Ne les oublions pas.

(c) La Gazette du doublage - 2019