Lundi 15 juin, la Gazette du Doublage était conviée à la projection du film Monsieur X, dit ici Pierre Rabier au Théâtre de la Madeleine. Le scénario, un texte de Marguerite Duras issu de son roman La Douleur, avait déjà été adapté au théâtre il y a quelques années par Jacques Lassalle et interprété par Jean-Philippe Puymartin et Marianne Basler qui ont choisi d'en faire ce film.

L'histoire se passe à Paris pendant la guerre. Marguerite Duras (Marianne Basler) patiente dans les couloirs du siège de la gestapo afin de prendre des nouvelles de son mari, le résistant Robert Antelme, incarcéré à la prison de Fresnes. Elle rencontre Pierre Rabier (Jean-Philippe Puymartin), agent de la gestapo se disant "alsacien". Celui-ci promet à la jeune femme de lui obtenir régulièrement des nouvelles de son mari. Une relation très ambigüe naît entre ces deux personnes que tout oppose.

Ce beau film, troublant, dans lequel Jean-Philippe Puymartin (ancien pensionnaire de la Comédie-Française et, pour les voxophiles, voix régulière de Tom Hanks et Tom Cruise) nous montre toute la mesure de son talent, a été très applaudi.

Au cours de cette soirée à laquelle avaient pris part bon nombre de professionnels du spectacle, nous avons croisé quelques visages familiers: les réalisateurs Michel Wyn (qui collabore régulièrement au "Salon des Séries" que nous co-organisons chaque année avec l'association Sérialement vôtre) et Marion Sarraut, ainsi que les comédiens Vincent Ropion, Dorothée Pousséo, Fily Keita, Céline Monsarrat, Arlette Thomas (qui nous a confié ne plus diriger de doublages, mais consacrer un bonne partie de son temps à la préparation de ses "Soirées du lundi" au théâtre de l'Aire Falguière)... et Jean-Philippe Puymartin lui-même, qui a cordialement répondu à nos questions.


La Gazette du Doublage: Vous avez créé au théâtre cette adaptation de Monsieur X, dit ici Pierre Rabier par Jacques Lassalle, qu'est-ce qui vous a poussé à en faire un film quelques années après?

Jean-Philippe Puymartin: Nous avions tous les deux, Marianne Basler et moi, l’envie de poursuivre cette aventure, le sentiment que ce spectacle n’avait sans doute pas été assez vu par le public, le désir de le faire partager à un plus grand nombre et aussi de lui redonner vie sous une forme différente.

La Gazette du Doublage: L'œuvre de Duras ne semble pas donner une véritable explication de la personnalité de Rabier. Dans le film, vous le rendez presque sympathique... Quel angle avez-vous choisi pour interpréter ce personnage?

Jean-Philippe Puymartin: C’est tout ce qui me fascine dans l’œuvre de Duras, cette manière qu’elle a de poser des questions sans apporter forcément de réponses. Cette manière de montrer que dans la vie tout n’est pas tout blanc et tout n’est pas tout noir, que chacun peut receler en soi à la fois le meilleur et le pire.

La Gazette du Doublage: Vous avez co-réalisé ce film avec l'autre interprète principale du film, Marianne Basler. Etait-ce votre première expérience de réalisation? Si oui, quels enseignements en avez-vous tirés?

Jean-Philippe Puymartin: Ce n’était pas ma première réalisation. J’ai réalisé mon premier court-métrage Léon en 1981 en même temps que je jouais ma première pièce au théâtre Edouard VII Debureau de Sacha Guitry avec Robert Hirsch. Mais c’était ma première co-réalisation : une sacrée expérience et un grand bonheur.

La Gazette du Doublage: Tourner un film autour d'un projet aussi beau qu'il soit demande un certain soutien financier, l'appui d'un distributeur, etc. Quels ont été les principaux soutiens pour ce film et a-t-on l'espoir de le voir prochainement dans un réseau de salles? Quelle va en être sa diffusion?

Jean-Philippe Puymartin: Le film a obtenu le soutien du CNC section Spectacle vivant, d’un montant de cent mille euros destinés au départ à une simple captation de la pièce. Nous avons voulu en faire un film, ce qui nous a demandé une longue préparation et quelques renoncements avant de pouvoir enfin le tourner en 9 jours dans cette usine abandonnée près de la gare de Meaux. Le film est déjà passé sur France O début mai et il est programmé actuellement sur CinéCinéma jusqu'à la fin de l'année. Nous espérons trouver un bon distributeur pour les salles de cinéma.

La Gazette du Doublage: Pouvez-vous nous parler de votre actualité et de vos projets: théâtre, tournages... et doublage bien entendu?

Jean-Philippe Puymartin: C’est toujours l’inconnu. Qui sait de quoi demain sera fait. Mais ce dont je suis sûr c’est qu’à la fin Juillet je vais tourner sous la direction de Serge Moati, le rôle du Général Salan dans un docu-fiction sur la guerre d’Algérie.

Je viens aussi de jouer il y a un mois, sous la direction de Jacques Lassalle (c’était mon douzième spectacle avec lui, je crois) un très beau spectacle Parlez-moi d’amour d’après deux nouvelles de Raymond Carver, celui qui a inspiré Short Cuts de Robert Altman. Nous l’avons créé dans ce magnifique théâtre de Vidy à Lausanne au bord du lac avec Catherine Rétoré et aussi Olivier Augrond et Julien Bal. Et nous espérons bien le reprendre à Paris et en tournée en 2010/2011.

Sinon, j'ai doublé récemment Tom Hanks dans Anges et Démons, et on pourra me voir bientôt dans un rôle important dans un épisode de la série Profilage sur TF1.


NB: Nous avions déjà rencontré Jean-Philippe Puymartin il y a quelques années sur le doublage du film Wild Wild West dirigé par notre amie Jenny Gerard. Le compte-rendu de cette séance d'enregistrement a été publié dans notre ouvrage Rencontres autour du doublage de films et de séries télé, encore disponible sur quelques sites marchands comme amazon.fr .