dimanche 15 mai 2011

Compte-rendu des JED 2011

(Journées européennes du doublage du 4 au 7 mai 2011)
De notre correspondante, Christine Maline.

Évidemment, pour la ciné-voxophile que je suis, l’occasion était trop belle et le titre trop prometteur … Enfin ! – me dis-je – le doublage va sortir de l’ombre ! Et un fol espoir m’envahit … Déjà mon esprit trotte… galope … s’emballe ! Je vois les foules se presser aux portes de la Cinémathèque, les fans se ruer sur les comédiens, les adaptateurs, les directeurs de plateau … Un autographe ! Un autographe ! … C’est l’émeute !!!
Euh… Non … Pas cette fois.
Mais c’était bien.
Une première absolue : deux grandes séances de doublage « comme en vrai » (ou presque), dans la salle transformée en studio pour l’occasion, sur des petites séquences adaptées par les élèves en séminaire et valeureusement, patiemment, aimablement doublées par deux comédiens professionnels : Vincent Violette et Dany Tayarda.
Un travail passionnant, injustement méconnu. Chapeau. Vraiment.
Je demande : « Ces jeunes gens fréquentent-ils une classe spécialisée « Adaptation-Sous-titres » ? Ah non ? C’est juste un séminaire ponctuel ?… Ces classes-là n’existent pas ici… Paradoxal … Comment un séminaire – même mené de main de maître par un professionnel passionné - peut-il suffire à enseigner l’art subtil et délicat de l’adaptation cinématographique ?
Mais peut-être ces journées auront-elles suscité des vocations et ouvert la porte à l’approfondissement de cette discipline ? …
Puis des projections-débat, des échanges avec des professionnels français et leurs collègues italiens … (et là, je me sens à nouveau « dans le coup », vaguement réconfortée  : le doublage transalpin n’a pas énormément évolué depuis les vingt dernières années !).
Quelqu’un relate une anecdote et cite le nom de Jean-Claude Michel … J’observe les réactions … Les regards se font interrogateurs, les fronts se plissent, les sourcils se haussent … « Qui c’est ? » chuchote une jeune fille derrière moi … Mon cœur se serre …
J’échange mes impressions avec mon voisin de fauteuil, un dinosaure lui aussi… « Ah, me dit-il, on dirait que l’informatique a totalement balayé le passé ; ça, c’est le doublage de l’ère nouvelle, et celui « d’avant » a complètement sombré dans l’oubli, comme s’il n’avait jamais existé … ». « Ben oui, - dis-je, dépitée -, mais enfin Journées européennes du doublage on croirait que … ». « Pfff… rétorque-t-il, aujourd’hui on vous parle très doctement de Picasso ou Kandinsky mais on ignore qui est Rembrandt … ». Il exagère, non ?
Mais je suis une incorrigible optimiste (qui a dit « visionnaire » ?). Je vois dans un proche avenir s’ouvrir des classes « Adaptation/Sous-titres » un peu partout, (avec grammaire française, linguistique et sémiologie obligatoires), une intensification des cours de doublage dans les écoles de cinéma … et pourquoi pas un vrai « Festival de la VF » … Quoi ? Utopie ?

Ces Journées, pour moi, c’est comme pour la tarte aux pommes, j’en aurais bien redemandé… mais j’ai dû faire taire ma gourmandise : la tarte était trop petite. J’attendrai l’année prochaine.

(c) La Gazette du doublage - 2011

dimanche 8 mai 2011

Repas des séries : X-Files


C’était en plein désert marocain. Georges Caudron était en vacances et on lui propose de lui lire l’avenir. Georges accepte et y va d’autant plus sereinement qu’il « ne croit pas à tout ça ». On l’emmène donc dans cet endroit où l’eau courante et l’électricité n’existent pas (alors la télé n’en parlons pas…). Il a à peine le temps de franchir la porte du médium que celui-ci lui dit « You Fox ! ». Georges Caudron est pétrifié. Comment cet homme dans cet endroit désolé a-t-il pu deviner qu’il était la voix de Fox Mulder l’agent spécial de la série X-Files ?
En fait il ne l’avait pas deviné. Il l’a juste qualifié de « renard » parce qu’il le trouvait rusé. Pas de magie donc, juste le sentiment pour Georges Caudron d’être marqué par un personnage. Mais aujourd’hui la malédiction est levée. Après avoir suivi David Duchovny dans l’aventure X-Files Georges Caudron fait aussi sa voix dans Californication et l’acteur y prend visiblement plaisir car « enfin Duchovny se lâche ».
C’est une des nombreuses histoires dont nous avons eu l’exclusivité lors de ce 4ème repas consacré donc à X-Files. Eh oui X-Files était de retour malgré le débat que nous lui avions consacré en 2009. C’est qu’il y avait de la demande pour rencontrer Caroline Beaune et Georges Caudron. Les deux ont répondu présent et nous les en remercions une nouvelle fois ; Georges Caudron qui venait de diriger le doublage de la série Damages pour Canal + et tout particulièrement Caroline Beaune qui sortait d’une hospitalisation.
Je ne suis pas un spécialiste d’X-Files mais je dois dire que ce quatrième repas des séries fut un des meilleurs. Les invités furent très prolixes et il n’y avait pas énormément de monde autour de nous dans le restaurant « L’écrin » ce qui nous permettait de bavarder en tout loisir.
Georges Caudron avait donc récupéré sa voix, qu’il se voile régulièrement en doublant John Hannah dans la série Spartacus. Dans cette série il « crie autant qu’il parle ». En fait de voix il nous raconta qu’il avait été le premier acteur à enregistrer sa voix sur un DVD. Ce pilote était destiné à promouvoir le nouveau support. Il nous parla avec émotion du réalisateur Gilles Legrand qui lui donna le premier rôle d’un épisode de la série Médecins de nuit (L’épisode Amalgine). L’émotion était au rendez-vous car Gilles Legrand lui avait promis de le faire tourner dans son premier long métrage. Pas de chance pour Gilles tous ses projets tombaient à l’eau et Georges voyait sa promesse couler avec. Pourtant il la tint « ce qui est remarquable » et Georges Caudron obtint ce premier rôle. Il y avait une autre raison à son émotion : Gilles Legrand mourut moins de dix ans après Médecins de nuit. « Nous tournions de nuit, comme l’indiquait le titre. L’ambiance, les gestes étaient très différents des tournages de jour ».
Caroline Beaune nous parla de Claude Chabrol et de la série Inspecteur Lavardin, l’épisode Maux croisés. Elle nous parla de la belle villa en Italie, lieu du tournage, nous confirma que Claude Chabrol choyait ses acteurs, et de sa chance de tourner avec Jean Poiret.
Chose surprenante que de voir ces acteurs très ancrés dans nos mémoires pour des séries Américaines défendre les séries Françaises.
Ils nous parlèrent cependant d’X-Files, série qui marqua un tournant avec Friends et Six feet under dans la culture séries. Le phénomène « aficionados » s’y développa et les séries Américaines arrivèrent en nombre. Ils se souvinrent également de M. Duchovny, le père de David Duchovny, qui vivait à Paris et qu’on refusa de faire entrer au « Palace » lors d’une manifestation consacrée à la série alors en pleine gloire. Personne ne voulait croire que le père de cette vedette Américaine vivait à Paris.
Les deux acteurs précisèrent qu’ils n’avaient jamais rechigné à faire la promotion de la série, à participer à des débats mais qu’ils n’avaient jamais fait de l’argent sur le dos de la série en se vendant à des sociétés ou des associations de produits dérivés, de marketing ou publicitaires qui voulaient profiter du filon.
Caroline Beaune exprima son souci de voir des jeunes comédiens se spécialiser exclusivement dans le travail de doublage ; c’est l’apprentissage de l’acteur qui y perd et la possibilité pour tous ces apprentis doubleurs de diversifier leurs expériences, leur carrière.
Comme dans tout bon repas des séries qui se respecte nous avons mangé et bu à la façon X-Files. C’est-à-dire pas d’alcool (il y a eu quelques entorses) et un repas entre le végétarien et le végétalien comme les affectionnent Scully et Mulder et même David Duchovny qui répugne à manger des animaux. Nous avons donc mangé ce qui constitue fréquemment le repas des deux enquêteurs une salade mixte en entrée et de la glace en dessert. Certains y ont ajouté de la tarte ce qui n’était pas très orthodoxe mais tout à fait végétalien.
En plat principal nous avons consommé des moules. Certains ont poussé le vice de la reconstitution à l’extrême en étant malade comme Mulder dans X-Files Le film, après sa consommation de moules.
Verdict officiel des autorités sanitaires une algue microscopique s’était infiltrée dans les moules, qui furent retirées aussitôt de la vente et de la consommation. Il était trop tard nous étions contaminés. Mais était-ce la vraie raison de cet empoisonnement ? Nous avons quelque doute sur cette version. Nous pensons qu’il s’agissait d’un complot mondial organisé par les extraterrestres afin d’éliminer certains d’entre nous. A moins qu’il ne s’agisse d’Eugène Victor Tooms venu manger notre foie ; ce tueur en série combattu par Scully et Mulder (et doublé par Antoine Doignon, le mari de Caroline Beaune). La vérité ne se trouve pas dans les moules « elle est ailleurs ».

(Nos remerciements à Vincent Chenille de l'association "Sérialement Vôtre", www.serialement-votre.fr, pour son compte-rendu)