samedi 11 juin 2011

Repas des séries : Retour vers le futur

Fez au Maroc 1954, une petite fille écoute avec sa famille « La voix du soldat », émission de l’armée française dans ce pays qui n’accèdera à l’indépendance que deux ans plus tard. L’émission est le seul moyen d’avoir des nouvelles de son frère qui effectue son service militaire dans ce Maroc où les soldats Français affrontent les mouvements nationalistes. La petite fille tend l’oreille et ressent une profonde gratitude envers la voix de cet homme qui la rassure sur son frère.

Quelques années plus tard elle est à Nice. Ses parents croient qu’elle prépare hypokhâgne alors qu’elle vit sa passion au Conservatoire d’art dramatique de Nice. Ses soirées elle les passe au théâtre et particulièrement à Arles où en plein air elle assiste à une représentation de « Roméo et Juliette » de William Shakespeare. Soudain elle entend une voix qu’elle connaît, la voix du soldat !. Et cette fois elle découvre son visage. Roméo a la voix du soldat.

Quelques années plus tard encore elle fuit sa famille à Paris pour vivre sa passion théâtrale. Un soir elle se rend au théâtre des Mathurins, et pour la troisième fois elle croise sa « voix ». Cette fois-ci elle ne la quittera plus. Elle l’accompagne dîner au restaurant après la représentation puis elle deviendra sa femme. Cette dame c’est madame Pierre Hatet et elle n’est pas la seule à avoir été poursuivie par cette voix.

Sa mère ne connaît pas grand-chose au théâtre mais elle aime bien Mannix. « Ca tombe bien, Mannix c’est mon mari ». La voix opéra la réconciliation familiale. Certes la maman sera un peu déçue en voyant arriver Pierre Hatet. Ce n’est pas Mike Connors. Mais elle s’y fait car à l’époque Pierre Hatet ressemblait un peu à Mike Connors. « C’était une époque, précise l’acteur, où on cherchait les morphologies identiques pour avoir la même sonorité ». Le doublage fut réalisé chez Jean-Paul Blondeau sous la direction de Serge Luguen. (Claudie Chantal fut une des innombrables voix pour doubler Peggy la secrétaire afro-américaine de Mannix).

La série Mannix fut le premier vrai doublage de Pierre Hatet (il avait fait « quelques bricoles par-ci par-là » auparavant) mais ce n’était pas la première fois que sa voix était repérée.

Pourtant c’est par l’image que sa carrière de comédien commença à l’âge de cinq ans. Un de ses oncles qui travaillait dans la publicité avait besoin d’un beau petit garçon pour faire une photo publicitaire. Sa passion d’acteur c’est au théâtre qu’il l’a vécu même si aujourd’hui apprendre de longs textes est un trop grand effort pour lui.

Il a commencé par l’école de la rue Blanche pour préparer le conservatoire national d’art dramatique. Un jour, descendant de l’école il découvre une jeune fille qui reste un long moment devant la porte. Il lui demande si elle veut entrer. « Je n’ose pas. Ma mère pense que je suis à l’école d’infirmière ». Pierre Hatet lui prend la main et l’entraîne dans l’escalier de l’école. Il la conduit chez l’administrateur qui l’inscrit pour une audition « si elle veut ». Et la jeune fille est venue passer l’audition : c’était Annie Girardot. Après la voix, Pierre Hatet avait la main du destin. Il sera reçu au Conservatoire national d’art dramatique et rejoindra Jean Vilar et la troupe du TNP avec Gérard Philippe, Philippe Noiret, Jeanne Moreau, Maria Casarès…. Au théâtre il jouera du Goldoni, Côme de Médicis dans « Lorenzaccio », Petruchio dans « La mégère apprivoisée » de Shakespeare et le plus long rôle du répertoire Français Cyrano de Bergerac. Il y jouera également dans « Le chien des Baskerville » ainsi que du Barillet et Grédy et du Marc Camoletti.

Aujourd’hui il fait surtout du doublage et c’est particulièrement pour nous parler de celui de Retour vers le futur que nous sommes réunis avec lui et son épouse au « Bistrot Garat », restaurant qui fut la propriété du chanteur et acteur Henry Garat (69 ter rue Damrémont Paris XVIIIe). « D’habitude le doublage d’un long métrage prend cinq jours celui de Retour vers le futur a pris trois semaines ! ». L’explication : « Steven Spielberg a souhaité superviser le doublage français en envoyant une femme qui nous arrêtait à chaque fois que nous ne respections pas les intentions / les intonations souhaitées par l’auteur ». La sélection des comédiens fut également très rude et si Pierre Hatet a emporté le morceau c’est qu’il s’est immédiatement senti en empathie avec le personnage du Dr Emmett Brown. « Je ne l’ai pas abordé comme un acteur de doublage en essayant de retrouver les intonations de Christopher Lloyd. Je l’ai abordé comme un comédien en essayant de restituer le sentiment du personnage. J’avais déjà interprété ce genre de rôle notamment dans le théâtre de Goldoni ». Le résultat fut si remarquable que depuis Pierre Hatet est devenu la voix officielle de Christopher Lloyd, par exemple dans « La famille Adams ». Après il y eut des épisodes inédits de L’île fantastique doublés bien après leur première diffusion en France chez Dubbing brothers sous la direction d’Anne Kerylen, qui fut la voix de Lois Chiles dans Mort sur le nil.

Pierre Hatet nous parla également des séries et feuilletons dans lesquels il avait tourné. Ses regrets quant à Châteauvallon. Une deuxième saison était prévue avec un tournage aux Etats-Unis (où la série avait été bien reçue) avec un rôle beaucoup plus étoffé pour Pierre Hatet. Mais cette fois le destin avait frappé à la mauvaise porte. Il nous parla également de « Schulmeister espion de l’empereur », la série de Jacques Fabbri, son meilleur souvenir de tournage dans une série. Il fit un peu de cinéma aussi. Sur le tournage d’un western en Espagne il croisa dans l’ascenseur un grand acteur par la taille et le talent : Sean Connery. Il était six heures du matin les tournages allaient débuter. « C’est dur la vie de comédien » lui dit l’interprète de 007.

La discussion porta également sur la délocalisation des doublages en français vers la Belgique, le Luxembourg et la Suisse (que des paradis fiscaux !). « Quand c’est bien fait, pourquoi pas… », estima Pierre Hatet « mais le plus souvent c’est fait à la va vite avec des jeunes peu payés que l’on presse ».

Nous débattions donc quand le destin vint s’inviter une nouvelle fois dans ce repas autour de Pierre Hatet. Jenny Gérard, la directrice de plateau de Retour vers le futur, fit son entrée dans le bistrot Garat alors que nous ne l’attendions pas. Elle parla du futur avec Pierre Hatet puis le repas reprit. Nous avions commencé par une salade Bruce Springsteen consommée dans Retour vers le futur 2. Mais comme il n’existe pas de recette de la salade Bruce Springsteen le chef nous confectionna une salade américaine de son invention à base de poivron, maïs et crevette. « Si c’est réussi je la mettrai sur ma carte ». Il avait un peu du Dr. Brown le chef. Nous continuâmes par les boulettes américaines du premier Retour vers le futur et on termina par le gâteau de l’oncle Joe confectionné tous les ans dans l’espoir de le voir sortir de prison. Et comme Retour vers le futur est un teen-movie nous bûmes du Coca cola et du Gini. Entre Mannix et le Dr. Brown à la fin du repas chacun avait retrouvé les années soixante-dix et quatre-vingt. Une fois de plus Pierre Hatet avait été maître du destin.

Back to the future !

(Nos remerciements à Vincent Chenille de l'association "Sérialement Vôtre", www.serialement-votre.fr, pour son compte-rendu)

dimanche 15 mai 2011

Compte-rendu des JED 2011

(Journées européennes du doublage du 4 au 7 mai 2011)
De notre correspondante, Christine Maline.

Évidemment, pour la ciné-voxophile que je suis, l’occasion était trop belle et le titre trop prometteur … Enfin ! – me dis-je – le doublage va sortir de l’ombre ! Et un fol espoir m’envahit … Déjà mon esprit trotte… galope … s’emballe ! Je vois les foules se presser aux portes de la Cinémathèque, les fans se ruer sur les comédiens, les adaptateurs, les directeurs de plateau … Un autographe ! Un autographe ! … C’est l’émeute !!!
Euh… Non … Pas cette fois.
Mais c’était bien.
Une première absolue : deux grandes séances de doublage « comme en vrai » (ou presque), dans la salle transformée en studio pour l’occasion, sur des petites séquences adaptées par les élèves en séminaire et valeureusement, patiemment, aimablement doublées par deux comédiens professionnels : Vincent Violette et Dany Tayarda.
Un travail passionnant, injustement méconnu. Chapeau. Vraiment.
Je demande : « Ces jeunes gens fréquentent-ils une classe spécialisée « Adaptation-Sous-titres » ? Ah non ? C’est juste un séminaire ponctuel ?… Ces classes-là n’existent pas ici… Paradoxal … Comment un séminaire – même mené de main de maître par un professionnel passionné - peut-il suffire à enseigner l’art subtil et délicat de l’adaptation cinématographique ?
Mais peut-être ces journées auront-elles suscité des vocations et ouvert la porte à l’approfondissement de cette discipline ? …
Puis des projections-débat, des échanges avec des professionnels français et leurs collègues italiens … (et là, je me sens à nouveau « dans le coup », vaguement réconfortée  : le doublage transalpin n’a pas énormément évolué depuis les vingt dernières années !).
Quelqu’un relate une anecdote et cite le nom de Jean-Claude Michel … J’observe les réactions … Les regards se font interrogateurs, les fronts se plissent, les sourcils se haussent … « Qui c’est ? » chuchote une jeune fille derrière moi … Mon cœur se serre …
J’échange mes impressions avec mon voisin de fauteuil, un dinosaure lui aussi… « Ah, me dit-il, on dirait que l’informatique a totalement balayé le passé ; ça, c’est le doublage de l’ère nouvelle, et celui « d’avant » a complètement sombré dans l’oubli, comme s’il n’avait jamais existé … ». « Ben oui, - dis-je, dépitée -, mais enfin Journées européennes du doublage on croirait que … ». « Pfff… rétorque-t-il, aujourd’hui on vous parle très doctement de Picasso ou Kandinsky mais on ignore qui est Rembrandt … ». Il exagère, non ?
Mais je suis une incorrigible optimiste (qui a dit « visionnaire » ?). Je vois dans un proche avenir s’ouvrir des classes « Adaptation/Sous-titres » un peu partout, (avec grammaire française, linguistique et sémiologie obligatoires), une intensification des cours de doublage dans les écoles de cinéma … et pourquoi pas un vrai « Festival de la VF » … Quoi ? Utopie ?

Ces Journées, pour moi, c’est comme pour la tarte aux pommes, j’en aurais bien redemandé… mais j’ai dû faire taire ma gourmandise : la tarte était trop petite. J’attendrai l’année prochaine.

(c) La Gazette du doublage - 2011

dimanche 8 mai 2011

Repas des séries : X-Files


C’était en plein désert marocain. Georges Caudron était en vacances et on lui propose de lui lire l’avenir. Georges accepte et y va d’autant plus sereinement qu’il « ne croit pas à tout ça ». On l’emmène donc dans cet endroit où l’eau courante et l’électricité n’existent pas (alors la télé n’en parlons pas…). Il a à peine le temps de franchir la porte du médium que celui-ci lui dit « You Fox ! ». Georges Caudron est pétrifié. Comment cet homme dans cet endroit désolé a-t-il pu deviner qu’il était la voix de Fox Mulder l’agent spécial de la série X-Files ?
En fait il ne l’avait pas deviné. Il l’a juste qualifié de « renard » parce qu’il le trouvait rusé. Pas de magie donc, juste le sentiment pour Georges Caudron d’être marqué par un personnage. Mais aujourd’hui la malédiction est levée. Après avoir suivi David Duchovny dans l’aventure X-Files Georges Caudron fait aussi sa voix dans Californication et l’acteur y prend visiblement plaisir car « enfin Duchovny se lâche ».
C’est une des nombreuses histoires dont nous avons eu l’exclusivité lors de ce 4ème repas consacré donc à X-Files. Eh oui X-Files était de retour malgré le débat que nous lui avions consacré en 2009. C’est qu’il y avait de la demande pour rencontrer Caroline Beaune et Georges Caudron. Les deux ont répondu présent et nous les en remercions une nouvelle fois ; Georges Caudron qui venait de diriger le doublage de la série Damages pour Canal + et tout particulièrement Caroline Beaune qui sortait d’une hospitalisation.
Je ne suis pas un spécialiste d’X-Files mais je dois dire que ce quatrième repas des séries fut un des meilleurs. Les invités furent très prolixes et il n’y avait pas énormément de monde autour de nous dans le restaurant « L’écrin » ce qui nous permettait de bavarder en tout loisir.
Georges Caudron avait donc récupéré sa voix, qu’il se voile régulièrement en doublant John Hannah dans la série Spartacus. Dans cette série il « crie autant qu’il parle ». En fait de voix il nous raconta qu’il avait été le premier acteur à enregistrer sa voix sur un DVD. Ce pilote était destiné à promouvoir le nouveau support. Il nous parla avec émotion du réalisateur Gilles Legrand qui lui donna le premier rôle d’un épisode de la série Médecins de nuit (L’épisode Amalgine). L’émotion était au rendez-vous car Gilles Legrand lui avait promis de le faire tourner dans son premier long métrage. Pas de chance pour Gilles tous ses projets tombaient à l’eau et Georges voyait sa promesse couler avec. Pourtant il la tint « ce qui est remarquable » et Georges Caudron obtint ce premier rôle. Il y avait une autre raison à son émotion : Gilles Legrand mourut moins de dix ans après Médecins de nuit. « Nous tournions de nuit, comme l’indiquait le titre. L’ambiance, les gestes étaient très différents des tournages de jour ».
Caroline Beaune nous parla de Claude Chabrol et de la série Inspecteur Lavardin, l’épisode Maux croisés. Elle nous parla de la belle villa en Italie, lieu du tournage, nous confirma que Claude Chabrol choyait ses acteurs, et de sa chance de tourner avec Jean Poiret.
Chose surprenante que de voir ces acteurs très ancrés dans nos mémoires pour des séries Américaines défendre les séries Françaises.
Ils nous parlèrent cependant d’X-Files, série qui marqua un tournant avec Friends et Six feet under dans la culture séries. Le phénomène « aficionados » s’y développa et les séries Américaines arrivèrent en nombre. Ils se souvinrent également de M. Duchovny, le père de David Duchovny, qui vivait à Paris et qu’on refusa de faire entrer au « Palace » lors d’une manifestation consacrée à la série alors en pleine gloire. Personne ne voulait croire que le père de cette vedette Américaine vivait à Paris.
Les deux acteurs précisèrent qu’ils n’avaient jamais rechigné à faire la promotion de la série, à participer à des débats mais qu’ils n’avaient jamais fait de l’argent sur le dos de la série en se vendant à des sociétés ou des associations de produits dérivés, de marketing ou publicitaires qui voulaient profiter du filon.
Caroline Beaune exprima son souci de voir des jeunes comédiens se spécialiser exclusivement dans le travail de doublage ; c’est l’apprentissage de l’acteur qui y perd et la possibilité pour tous ces apprentis doubleurs de diversifier leurs expériences, leur carrière.
Comme dans tout bon repas des séries qui se respecte nous avons mangé et bu à la façon X-Files. C’est-à-dire pas d’alcool (il y a eu quelques entorses) et un repas entre le végétarien et le végétalien comme les affectionnent Scully et Mulder et même David Duchovny qui répugne à manger des animaux. Nous avons donc mangé ce qui constitue fréquemment le repas des deux enquêteurs une salade mixte en entrée et de la glace en dessert. Certains y ont ajouté de la tarte ce qui n’était pas très orthodoxe mais tout à fait végétalien.
En plat principal nous avons consommé des moules. Certains ont poussé le vice de la reconstitution à l’extrême en étant malade comme Mulder dans X-Files Le film, après sa consommation de moules.
Verdict officiel des autorités sanitaires une algue microscopique s’était infiltrée dans les moules, qui furent retirées aussitôt de la vente et de la consommation. Il était trop tard nous étions contaminés. Mais était-ce la vraie raison de cet empoisonnement ? Nous avons quelque doute sur cette version. Nous pensons qu’il s’agissait d’un complot mondial organisé par les extraterrestres afin d’éliminer certains d’entre nous. A moins qu’il ne s’agisse d’Eugène Victor Tooms venu manger notre foie ; ce tueur en série combattu par Scully et Mulder (et doublé par Antoine Doignon, le mari de Caroline Beaune). La vérité ne se trouve pas dans les moules « elle est ailleurs ».

(Nos remerciements à Vincent Chenille de l'association "Sérialement Vôtre", www.serialement-votre.fr, pour son compte-rendu)

samedi 23 avril 2011

Journées européennes du doublage 2011



Communiqué : Du 4 au 7 Mai 2011, soit quelques jours avant l'ouverture du Festival de Cannes, la ville de Nice accueillera un événement cinématographique sans précédent : les Journées européennes du doublage.
Avec des films inédits présentés en exclusivité, des avant-premières, et des séries télévisées, les professions de l'ombre seront à l'honneur puisque les plus grands noms du doublage se retrouveront pour présenter au public un univers aussi énigmatique et fascinant que celui du doublage...
Retrouvez toutes les informations, le programme et un dossier de presse complet sur le site : http://www.jed-nice.com/index.html
Et pendant les Journées, des mises à jour quotidiennes avec vidéos, interviews et temps forts de la manifestation.

(Remerciements à David Ribotti de l'Association autour du doublage)