vendredi 8 octobre 2010

DÉCÈS DE TONY CURTIS (1925-2010)

Avec la disparition à 85 ans, le 29 septembe 2010, de l’acteur Tony Curtis, ex-époux de Janet Leigh et père de Jamie Lee Curtis, c’est encore un vétéran de l’âge d’or hollywoodien qui s’en va. Ayant commencé sa carrière à la toute fin des années 40, Tony Curtis était surtout connu en France pour avoir joué aux côtés de Jack Lemmon et Marilyn Monroe dans Certains l’aiment chaud (Billy Wilder, 1959), de Kirk Douglas et Laurence Olivier dans Spartacus (Stanley Kubrick, 1960) et pour avoir formé un inoubliable duo d’amis avec Roger Moore, dans la série Amicalement vôtre (1971-1972).

Avec un style plaisant, très direct, Tony Curtis avait écrit deux autobiographies dans lesquelles il s’amusait à donner des informations contradictoires sur le monde du cinéma. Dans l’une (1), il qualifiait Yul Brynner, son partenaire à l’écran dans Tarass Boulba (Jack Lee Thompson, 1962), d’homme « charmant et amusant » et dans l’autre (2) de « très prétentieux et méprisant ». De même, le premier livre faisait peu cas de Marilyn Monroe, peut-être pour la démystifier, tandis que le second indiquait que Curtis avait été son amant à leurs débuts et s’épanchait davantage sur le tournage de Certains l’aiment chaud. Récemment, conscient de l’aura mythique du film et de son actrice principale, Curtis était revenu sur le sujet en lui dédiant un livre tout entier (3).

En ce qui concerne le doublage des films avec Tony Curtis, plusieurs comédiens français contribuèrent à faire connaître l’acteur en France. Il fut suivi au long de sa carrière par trois voix principales. Hubert Noël (1924-1987) fut la voix douce du Curtis juvénile, débutant son parcours avec des productions modestes, mêlant aventure et romance, comme Le voleur de Tanger (Rudolph Maté, 1951) ou Le fils d’Ali Baba (Kurt Neumann, 1952). La voix très mâle de Jean-Claude Michel (1925-1999) convint parfaitement au Curtis prenant de la distance par rapport aux rôles de « bellâtre ». En vérité, Michel le doubla dans la plupart de ses grands films, que ce soit Le grand chantage (Alexander Mackendrick, 1957), Les Vikings (Richard Fleischer, 1957), La chaîne (Stanley Kramer, 1958), ou encore Certains l’aiment chaud.

A partir des années 60, Curtis fut de plus en plus souvent doublé par Michel Roux (1929-2007), notamment dans Deux têtes folles (Richard Quine, 1964), La grande course autour du monde (Blake Edwards, 1965), Gonflés à bloc (Ken Annakin, 1969) et surtout Amicalement vôtre. Mieux que personne, Roux sut faire passer toute la fantaisie et l’ironie du jeu de Curtis. Le doublage d’Amicalement vôtre (dans lequel Roger Moore était doublé par Claude Bertrand, sa voix française habituelle) fut souvent cité comme exemple de doublage réussi. Interviewé, Michel Roux cita d’ailleurs plus d’une fois l’anecdote selon laquelle Tony Curtis, ravi de la prestation de Roux sur la série, souhaita qu’il devienne dorénavant sa voix française officielle, par une clause qui aurait été insérée dans chacun de ses contrats. Une déclaration d’intention, sachant que dans les années 70, période de sensible déclin artistique pour Tony Curtis, il y eut maintes apparitions de l’acteur sans la voix de Michel Roux. Citons notamment Le Comte de Monte-Cristo (David Greene, 1975) et la série Vegas (1978), dans lesquels ce fut Albert Augier (1924-2007).

Souvent invité en France, Tony Curtis rencontra plusieurs fois Michel Roux sur des plateaux de télévision, pour évoquer Amicalement vôtre, preuve en est que cette voix française marqua les esprits de manière telle qu’il devint déconcertant (voire consternant) d’entendre Tony Curtis avec une autre voix que celle de Michel Roux. C’est le cas par exemple de L’étrangleur de Boston (Richard Fleischer, 1968), dans lequel la composition de Marc de Géorgi (1931-2003) sur Curtis, si intéressante soit-elle, faisait regretter que Tony Curtis n’ait jamais mis en œuvre la clause imposant Michel Roux dans les doublages de tous ses films. Personne n’est parfait… .

(1) Tony Curtis : The Autobiography (Tony Curtis & Barry Paris, Mandarin éd., 1993)
(2) Tony Curtis : American Prince, My Autobiography (Tony Curtis & Peter Golenbock, Virgin Books éd., 2008)
(3) The Making of Some Like It Hot : My Memories of Marilyn Monroe and the Classic American Movie (Tony Curtis & Marc A. Vieira, Wiley éd., 2009)

(c) La Gazette du doublage - 2010

mercredi 28 octobre 2009

LE DOUBLAGE DE PROVIDENCE

L’hebdomadaire Télérama n°3120 daté du 31 octobre au 6 novembre 2009 contient une interview du cinéaste Alain Resnais par Pierre Murat (p. 18 à 20). Une question donne l’occasion à Resnais de mentionner le doublage français de son film Providence, tourné en 1977 en anglais, avec des acteurs américains et britanniques.

-Télérama : Ceux qui vous disent intello vous reprochent de réaliser des films graves : Hiroshima mon amour, Muriel, Providence

-Alain Resnais : Ah, mais il faut rire à Providence ! D’ailleurs, c’est étrange : s’ils voient le film en VO avec les voix de Dirk Bogarde, John Gielgud, Ellen Burstyn, les spectateurs s’amusent. S’ils le voient en VF, ils restent sérieux comme des papes… Le doublage a été, pourtant, extrêmement soigné : j’avais François Périer, Claude Dauphin, Suzanne Flon… Et tout devenait sinistre. De l’importance de la sonorité des voix, une fois encore…

Le réalisateur oublie de mentionner la présence au doublage de Gérard Depardieu, qui prête sa voix à David Warner. La gêne à l’écoute de cette VF vient peut-être du fait que la voix de Depardieu est trop reconnaissable, alors que l’art du doublage est de savoir s’effacer au service d’un rôle. Regrettons aussi que le directeur artistique ait choisi François Périer pour doubler Dirk Bogarde, et non Roland Ménard, alors la voix française habituelle de l’acteur anglais. De l’importance du choix des voix, une fois encore…

vendredi 25 septembre 2009

Les différentes voix de Lady Pénélope

5, 4, 3, 2, 1... Ils sont partis ! Telle est l'introduction du générique avec Jacques Deschamps en voix-off (il est Eliot Ness dans la VF de la série Les Incorruptibles) d'une formidable série britannique : Les Sentinelles de l'air (Thunderbirds).

Cette série de science-fiction aux marionnettes à fils - signée du maître Gerry Anderson - est apparue à la télévision britannique à partir de 1965. Elle se situe en 2026 et raconte l'histoire de "la Sécurité internationale" dirigée depuis une île du pacifique par l'ex-astronaute Jeff Tracy (doublé par Raymond Loyer, la voix de John Wayne). Cette organisation secrète intervient pour sauver des vies partout dans le monde avec l'aide d'engins futuristes. Parmi ses véhicules gadgétisés (nous sommes en pleine Bondmania !) il y a la célèbre Rolls Royce rose FAB1 de l'agent secret britannique Lady Pénélope et conduite par son chauffeur Parker (voix de Jean-Henri Chambois, la capitaine Crochet du Disney Peter Pan).

Lady Pénélope est un des personnages les plus symboliques de cette célèbre série aux 32 épisodes et aux films : L'Odysée du Cosmos (Thunderbirds are go) (1966) sorti en France en août 1968 et Thunderbirds 6 (1968) qui ne semble pas être sorti chez nous (en tout cas, le film n'existe qu'en VOST sous le titre Les Thunderbirds et Lady Pénélope). Sans compter que Pénélope est aussi apparue en 2004 pour le film "live" des Sentinelles de l'air sous les traits de Sophia Myles, doublée par la blonde Barbara Tissier.

Lady Pénélope, dont la voix originale est celle de Sylvia Anderson - l'épouse de Gerry, a connu plusieurs voix en France selon les différents distributeurs (ITC et United Artists) et sociétés de doublage (SOFI et SPS). Dans la série (diffusée en France en 1976 mais sans doute doublée par la SOFI dans les années 60 pour d'autres pays francophones) Pénélope était doublée par Lily Baron (voix de Tara King dans Chapeau melon et bottes de cuir). Dans le premier doublage du film L'Odysée du Cosmos, elle a la voix sensuelle de Sylviane Mathieu (Faye Dunaway dans L'affaire Thomas Crown ou Jill St john dans Les diamants sont éternels).

Intéressons-nous précisément à l'odysée du Cosmos. Ce film a été doublé en 1968 et pourtant le DVD contient un nouveau doublage. Pourquoi ? La réponse nous vient de la comédienne Gaëlle Savary qui prête sa voix à Pénélope dans cette seconde version : "C'est Catherine Brau qui a établi la distribution et dirigé les Thunderbirds pour la société de doublage Franc-Jeu. C'était en 2004 pour un coffret DVD avec deux films jamais doublés: Thunderbirds et l'Odyssée du Cosmos et Thunderbirds et lady Pénélope. Bien que le premier film avait donc été doublé une première fois comme nous venons de l'expliquer, cela n'avait pas été le cas du deuxième. C'est sans doute pour cela que dans un soucis de continuité des voix des différents personnages entre les deux films, il a été décidé d'effectuer ce redoublage de l'Odysée du Cosmos.

Finissons par quelques anecdotes concernant le premier doublage de l'Odysée du Cosmos : Alors que dans la série l'organisation "International Rescue" est adapté par "la Sécurité internationale", dans ce film doublé à la SPS (Société parisienne de sonorisation) cela devient "le Secours international" ! Jeff Tracy est doublé par Raymond Loyer comme dans la série. Le personnage de Tin-Tin a la voix d'Albertine Bui que l'on entend dans le premier épisode "Pris au piège" sur une hôtesse de l'air alors que Tin-Tin est doublée par une autre comédienne. Notons aussi qu'elle est créditée, sans doute à tort, comme Albertine Bru au carton de doublage du James Bond On ne vit que deux fois (1967) dans lequel elle double le personnage d'Aki. On peut aussi voir cette comédienne d'origine asiatique dans le film Le dernier saut d'Edouard Luntz (rôle de Tai) sorti en 1970.

Quelques liens :
Le générique de la série en VF :
http://www.youtube.com/watch?v=UtlBDMDSDic
Le site de Gaëlle Savary :
http://www.gaellesavary.com/doublages.htm
Le site officiel de Sylvia Anderson :
http://www.sylviaanderson.org.uk/html/thunderbirds.html

(Remerciements à Gaëlle Savary et Thierry Attard)

(c) La Gazette du doublage - 2009

mercredi 26 août 2009

La voix de Fantômas

A l'heure où France 2 vient de rediffuser la trilogie des Fantômas (de 1964 à 1967) avec Jean Marais et Louis de Funès, ceux qui s'intéressent au cinéma savent que le comédien Raymond Pellegrin (1925-2007) est la célèbre voix de Fantômas (alors que le personnage est joué "physiquement" par Marais lui-même). Une voix à la fois mystérieuse et inquiétante mais toujours savoureuse à entendre.

Revenons un peu sur le parcours du niçois Pellegrin, un des meilleurs acteurs du cinéma français. Repéré par Marcel Pagnol après-guerre, il enchaîne les rôles de flics ou de gangsters et tourne pour les plus grands réalisateurs français (Cayatte, Guitry, Melville...) et étrangers (Ray, Lumet, Zinnemann...) à partir des années 50. Parmi ses rôles les plus mémorables figurent celui de Napoléon (1954) dans le film eponyme de Sacha Guitry ou celui d'un parrain marseillais dans Le deuxième souffle (1966) de Jean-Pierre Melville. Dans les années 90, il termine sa carrière en jouant le rôle du commissaire Rocca pour la télévision.

Mais ce que l'on sait moins, c'est qu'avant de devenir la vedette de cinéma que l'on connaît, Raymond Pellegrin s'est, lui aussi, essayé au doublage, bien avant l'époque des Fantômas. En effet, en 1945, il a prêté sa voix à l'acteur anglais Hugh Williams alias le major Garnett (devenu le commandant Gordon dans l'adaptation française signée de Max Morise) dans le film Service Secret (Secret Mission) de 1942. Le doublage de ce long métrage a été réalisé par le comédien Jean Gaudray pour le compte de la société Lingua Synchrone du vétéran Richard Heinz. Dans ce film, et même à cette époque, on reconnaît distinctement le phrasé si élégant du grand comédien que reste Raymond Pellegrin.

(c) La Gazette du doublage - 2009