mercredi 28 octobre 2009

LE DOUBLAGE DE PROVIDENCE

L’hebdomadaire Télérama n°3120 daté du 31 octobre au 6 novembre 2009 contient une interview du cinéaste Alain Resnais par Pierre Murat (p. 18 à 20). Une question donne l’occasion à Resnais de mentionner le doublage français de son film Providence, tourné en 1977 en anglais, avec des acteurs américains et britanniques.

-Télérama : Ceux qui vous disent intello vous reprochent de réaliser des films graves : Hiroshima mon amour, Muriel, Providence

-Alain Resnais : Ah, mais il faut rire à Providence ! D’ailleurs, c’est étrange : s’ils voient le film en VO avec les voix de Dirk Bogarde, John Gielgud, Ellen Burstyn, les spectateurs s’amusent. S’ils le voient en VF, ils restent sérieux comme des papes… Le doublage a été, pourtant, extrêmement soigné : j’avais François Périer, Claude Dauphin, Suzanne Flon… Et tout devenait sinistre. De l’importance de la sonorité des voix, une fois encore…

Le réalisateur oublie de mentionner la présence au doublage de Gérard Depardieu, qui prête sa voix à David Warner. La gêne à l’écoute de cette VF vient peut-être du fait que la voix de Depardieu est trop reconnaissable, alors que l’art du doublage est de savoir s’effacer au service d’un rôle. Regrettons aussi que le directeur artistique ait choisi François Périer pour doubler Dirk Bogarde, et non Roland Ménard, alors la voix française habituelle de l’acteur anglais. De l’importance du choix des voix, une fois encore…

vendredi 25 septembre 2009

Les différentes voix de Lady Pénélope

5, 4, 3, 2, 1... Ils sont partis ! Telle est l'introduction du générique avec Jacques Deschamps en voix-off (il est Eliot Ness dans la VF de la série Les Incorruptibles) d'une formidable série britannique : Les Sentinelles de l'air (Thunderbirds).

Cette série de science-fiction aux marionnettes à fils - signée du maître Gerry Anderson - est apparue à la télévision britannique à partir de 1965. Elle se situe en 2026 et raconte l'histoire de "la Sécurité internationale" dirigée depuis une île du pacifique par l'ex-astronaute Jeff Tracy (doublé par Raymond Loyer, la voix de John Wayne). Cette organisation secrète intervient pour sauver des vies partout dans le monde avec l'aide d'engins futuristes. Parmi ses véhicules gadgétisés (nous sommes en pleine Bondmania !) il y a la célèbre Rolls Royce rose FAB1 de l'agent secret britannique Lady Pénélope et conduite par son chauffeur Parker (voix de Jean-Henri Chambois, la capitaine Crochet du Disney Peter Pan).

Lady Pénélope est un des personnages les plus symboliques de cette célèbre série aux 32 épisodes et aux films : L'Odysée du Cosmos (Thunderbirds are go) (1966) sorti en France en août 1968 et Thunderbirds 6 (1968) qui ne semble pas être sorti chez nous (en tout cas, le film n'existe qu'en VOST sous le titre Les Thunderbirds et Lady Pénélope). Sans compter que Pénélope est aussi apparue en 2004 pour le film "live" des Sentinelles de l'air sous les traits de Sophia Myles, doublée par la blonde Barbara Tissier.

Lady Pénélope, dont la voix originale est celle de Sylvia Anderson - l'épouse de Gerry, a connu plusieurs voix en France selon les différents distributeurs (ITC et United Artists) et sociétés de doublage (SOFI et SPS). Dans la série (diffusée en France en 1976 mais sans doute doublée par la SOFI dans les années 60 pour d'autres pays francophones) Pénélope était doublée par Lily Baron (voix de Tara King dans Chapeau melon et bottes de cuir). Dans le premier doublage du film L'Odysée du Cosmos, elle a la voix sensuelle de Sylviane Mathieu (Faye Dunaway dans L'affaire Thomas Crown ou Jill St john dans Les diamants sont éternels).

Intéressons-nous précisément à l'odysée du Cosmos. Ce film a été doublé en 1968 et pourtant le DVD contient un nouveau doublage. Pourquoi ? La réponse nous vient de la comédienne Gaëlle Savary qui prête sa voix à Pénélope dans cette seconde version : "C'est Catherine Brau qui a établi la distribution et dirigé les Thunderbirds pour la société de doublage Franc-Jeu. C'était en 2004 pour un coffret DVD avec deux films jamais doublés: Thunderbirds et l'Odyssée du Cosmos et Thunderbirds et lady Pénélope. Bien que le premier film avait donc été doublé une première fois comme nous venons de l'expliquer, cela n'avait pas été le cas du deuxième. C'est sans doute pour cela que dans un soucis de continuité des voix des différents personnages entre les deux films, il a été décidé d'effectuer ce redoublage de l'Odysée du Cosmos.

Finissons par quelques anecdotes concernant le premier doublage de l'Odysée du Cosmos : Alors que dans la série l'organisation "International Rescue" est adapté par "la Sécurité internationale", dans ce film doublé à la SPS (Société parisienne de sonorisation) cela devient "le Secours international" ! Jeff Tracy est doublé par Raymond Loyer comme dans la série. Le personnage de Tin-Tin a la voix d'Albertine Bui que l'on entend dans le premier épisode "Pris au piège" sur une hôtesse de l'air alors que Tin-Tin est doublée par une autre comédienne. Notons aussi qu'elle est créditée, sans doute à tort, comme Albertine Bru au carton de doublage du James Bond On ne vit que deux fois (1967) dans lequel elle double le personnage d'Aki. On peut aussi voir cette comédienne d'origine asiatique dans le film Le dernier saut d'Edouard Luntz (rôle de Tai) sorti en 1970.

Quelques liens :
Le générique de la série en VF :
http://www.youtube.com/watch?v=UtlBDMDSDic
Le site de Gaëlle Savary :
http://www.gaellesavary.com/doublages.htm
Le site officiel de Sylvia Anderson :
http://www.sylviaanderson.org.uk/html/thunderbirds.html

(Remerciements à Gaëlle Savary et Thierry Attard)

(c) La Gazette du doublage - 2009

mercredi 26 août 2009

La voix de Fantômas

A l'heure où France 2 vient de rediffuser la trilogie des Fantômas (de 1964 à 1967) avec Jean Marais et Louis de Funès, ceux qui s'intéressent au cinéma savent que le comédien Raymond Pellegrin (1925-2007) est la célèbre voix de Fantômas (alors que le personnage est joué "physiquement" par Marais lui-même). Une voix à la fois mystérieuse et inquiétante mais toujours savoureuse à entendre.

Revenons un peu sur le parcours du niçois Pellegrin, un des meilleurs acteurs du cinéma français. Repéré par Marcel Pagnol après-guerre, il enchaîne les rôles de flics ou de gangsters et tourne pour les plus grands réalisateurs français (Cayatte, Guitry, Melville...) et étrangers (Ray, Lumet, Zinnemann...) à partir des années 50. Parmi ses rôles les plus mémorables figurent celui de Napoléon (1954) dans le film eponyme de Sacha Guitry ou celui d'un parrain marseillais dans Le deuxième souffle (1966) de Jean-Pierre Melville. Dans les années 90, il termine sa carrière en jouant le rôle du commissaire Rocca pour la télévision.

Mais ce que l'on sait moins, c'est qu'avant de devenir la vedette de cinéma que l'on connaît, Raymond Pellegrin s'est, lui aussi, essayé au doublage, bien avant l'époque des Fantômas. En effet, en 1945, il a prêté sa voix à l'acteur anglais Hugh Williams alias le major Garnett (devenu le commandant Gordon dans l'adaptation française signée de Max Morise) dans le film Service Secret (Secret Mission) de 1942. Le doublage de ce long métrage a été réalisé par le comédien Jean Gaudray pour le compte de la société Lingua Synchrone du vétéran Richard Heinz. Dans ce film, et même à cette époque, on reconnaît distinctement le phrasé si élégant du grand comédien que reste Raymond Pellegrin.

(c) La Gazette du doublage - 2009

dimanche 26 juillet 2009

Une voix en or

Un article sur un sujet cinématographique nécessite souvent quelques investigations. Et si en plus, le journaliste aborde la question du doublage, il faut, soit qu'il en ait des connaissances précises, soit qu'il ait vérifié ses propos en consultant des spécialistes du domaine.

Visiblement, l'article de Muriel Frat sur la dernière diffusion télévisée du film Goldfinger paru sur le site internet du Figaro le 16 juillet dernier ne remplit que partiellement ces conditions. (lire l'article en ligne : http://www.lefigaro.fr/programmes-tele/2009/07/16/03012-20090716ARTFIG00331-un-james-bond-en-or-.php)

Effet, celle-ci nous rappelle : "Aux côtés de Sean Connery, l'acteur allemand Gert Fröbe dont Guy Hamilton réalisa, au début du tournage, qu'il ne parlait pas un traitre mot d'anglais. Il dut être doublé par l'acteur anglais Michael Collins", ce qui est, en effet, tout à fait exact. En revanche, lorsqu'elle ajoute : "Fröbe possédait tellement bien la langue de Molière qu'il se doubla lui-même dans la version française." elle se trompe. En effet, ce n'est pas la voix de Fröbe (1913-1988) que l'on entend dans le version française réalisée par la Société parisienne de sonorisation mais celle d'un acteur américain vivant en France, Duncan Elliott (il a quitté les Etats-Unis au temps du maccarthysme), bien connu dans le milieu du doublage des années soixantes.

Pour mémoire, Elliott double aussi Herbert Lom dans Quand l'inspecteur s'emmêle (1964), Laurence Olivier dans Khartoum (1966) et Trevor Howard dans La bataille d'Angleterre (1969).

En conclusion, et à la décharge de la journaliste du Figaro (mais cela n'excuse pas son erreur), il est vrai que le doublage de Duncan Elliott dans Goldfinger est tellement parfait que l'on peut croire que c'est Gerte Fröbe qui s'exprime vraiment en français. Ne répétons-nous pas souvent qu'un doublage réussi ne doit pas se remarquer ?