Voilà deux ans que Philippe Dumat nous quittait. L’occasion pour nous de rendre hommage à ce formidable comédien.

D’une belle voix, douce, parfois « stressée », parfois « grincheuse », Philippe occupait une grande place dans le milieu de doublage. Pouvant doubler des grands sages (Obiwan Kenobi) comme des méchants hystériques (Gargamel, l’Oncle Picsou, Satanas), il était le « pape de la synchro » comme nous l’avait décrit notre ami Roger Lumont avant que nous ne le rencontrions pour la première fois. Un « pape » avec beaucoup d’expérience, puisque ses débuts, encouragés par Nicole Vervil, sa première épouse, et Raymond Loyer, remontaient à 1956.

Bougon au grand cœur, celui qu’on surnommait avec humour « Maréchal Grommel » dans le milieu du doublage était un fabuleux raconteur d’histoires. Ses anecdotes, qu’elles soient des témoignages « du métier », imitations à la clé, ou de simples tranches de vie, prêtaient toujours à rire.

Pour ce modeste comédien qui ne se prenait jamais au sérieux, pas d’animosités connues. « On ne lui connaissait pas d’ennemis » écrirait-on dans un roman policier. Tout comme son éternel complice Roger Carel, il était connu pour son respect envers ses confrères, les jeunes comme les « patriarches », les grévistes comme les non-grévistes, et a reçu en échange beaucoup d’amitié. Bien qu’il ait quitté le théâtre au début des années 80, ses anciens camarades ne l’ont pas oublié et sont venus en masse lui rendre un dernier et émouvant hommage.

A un âge où il ne travaillait plus énormément, enchaînant les « clochettes » comme il les appelait (« dix lignes dix lignes ») et des enregistrements de plus en plus rares pour « Rire et chansons » (car poussé par la sortie par la direction de la station pour ne pas, selon l’expression d’usage, « user sa voix »), il était devenu un de nos correspondants les plus réguliers et un ami attentionné, n’hésitant pas à venir nous donner un petit coup de pouce, comme lors du 2ème salon des séries TV et cinéma.

Amoureux de son métier, il nous avait permis de retrouver de précieuses informations grâce à son goût pour l’archivage, son intérêt pour le travail de ses collègues, et son excellente « oreille ».

Avec nostalgie et angoisse, il « s’accrochait » selon sa propre expression face au spectre de la maladie qui plongeait bon nombre de ses camarades dans une retraite forcée, et à la mort qui en emporta plus d’un ces dernières années : Jean-Claude Michel, Marc De Georgi, Georges Berthomieu, Jacques Dynam, Raymond Loyer, Pierre Trabaud, Jacques Ferrière, triste décompte.

Aujourd’hui, Philippe n’est plus, et nous sommes toujours aussi tristes. Il nous reste de beaux souvenirs, ravivés grâce à sa famille et à ses nombreux amis.

(Le portrait complet de Philippe Dumat (nov. 2004) : http://www.objectif-cinema.com/portraits/091.php)