mercredi 28 mai 2008

SOUVENIRS DE DOUBLAGES (PARTIE 3/8)

De studios en studios je connus de nombreux « directeurs artistiques » ; parfois des acteurs reconvertis dans cet emploi (contraignant) qui demande non seulement de diriger, mais auparavant de préparer le plan de travail et de décider d’un casting, de concert avec le patron de la société. Je devins familier à pas mal d’employeurs et je commençai à beaucoup travailler.
Parmi ceux qui me furent chers : Richard Heinz, qui m’a souvent fait confiance en me distribuant sur des stars : Marlon Brando, Richard Harris, James Mason, Rod Steiger, etc. C’était un plaisir de travailler avec lui. Il a disparu il y a maintenant plusieurs années mais je pense souvent à lui. Jacques Barclay, ami depuis tant de temps. Même si nous avons moins l’occasion de nous voir, l’amitié demeure. Et Jacqueline Porel, première épouse de François Perier, qui apportait à la direction son beau talent de comédienne.

L’ambiance sur les « audis » était agréable. J’y rencontrai des camarades « vedettes de la synchro », comme on disait. Bons comédiens, mais qui avaient préféré se consacrer exclusivement à cette discipline, plus rémunératrice et surtout plus régulière que le théâtre. Ils étaient capables d’abandonner la scène, de renoncer à une proposition de pièce, de crainte de perdre leur prérogative sur le doublage de tel ou tel acteur pour lesquels ils n’auraient pas été libres. C’était leur choix. Moi je le regrettais pour eux, mais ils restaient de bons amis, comme surtout Jean-Claude Michel et sa femme Polka, que nous aimions retrouver en vacances. Avec aussi Jacques Deschamps, Jacques Thébault, René Arrieu (qui était quand même Sociétaire du Français). Ils étaient les voix de : Sean Connery, Clint Eastwood, Steve Mac Queen, Henry Fonda… et tant d’autres !

Pour ma part j’ai eu, je l’ai dit, Brando à qui j’ai été fidèle jusqu’à …sa mort. Steiger, Mason, Harris, Howard, mais encore Alberto Sordi (L’Argent de la vieille), le Japonais Toshiro Mifuné (Soleil rouge) etc…etc…Et celui qu’avec Brando, j’ai eu le plus de plaisir à doubler dans une excellente série Anglaise, John Thaw, plus connu du public sous le nom « d’Inspecteur Morse ». (A suivre) (Textes écrits par William et Marie-Aimée Sabatier. Tous droits réservés)

vendredi 23 mai 2008

GEORGES AMINEL, UN AN DEJA...

Cela fait un an déjà (le 29 avril 2007) que notre regretté ami le comédien Georges Aminel (de son vrai nom Jacques Maline) nous a quittés dans sa 85ème année.

Rappelons qu'il avait été le premier acteur d'origine martiniquaise à entrer à la Comédie-Française en 1967. Il avait tourné dans quelques films mais s'était surtout illustré au théâtre. A ce sujet, nous ne pouvons que trop vous recommander de vous procurer en DVD la pièce La tête des autres (Théâtre ce soir - 1973) dans laquelle il montrait tout l'étendue de son talent.

Comme nous le savons tous, Tonton Minel (comme ses camarades l'appelaient affectueusement) avait fait aussi beaucoup de synchro puisqu'il était la voix française de nombreux acteurs étrangers : Yul Brynner, Orson Welles, Gregory Peck, Lee Marvin, Vittorio Gassman... ainsi que du personnage de Grosminet et, également, de Dark Vador dans L'Empire contre-attaque (1980), Le retour du Jedi (1983) et La revanche des Sith (2005), son dernier doublage (pour lequel nous lui avions remis le pied à l'étrier).

Georges Aminel n'est plus mais l'Homme et ses prestations artistiques restent, bien heureusement, dans nos mémoires et dans nos coeurs.

jeudi 22 mai 2008

LA SAGA INDIANA

Depuis hier (21 mai) la voix de Richard Darbois résonne à nouveau dans les salles obscures. Pas pour une bande-annonce, un spot radio, ou un film quelconque, mais bien pour un nouvel opus de la saga des Indiana Jones dans lequel il prête sa voix, bien sûr, au grand Harrison Ford en personne.
Rappelons qu'il le double depuis Blade Runner (1981) et que sur la 1ère trilogie des Indy (on parle déjà d'une seconde !), il n'avait participé qu'au doublage de Indiana Jones et la dernière croisade (1989).
D'ailleurs à propos de ce film, savez-vous que la comédienne Martine Meiraghe , qui prête sa voix à Mme Donovan (l'épouse du méchant interprété par Julian Glover), avait initialement passé un essai pour doubler le personnage de la traitresse Elsa Schneider ? Alison Doody (Elsa) a finalement été doublée, avec l'accent allemand et avec talent, par Céline Monsarrat qui a ainsi fait une petite infidélité à Julia Roberts !

mercredi 21 mai 2008

SOUVENIRS DE DOUBLAGES (PARTIE 2/8)

Mes débuts pourtant y furent tout sauf glorieux. J’avais été repéré je ne sais comment, par un directeur de plateau de la S.P.S (Société Parisienne de Sonorisation -une firme importante) et convoqué à l’auditorium un matin à neuf heures. J’avais joué la veille au théâtre et avant de rentrer j’étais allé boire le pot de la détente à L’Echaudé, un bistrot de St. Germain des Prés où se retrouvaient après le spectacle beaucoup de comédiens. À la vérité j’avais le trac de ce qui m’attendait et retenais la nuit. Rentré tard, j’avais peu dormi et n’étais pas très frais. Heureusement le plateau était pourvu de trois ou quatre fauteuils-club. Le directeur m'avisa que je n’intervenais pas tout de suite. J’en profitai, confortablement assis, pour voir comment s’y prenaient mes camarades, parmi lesquels ce jour là Jean Davy que je connaissais un peu. Mais très vite je m’endormis. Réveillé en sursaut, je constatai que personne ne se préoccupait de moi. Je me rendormis. Ainsi de suite un certain nombre de fois pendant la matinée, jusqu’au moment ou le directeur me secouant l’épaule : « Tu fais le type de droite. »

Sur l’écran le type de droite s’adressait à un type à gauche et lui disait : « Là derrière on m’a dit dans une minute. » Je ne savais pas de quoi il retournait, mais n’osant pas demander des explications, je voulus apporter une touche d’interprétation personnelle :
- « Là derrière ? (confidentiel) : On m’a dit : (murmuré), dans une minute.
- Non, tout simplement : « Là derrière on m’a dit dans une minute » .
- Là derrière, on m’a dit, (triomphant) : Dans une minute.
- Bon ! (fit-il résigné) On garde ça !»
C’était tout le rôle.

Quelques temps plus tard je rencontrai Jean Davy qui me dit : « Tu sais, l’autre jour : « Là derrière on m’a dit… », un camarade est venu le refaire dans l'après-midi. Mais ne te décourage pas !»
Il avait raison, je ne me décourageai pas. J’étais jeune, on apprend vite et finalement je me découvris une certaine facilité pour cet « Art ». (A suivre) (Textes écrits par William et Marie-Aimée Sabatier. Tous droits réservés)