samedi 30 mars 2019

Décès de William Sabatier (1923-2019)

Notre cher ami le comédien William Sabatier vient de nous quitter à l'âge de 95 ans. C'est au moment de la préparation de notre ouvrage Rencontres autour du doublage des films et des séries TV (édité en 2006) que vous avons rencontré William et son épouse Michou, un couple adorable, chez eux à Paris dans le 18ème arrondissement. William nous a reçus souvent, autour d'un bon repas, pour nous raconter des anecdotes passionnantes sur sa carrière. Il était formidable et avait un bon sens de l'humour. Il nous manque déjà... Vous trouverez ci-dessous des passages de l'interview éditée dans notre livre.

Né à Gentilly mais originaire de l'Hérault, William a commencé dans la vie active comme métallurgiste puis est devenu météorologiste au Bourget. Comédien dans l'âme, il passe le concours d'entrée au Conservatoire. Il est reçu à l'unanimité à 23 ans. En 1948, après le Conservatoire, Georges Leroy, son professeur, le présente à Jean-Louis Barrault. Il entre dans la célèbre troupe (il va y rester 20 ans). "Ma femme avait épousé un météorologiste et s'est retrouvée avec un comédien sur les bras. Ce n'est pas du tout ce qu'elle souhaitait (rires)."

C'est à cette époque qu'il début au doublage grâce à Julien Bertheau, sociétaire de la Comédie-Française, qui supervisait un doublage à la SPS (Société parisienne de sonorisation) dirigé par Henri Ebstein. Son premier rôle important à la synchro est pour le film Hoggar. "L'action se déroulait en Afrique avec des Touaregs. Le directeur de plateau, Gérald Devriès m'avait convoqué pour un rôle et m'avait conseillé d'apprendre le texte par cœur. Il y avait des "tunnels" de 10 à 15 lignes ! J'ai donc appris ce texte tout comme si j'avais à apprendre une pièce. Au moment de de l'enregistrement, j'ai découvert les deux autres acteurs qui doublaient avec moi : Jacques Dufilho et Louis de Funès ! Comme tous les acteurs du film avaient continuellement le visage voilé, on aurait pu se passer de faire attention au synchronisme (rires).

Vers 1950-1952, j'ai fait du doublage chez Lingua Synchrone, dirigée par Richard Heinz, avec mon camarade Bernard Noël. Heinz était quelqu'un de formidable qui dirigeait très bien. Il était parfaitement bilingue car d'origine anglaise. Il m'a fait doubler Anthony Quayle dans Les Canons de Navarone, Marlon Brando dans La Poursuite impitoyable, Toshiro Mifune dans Soleil rouge, Richard Harris dans Orca..."


Willliam Sabatier a aussi travaillé pour des films MGM dont les doublages étaient dirigés par Jacqueline Monchablon et Jacques Barclay dès la fin des années 50. Pour eux, il a doublé Jack Hawkins dans Ben-Hur, Trevor Howard dans Les Révoltés du Bounty...

Quelques années plus tard, William a prêté sa voix à Howard Keel dans la série Dallas et à John Thaw dans L'Inspecteur Morse. A ce propos, notre ami nous confiait : "L'acteur qui l'interprétait vient juste de décéder (en 2002). C'était une série anglaise formidable dont je n'ai pas compris les histoires d'ailleurs; elles étaient tellement compliquées..."

William nous confiait que ses meilleurs souvenirs de carrière étaient au théâtre pour la pièce Rhinocéros d'Eugène Ionesco, au cinéma pour Casque d'or de Jacques Becker (il est devenu ami avec Simone Signoret et Yves Montant), à la télévision pour La Locandiera ou encore Amoureuse Joséphine (il interprétait le rôle de Napoléon)...

Du théâtre à la télévision, en passant par le cinéma et le doublage, William a eu une riche et longue carrière. Aujourd'hui, il rejoint ses illustres amis Bernard Noël, Jean-Claude Michel, Henry Djanik, Roland Ménard et Marc Cassot. Ne les oublions pas.

(c) La Gazette du doublage - 2019

samedi 16 mars 2019

Décès de Med Hondo (1936-2019)

Le doublage et le cinéma africain sont en deuil, Med Hondo a rejoint le paradis des artistes le 2 mars dernier à près de 83 ans. Né en Mauritanie et arrivé à Marseille en 1959, il commence à faire des petits boulots pour subsister et se payer les cours de théâtre. Son professeur sera la grande Françoise Rosay qui le fera jouer dans un bon nombre de pièces classiques. Artiste engagé, il participe à la création du Comité africain des cinéastes et fonde en 1966 sa troupe de théâtre. Son cinéma traite exclusivement du colonialisme et du post-colonialisme (Soleil ô, Les Bicots-nègres, Lumière noire, Watani...).
Dès le milieu des années 60, pour la télévision française, il interprète des seconds rôles dans des séries populaires : Belphégor, Les Aventures de Bob Morane, Aux frontières du possible... Au cinéma, il tourne sous la direction de Godard (Masculin féminin), de Costa-Gavras (Un homme de trop), de Pascal Légitimus (Antilles sur Seine)...
Très actif au doublage, on commence à l'entendre dès la fin des années 60, notamment dans la série Les Bannis (sur l'acteur Otis Young). En 1973, il prête sa voix à Yaphet Kotto, le méchant de Vivre et laisser mourir, premier James Bond avec Roger Moore. C'est à partir de cette décennie que les décideurs vont lui attribuer vocalement la plupart des acteurs afro-américains : Carl Weathers (la saga des Rocky), Richard Pryor (Superman III), Ernie Hudson (SOS Fantômes), Keith David (Platoon), Morgan Freeman (Seven)... Mais l'acteur américain avec lequel l'osmose sera la plus forte est bien évidemment Eddie Murphy. Med lui prêtera sa voix à partir du film 48 heures. S'en suivront ensuite la trilogie du Flic de Beverly Hills et bien d'autres encore. En 2001, lorsque Murphy est engagé pour créer la voix de l'âne dans Shreck, on pense naturellement à Hondo pour effectuer le doublage de ce personnage un peu agaçant et très bavard mais si mémorable. On se souviendra aussi de Med Hondo sur le personnage de Rafiki dans Le Roi Lion de Disney et ses suites.
La carrière à la synchro de Med Hondo démontre, une fois de plus, qu'un doublage de qualité ne peut se faire sans le talent du comédien qui prête sa voix à l'acteur original.

(c) La Gazette du doublage - 2019

mardi 25 décembre 2018

Décès de Claire Guibert (1924-2018)

Légende du doublage, la comédienne Claire Guibert est décédée le 15 décembre à l'âge de 94 ans.
Elle a été formée au centre dramatique de la rue Blanche pendant la guerre. Elle a commencé à faire du doublage après la Libération et a prêté sa voix notamment à la jeune Linda Darnell dans Le Signe de Zorro (film de 1940 mais sorti en France en 1946), enregistré aux studios de Saint-Ouen.
En 1953, Claire Guibert a épousé le comédien et grand résistant Marc Valbel. Lui aussi était un ténor du doublage, et ce depuis les années 30 : Gary Cooper (Les Aventures de Marco Polo, 1938), Robert Taylor (Johnny, roi des gangsters, 1942), Cary Grant (Les Enchaînés, 1946), Michael Rennie (Le Jour où la terre s'arrêta, 1951), Gregory Peck (Les Neiges du Kilimandjaro, 1952), Randolph Scott (Ville sans loi, 1955)... Ce dernier est décédé en 1960.
Durant sa carrière, Claire Guibert a tourné dans quelques films pour le cinéma, notamment dans les années 50 (La Grande vie, Le désert de Pigalle) et est apparue dans des dramatiques pour la télévision dans les années 60 (Monsieur Beverley, Ce soir à Samarcande) mais c'est surtout le doublage qui lui a apporté une forme de notoriété qu'elle a eu du mal à assumer (elle a refusé un certain nombre d'interviews sur le sujet). Pourtant, elle a été une très célèbre voix du cinéma pendant une quarantaine d'années puisqu'elle a doublé notamment Vivien Leigh dans Autant en emporte le vent (film de 1939 mais sorti en France en 1950), Virginia Mayo dans La Flèche et le flambeau (1950), Susan Hayward dans Les Gladiateurs (1954), Ingrid Bergman dans Indiscret (1958), Ava Gardner dans Les 55 jours de Pékin (1963), Lauren Bacall dans Le Crime de l'Orient-Express (1974), Claire Bloom dans Le Choc des Titans (1981)... Mais pour beaucoup, sa voix reste encore associée à Marilyn Monroe de Chérie, je me sens rajeunir (1952) aux Désaxés (1960) et à Doris Day, notamment dans L'Homme qui en savait trop (1956) ou encore dans Un pyjama pour deux (1961).
Tous ces rôles variés à la synchro ont permis à Claire Guibert de montrer l'étendu de son grand talent, aussi à l'aise dans un registre dramatique que dans la comédie.
Le succès en France du cinéma étranger, et notamment américain, des trente glorieuses, doit énormément à ces grands artistes de l'ombre, serviteurs du doublage. Qu'ils en soient ici remerciés.

(Merci à Rémi Carémel pour l'information)

(c) La Gazette du doublage - 2018

samedi 24 novembre 2018

Souvenir du 15e Salon des séries et du doublage

Le dernier salon en date s'est tenu le 17 novembre dernier. Le public y est venu en nombre et les thèmes et invités des différentes conférences ont été bien appréciés.

La première conférence que nous avons présentée a été dédiée au doublage de la célèbre série d'animation Les Simpson, avec la présence exceptionnelle de Philippe Peythieu (Homer), Véronique Augereau (Marge), Nathalie Bienaimé (Bart) et Régine Teyssot (divers voix). Cerise sur le gâteau, Philippe et Véronique ont doublé, rien que pour nous, une séquence d'un des épisodes, à la plus grand joie du public présent. Un grand moment !



Autre conférence mémorable, celle consacrée aux Grandes dames du doublage : Michèle André (Duchesse dans Les Aristochats, Pamela dans la série Dallas), Anne Jolivet (Kathleen Turner, Demi Moore) et Catherine Lafond (Daisy dans la série Sherif, fais moi peur, Phénicia dans Goldorak). Toutes ont parlé de leur carrière respective et ont raconté de nombreuses anecdotes relatives au théâtre, à la radio, à la télévision et au doublage. L'audience a été captivée !



Nous remercions vivement tous les participants de cette année et nous vous retrouverons en 2019 pour de nouvelles conférences.

(Photos : Franck Beulé pour Sérialement Vôtre)

(c) La Gazette du doublage - 2018