samedi 23 juin 2018

Décès de Patrick Siniavine, auteur de doublage

L'Union professionnelle des auteurs de doublage a annoncé fin mai le décès de leur confrère Patrick Siniavine. On lui doit les versions françaises de nombreux films pour le cinéma (Raison et Sentiments, À la rencontre de Forrester, Le Patriote, Les quatre filles du Docteur March…), de classiques pour la télévision (voir les exemples ci-dessous), de téléfilms comme Orgueil et préjugés, Jane Eyre, ou encore de séries très populaires comme Wallander ou X-Files. Il était également directeur artistique de doublage et vice-président du syndicat national des auteurs et des compositeurs.
Nous avions rencontré Patrick Siniavine en 2000 aux studios Dubbing Brothers à l'occasion du doublage de l'épisode crossover entre X-Files et Millenium. Nous écrivions à l'époque : "Patrick Siniavine dirige cet épisode d’X-files. Il en a également signé l'adaptation, tout comme pour le film sorti il y a deux ans et dont il s'est occupé aussi des sous-titres. Il nous précise qu'il ne dirige principalement que les épisodes dont il écrit l'adaptation, et qu'il fait parti du syndicat des auteurs. Il regrette que les gens qui s’intéressent au doublage ne font pas grand cas en général de l'adaptation. Il reconnaît que dans le doublage, le travail des comédiens a un côté plus ludique pour le (télé)spectateur qui s'y intéresse que celui de l'écriture à proprement parlé. Dans l'épisode Millennium, il a astucieusement adapté une chanson américaine que fredonne le tueur par Les Feuilles mortes de Prévert."
Par la suite, nous avions recontacté monsieur Siniavine dans le cadre de nos recherches sur les redoublages - ou doublages tardifs - d'anciens films. Il nous avait communiqué qu'il avait adapté en français les films suivants, pour la plupart sortis en DVD aux Editions Montparnasse : Horizons perdus, L'impossible Monsieur Bébé, Les deux visages du Docteur Jekyll, La revanche de Frankenstein, Rendez-vous avec la peur, Berlin Express, Sylvia Scarlett, Desperate, Servitude humaine, La Fureur d'aimer, Holiday Affair, Geronimo, Andersonville, La Fille en blanc...

(c) La Gazette du doublage - 2018

dimanche 20 mai 2018

La fin de la SPS



Pour ceux qui les ont connus, les mythiques studios de la SPS (société parisienne de sonorisation) étaient situés 8 rue Leredde (avec 2 "d" comme aimait nous le rappeler Roger Rudel, la célèbre voix française de Kirk Douglas) dans le 13e arrondissement.
Fondés en 1938, ils ont réalisé leurs propres doublages, jusqu'au milieu des années 80, dirigés par Henri Allegrier-Ebstein, Gérald Castrix, Serge Nadaud, Roger Rudel, Jean Lagache, Jacqueline Porel, Jean-Pierre Dorat et d'autres, pour le compte des filiales françaises de firmes cinématographiques américaines (United Artists, UIP et Disney notamment). Par la suite, plusieurs sociétés extérieures de doublage s'y sont installées (notamment Passeports films, Synchro 7, et Dôme Productions).
Nous avons eu la chance d'assister à la fin des années 90 à des enregistrements de doublage dirigés par Bruno Lais de la société Synchro Services, dont celui de Ladies Man (Paramount), film sur lequel nous avions fait connaissance du sympathique comédien et réalisateur Lucien Jean-Baptiste.
En passant il y a peu devant ces lieux chargés d'histoire, nous avons constaté avec regret leur destruction prochaine au profit d'immeubles d'habitation. Triste fin pour des studios mythiques de doublage qui fêtaient leurs 80 ans.





(c) La Gazette du doublage - 2018

jeudi 26 avril 2018

Décès de Jean Lagache (1931-2018)

Nous venons d'apprendre le décès du comédien Jean Lagache, 86 ans, survenu en janvier dernier. A la fin des années 40, il suit les cours de Marie Ventura, sociétaire de la Comédie-Française. Il débute au théâtre au début des années 50 dans Le Sabre de mon père, une pièce mise en scène par Pierre Dux. Parallèlement, il tourne pour la télévision, notamment sous la direction de Jean Kerchbron. Dans les années 60, il est dans la troupe de Jean-Louis Barrault au théâtre de l'Odéon pour quelques classiques du Répertoire (Shakespeare, Marivaux...). C'est à cette époque que Jean Lagache commence à faire de la synchro. D'abord sur des seconds rôles - il double des acteurs comme James Donald dans La Grande évasion (1963) ou encore George Chakiris dans Mission 633 (1964) - il accède à un premier rôle dans la célèbre série Daktari (dès 1969 sur l'ORTF) dans laquelle il prête sa voix à Marshall Thompson. En 1969, il commence à doubler Clint Eastwood dans La Kermesse de l'Ouest qu'il suivra jusqu'à L'Evadé d'Alcatraz (1979). Par la suite, il prête sa voix à d'autres acteurs chevronnés : Oliver Reed (La Poursuite implacable), James Mason (Le Ciel peut attendre), Max Von Sydow (Hanna et ses sœurs), Jeremy Irons (La Maison aux esprits), Christopher Plummer (Nuremberg), Roger Moore (Stratégiquement Vôtre), Nielsen (Y a-t-il un flic pour sauver l'humanité), Alan Arkin (Détention secrète)... En 1990, il double Paul Newman dans Mr and Mrs Bridge de James Ivory (version française dirigée par Bruno Lais) au côté de sa compagne de l'époque Jocelyne Darche qui prête sa voix à Joanne Woodward, l'épouse de Newman. Précisons qu'au doublage, Jean Lagache n'a pas été que comédien; il a aussi dirigé pour le compte de plusieurs sociétés. Ainsi, on lui doit notamment la direction artistique des premiers films de Star Trek (à partir de 1980) et de Tarzan, l'homme singe (1981) de John Derek.

(Remerciements à David Gential, Michel Vigné et Maurice Le Borgne. Photo : Jocelyne Darche)

(c) La Gazette du doublage - 2018

samedi 10 février 2018

Décès de Richard Leblond (1944-2018)

Nous apprenons avec tristesse, par son fils Tony, le décès du comédien Richard Leblond le 6 février dernier. Nous avions eu l'occasion de nous entretenir avec ce sympathique comédien en 2009. Richard est un enfant de la balle. Ses parents, Yvon Cazeneuve (1919-1990) et Renée Regnard (1911-2005) sont tous les deux comédiens et font du doublage. En effet, Yvon Cazeneuve double Randolph Scott dans Mon épouse favorite (sorti en France en 1947), Cameron Mitchell dans Le Jardin du diable (1954)... Renée Regnard confie à son fils avoir passé des essais à Paris, au début de la guerre, pour doubler Vivien Leigh dans Autant en importe le vent mais, finalement, le film ne sort en VF qu'en 1950. Par la suite, elle prête sa voix dans des films comme Feux croisés (1947), Le Voleur de bicyclette (1948) ou à Lila Kedrova dans Le Rideau déchiré (1966), à Camilla Hashland dans la série V (1984)...

Richard Leblond n'a que 5 ans lorsqu'il accompagne ses parents sur des plateaux de synchro. Ainsi, il se retrouve sur celui du doublage de Tarzan et la fontaine magique (1949). En effet, son père y double Lex Barker/Tarzan et sa mère, Brenda Joyce/Jane. Renée Regnard se souvient qu'elle a joué vocalement des scènes romantiques avec Yvon Cazeneuve et cela est assez pénible car ils viennent de divorcer.

Richard Leblond commence le doublage pour le film Le Pigeon (1959) sous la direction de Richard Heinz de Lingua Synchrone. En 1962, il double le personnage de Snow Boy dans West Side Story. Dans les années 80, il prête sa voix à Serge Gainsbourg dans le film yougoslave 19 jeunes filles et un marin (film de 1971 connu aussi sous le titre Ballade à Sarajevo) car ce dernier n'a pas souhaité se doubler (Richard demande alors une décharge écrite au distributeur afin de le remplacer). Le dernier doublage de Richard Leblond, quelques jours avant sa disparition, est pour la série The Good Doctor, sous la direction de Catherine Le Lann, dans laquelle il double Paul Dooley.

Durant plus de 50 ans, et environ 5000 doublages, ce grand fan du chanteur américain Frankie Laine prête sa voix, parfois à quelques stars : Spencer Tracy (redoublage du Père de la mariée), Glenn Ford (redoublage de Superman 1), mais souvent à des grands seconds rôles : Ernest Borgnine, Ed Asner, Brian Dennehy, James Gandolfini, Joe Don Baker, Paul Sorvino... On l'entend aussi dans de nombreuses séries à succès telles que Smallville, Scrubs ou encore Larry et son nombril.

Le doublage perd un de ses plus fidèles artisans. Nos pensées vont à sa famille et à leurs proches.

(Remerciements à Tony Cazeneuve et à Jean-Pierre Bouderlique)

(c) La Gazette du doublage - 2018