Nous avons eu confirmation par la Mutuelle des Artistes du décès de la comédienne Nelly Benedetti le 13 mars dernier à Paris. Elle allait avoir 90 ans le 18 décembre prochain.

Cette comédienne a été une vedette du doublage des années 50 et 60. Brune, d'origine italienne, elle a prêté sa voix à des actrices passionnées et souvent à fort tempérament comme elle : Olivia de Havilland dans Autant en emporte le vent (film de 1939 mais doublé en 1950 pour sa sortie), Janet Leigh dans Scaramouche (1952), Ann Bancroft dans Le trésor du Guatemala (1953), Elizabeth Montgomery dans Condamné au silence (1955), Joan Collins dans Une île au soleil (1957), Jayne Mansfield dans La Blonde et le shérif (1958), Eva Marie Saint dans La Mort aux trousses (1959), Elizabeth Taylor dans les films MGM des années 60 (La Vénus au vison, Hôtel international, Le chevalier des sables, Les Comédiens...), Ursula Andress dans Le Crépuscule des aigles (1966) et Casino Royale (1967), Raquel Welch dans Une super girl nommée Fathom (1967) et La femme en ciment (1968)...

Lors d'une conversation téléphonique avec elle au début des années 2000, elle nous avouait avoir eu plaisir à faire du doublage mais qu'elle ne souhaitait pas être interviewée sur ce sujet car sa grande passion était surtout le théâtre. Elle nous évoquait notamment son passage dans la compagnie Renaud-Barrault.

Elle avait également tourné pour la télévision et le cinéma, notamment avec François Truffaut dans La Peau douce (1964) dont elle gardait un grand souvenir. Le doublage avait été pour elle une activité qui lui avait permis de gagner sa vie - car cela n'avait pas été toujours le cas avec le théâtre - mais elle ne souhaitait pas être identifiée à une "actrice de doublage", selon ses mots. D'ailleurs, à ce propos, elle prenait l'exemple de la série Dallas dans lequel son époux, le comédien Dominique Paturel, doublait le personnage de JR Ewing. Elle nous racontait que des fans de cette série harcelaient souvent son mari afin qu'il signe des photos de JR alors qu'il avait joué des pièces de grands auteurs, avait connu une certaine popularité... Cela la mettait en colère. Nous lui avions répondu alors que c'est grâce au talent de comédiens comme elle ou son mari que certains films ou séries ont connu en France le succès que l'on connaît.

En fin de compte, le paradoxe est tel que seuls quelques cinéphiles amateurs de vieilles versions françaises se fassent l'écho de sa disparition alors qu'elle-même ne souhaitait guère parler de doublage...

(Remerciements à René Renot et Pascal Laffitte)

(c) La Gazette du doublage - 2011