samedi 6 juin 2020

Archives : Isy Pront de la Paramount

Pour ceux qui s'intéressent à la mémoire du doublage français, il y a un nom qui apparait systématiquement sur les cartons de doublage des films distribués par la Paramount puis par Cinéma International Corporation (CIC) (regroupement de Paramount et Universal en 1970, et de MGM en 1974), de l'après-guerre au début des années 80, celui d'Isy Pront.


(de gauche à droite : Isy Pront et la star américaine Danny Kaye sur le plateau de tournage du film "La doublure du général" en 1960. C'est Yves Furet qui le double en français dans ce film.)

Isidore (ou Isy) Pront, né le 7 décembre 1909, entre à la Paramount en 1934 (on ne sait pas précisément quelle est sa fonction dans ces années 30). Par la suite, il devient le directeur technique français de la firme américaine située au 1 rue Meyerbeer à Paris 9e (dans le même bâtiment que l'ancien cinéma Paramount Opéra devenu Gaumont). Son travail consiste à superviser tous les travaux techniques et artistiques, à engager les auteurs de doublage, de sous-titrage et les directeurs artistiques.

Ainsi il travaille avec les auteurs-adaptateurs suivants : Jean Mauclair, Charles Vinci, Claude-Jean Bonnardot, Marcel Lebreton, Claude A. Grosjean, Maurice Griffe, Louis Sauvat, Fred Savdié, Gérald Devriès, Jean Lagache, Maria Signorini, Max Piquepé... Et les directeurs artistiques : André Gerbel, Maurice Dorléac, Claude Péran, Jean Devaivre, Serge Nadaud, Roland Ménard, Marc Cassot, Jean Lagache, Jacques Thebault...

Isy Pront enregistre ses doublages essentiellement à Franstudio à Saint-Maurice, rue des Réservoirs, mais aussi chez Général Productions rue Condorcet ou encore aux studios CTM à Gennevilliers. Par la suite, les enregistrements se font également aux laboratoires GTC à Joinville-le-Pont. Sous sa direction, Paramount puis Universal et MGM vont connaître de grands succès avec les films suivants : Sous le plus grand chapiteau du monde (VF : Jean Mauclair et Charles Vinci, 1952), L'homme des vallées perdues (VF : Marcel Lebreton, 1953), Psychose (VF : Claude-Jean Bonnardot, 1960), Diamants sur canapé (VF : Maurice Griffe, 1961), Drôle de couple (VF : Serge Nadaud, 1968), Rosemary's Baby (VF: Geneviève Le Forestier, 1968), Love Story (VF : Jean Lagache, 1970), Le Parrain (VF : Eric Kahane, 1972), Les trois jours du Condor (VF : Christian Dura, 1975), La Fièvre du samedi soir (VF : Gérald Devriès, 1977), Grease (VF : Max Piquepé, 1978), Les Aventuriers de l'arche perdue (VF : Max Piquepé, 1981)...


(de gauche à droite : Isy Pront et Yves Montand dans un aéroport parisien en 1961. La presse reporte que Montant double seul le film "Ma Geisha" dans les studios de Titra à New York alors que la version française - pour les autres comédiens - est adaptée et dirigée par Claude Péran en région parisienne.)

Durant sa carrière en tant que directeur de la synchronisation, Isy Pront, travaille sous la responsabilité des dirigeants français de la Paramount puis de CIC parmi lesquels : Henri Michaud, Henri Klarsfeld et Daniel Goldman. Il collabore aussi avec Odette Ferry, la directrice de la publicité de la Paramount, proche d'Alfred Hitchcock.

Sa nièce Françoise - fille de l'ingénieur du son Alex Pront - se souvient qu'Isy habitait rue Thimonnier dans le même immeuble que Jacques Barclay. Tous les matins une voiture venait le chercher pour le conduire à son bureau rue Meyerbeer, au siège de la Paramount. Elle nous raconte aussi que son oncle - qui était marié mais sans enfant - la considérait un peu comme sa fille et l'avait invitée notamment à la Première parisienne du film Love Story en 1971, un grand moment pour elle.

Vers 1981, après une longue carrière au service du cinéma américain, Isy Pront passe la main à Pierre Capozzi comme directeur technique (ce dernier épouse en 1961 la comédienne Dominique Page, une voix du doublage). Isy nous quitte le 9 juin 1988 à près de 79 ans.


QUELQUES EXEMPLES SUPPLEMENTAIRES :

Auteurs de doublage : Jean Mauclair (Une place au soleil, 1951 - Vacances romaines, 1953), Charles Vinci (La piste des éléphants, 1954), Claude-Jean Bonnardot (L'homme qui en savait trop, 1956 - Le Délinquant involontaire, 1967), Charles Vinci et Claude-Jean Bonnardot (Les Dix Commandements, 1956), Marcel Lebreton (La Neige en deuil, 1956 - Règlement de compte à OK Corral, 1957 - La plus grande aventure de Tarzan, 1959 - Violence au Kansas, 1959 ), C.A. Grosjean (Tueurs de feu à Maracaïbo, 1958) - Maurice Griffe (La Fille à la casquette, 1963), Louis Sauvat (Les Ambitieux, 1964), Fred Savdié (Une certaine rencontre, 1963 - Nevada Smith, 1966 - Un Amant dans le grenier, 1968 - Pookie, 1969 - Catch 22, 1970), Gérald Devriès (L'Espion qui venait du froid, 1965 - American Gigolo, 1980), Jean Lagache (Cours après moi shérif, 1977 - Tu fais pas le poids shérif, 1979), Maria Signorini (L'Evadé d'Alcatraz, 1979)...

Directeurs artistiques : André Gerbel (Sous le plus grand chapiteau du monde, 1952 - Vacances romaines, 1953), Marie Francey et André Gerbel (La Main au collet, 1955), Maurice Dorléac (L'homme qui en savait trop, 1956 - Le Délinquant involontaire, 1957 - Psychose, 1960 - La Taverne de l'Irlandais, 1963 - L'Espion qui venait du froid, 1965 - Cent dollars pour un shérif, 1969), Claude Péran (La Neige en deuil, 1956 - Règlement de compte à OK Coral, 1957 - Le dernier train de Gun Hill, 1959 - Violence au Kansas, 1959), Jean Devaivre (Une certaine rencontre, 1963), Serge Nadaud (Boeing Boeing, 1965), Jacqueline Monchablon et Jacques Barclay (Paradis Hawaïen, 1966), Roland Ménard (Un Amant dans le grenier, 1968), Marc Cassot (La Fièvre du samedi soir, 1977 - Les Aventuriers de l'Arche perdue, 1981), Jean Lagache (Star Trek, 1980), Jacques Thebault (Le Chasseur, 1980)...

(Remerciements à Françoise Pront, épouse Martin)

(c) La Gazette du doublage - 2020

jeudi 16 avril 2020

Décès de Lucie Dolène (1931-2020)

La chanteuse et comédienne Lucie Dolène vient de nous quitter à l'âge de 88 ans. Bien qu'elle ait chanté dans quelques opérettes, un peu tourné pour le cinéma et la télévision et joué au théâtre dans la pièce à succès Le Noir te va si bien, c'est le doublage qui lui a apporté une forme de consécration. Après avoir été la voix chantée de Debbie Reynolds dans Chantons sous la pluie (1953) et La Conquête de l'Ouest (1962), elle est choisie par Walt Disney France pour doubler (dialogues et chants) l'héroïne de Blanche-Neige et les sept nains dans un doublage enregistré à la Société parisienne de sonorisation en 1962 et exploité jusqu'au début des années 2000. Elle s'est aussi illustrée dans d'autres dessins animés : Le Livre de Jungle (1967), Tintin et le temple du soleil (1969), La Belle et la Bête (1991)... Avec la disparition de Lucie Dolène, c'est une voix mythique du doublage qui nous quitte.



Nous vous invitons à lire la longue interview que Lucie Dolène a accordée à notre camarade Rémi Carémel du blog Dans l'ombre des studios.

(c) La Gazette du doublage - 2020

jeudi 9 avril 2020

Star Wars The Mandalorian

Un partenariat entre le groupe Canal (Canal+, C8 et CStar) et la plateforme Disney+ a permis la diffusion le 7 avril du premier épisode de Star Wars The Mandalorian qui a rassemblé 2 259 000 téléspectateurs. Cette nouvelle série raconte les aventures d'un chasseur de primes et de bébé Yoda.
Dominique Guillo, comédien, metteur en scène et producteur, prête sa voix au personnage du Mandalorien. Il a doublé ponctuellement Jim Caviezel, Ruppert Everett, Hugh Jackman, Daniel Craig...
Le comédien Jacques Frantz, voix française habituelle de Robert De Niro, prête ici sa voix à Nick Nolte (Kuiil).
Tout comme Frantz, Edgar Givry est une grande voix du doublage (Richard Dean Anderson, John Malkovich, Timothy Dalton...) Après avoir dirigé la synchro du Star Wars Episode IX: L'ascension de Skywalker, la firme Disney, et en particulier sa division doublage (DCVI), satisfait de son travail sur le long métrage, lui a donné la série The Mandalorian à diriger.
L'adaptation du premier épisode est signée du vétéran Philippe Videcoq-Gagé à qui l'on doit notamment l'adaptation des dialogues et des chansons de la production Disney Le Retour de Mary Poppins (2018).



The Mandalorian (2019 - Disney)
(épisode 1 - saison 1)

Studio de doublage : Dubbing Brothers
Studio de mixage : Dubbing Brothers
Direction artistique : Edgar Givry
Adaptation : Philippe Videcoq-Gagé
Direction créative : Boualem Lamhene
Supervision créative : Nadira Kacimi
Version française produite par Disney Character Voices International, Inc.

Avec les voix françaises de :
Le Mandalorien : Dominique Guillo
Greef Karga : Rody Benghezala
Le Client : Frédéric Cerdal
Dr Pershing : Nessyn Guetat
Kuiil/Ugnaught : Jacques Frantz

Voix additionnelles :
IG-11 : Stéphane Ronchewski
Mythrol : Laurent Maurel

(c) La Gazette du doublage - 2020

vendredi 27 mars 2020

Décès d'Odile Schmitt (1960-2020)

Nous avons appris avec grande tristesse le décès de la très sympathique comédienne Odile Schmitt.
Après un bac littéraire et un DUT, Odile s'oriente vers le métier de comédienne. Elle suit notamment les cours du conservatoire de Strasbourg et d'Andreas Voutsinas. En 1980, elle tourne dans Les Années Lumière aux côtés de Trevor Howard, film ayant remporté le grand prix spécial du jury au festival de Cannes l'année suivante. En 1983, on lui propose de faire de la synchro. Elle passe un essai pour le directeur artistique Jacques Barclay (Libra Films) afin de doubler le petit Tao dans le dessin animé franco-japonais Les Mystérieuses cités d'or. Elle suivra ce personnage tout au long des 39 épisodes. Elle participe aussi à d'autres dessins animés (Jeanne et Serge, Les Minipouss, Denis la malice...). En 1986, elle prête sa voix au personnage de Hilda dans la série comique Stalag 13/Papa Schultz aux côtés de Philippe Dumat, Patrick Floersheim et Albert Augier. A partir du milieu des années 90, elle double les actrices Ada Nicodemou dans la série Hartley, cœurs à vif, Nia Peeples dans Walker Texas Ranger ou encore Rosa Blasi dans La Vie avant tout... Mais Odile reste pour beaucoup la voix française indissociable d'Eva Longoria. La rencontre vocale commence avec le soap Les Feux de l'amour en 2001 et se poursuit à partir de 2005 avec Desperate Housewives. Grâce à cette série, nous avions eu la joie et le privilège d'inviter Odile et ses camarades du doublage (Claire Guyot, Caroline Beaune...) lors de l'édition 2012 du Salon des séries et du doublage pour une Rencontre/dédicaces. Odile s'était pliée à l'exercice et avait fait le show pour le plaisir des spectateurs enthousiastes. Nous ne l'oublierons pas...


(c) La Gazette du doublage - 2020