vendredi 18 juillet 2008

Hancock (Peter Berg, 2008)

Au delà du trash (modéré), de la tchatche (rigolote), un blockbuster vraiment zarbi car troué de toutes parts. Troué dans son montage que gangrène une foultitude de plans sombres, intérieurs, où Will Smith, grand corps flasque en souffrance, occupe la caméra suspendue à ses affres, avide d'abstraction psy. Ces moments d'hébétude fort nombreux (au point d'inquiéter les mouflets dans les salles), le réalisme des turpitudes aussi, offrent à nos coeurs la vraie matière du film, résolument existentielle. Après les FF en charentaises et autres has been de Sky High, nos super-héros modernes se la jouent sartrien (l'Enfer, c'est les humains).

samedi 12 juillet 2008

Dying God (Fabrice Lambot, 2008)

Vous ne le trouverez qu'en kiosque, rayon gore et sous blister, à l'enseigne Néo Publishing (la jolie tête de mort). C'est le Kurupi, espèce de dieu amazonien looké façon Swamp Thing qui, avant d'expirer, se doit d'ensemencer une gironde bien féconde avec son gros zgeg de deux mètres de long. C'est la première série Z de l'ami Lambot (produite par Jean-Pierre Putters et sa société Métaluna), tournée en HD à BuenosseAiresse en 22 jours, avec une flopée de scream queens autochtones, une bien jolie française (Agathe de la Boulaye), l'illinoise Erin Brown (a.k.a Misty Mundae, starlette du cavalage) et l'increvable Lance Henriksen, ici paraplégique mais toujours très hard-boiled. Croisement incongru entre le Quetzalcoatl de Larry Cohen et le Manitou de William Girdler, maquillé Wes Craven et massacrant giallo, ce "godemiché mourant" (dixit JPP) ne cherche pas à être ce qu'il n'est pas mais s'affirme tel qu'il est : cheap et choc, glauque et trash, Lustig à la française, cormanien quotidien - du nanan pour happy few (il ne manque que Tony Curtis).

mardi 24 juin 2008

Sans Sarah, rien ne va (Nicholas Stoller, 2008)

Apatow, lui, ne s'égare pas. Au contraire, il fait feu de tout film, chacun avec son ton, mais fort reconnaissable. En moins d'une décennie, il aura imposé ses style et univers, écrit, produit, filmé, c'est kif-kif, du pur jus Apatow. Après l'hystérie superbad, la franche mélancolie, sous Hawaii et ses tongs, une belle comédie triste où les dadais à poil, quéquette ras la serviette, encaissent sans grand courage la féminité brute. Ils pleurent comme des madeleines, se saoulent de lourds flashes-back, survivant au présent. Malgré ça, quelle drôlerie - il faut être bien bas pour rire entre les larmes. On ne saurait trop conseiller de se laisser ébaudir.

dimanche 15 juin 2008

Las Vegas 21 (Robert Luketic, 2008)

A vrai dire, Luketic s'égare un peu. Il n'a jamais atteint des sommets, mais ses petits films stylés (La Blonde, La Belle-Mère et surtout Rendez-vous avec une star, son meilleur) portraituraient gentiment l'univers lamentable des parvenus - c'était plutôt bien vu. Là, et malgré Kate Bosworth (la Rosalee de Tad), voire le jeune Jim Sturgess, excellent car profond, le produit s'éternise dans un Vegas chromo dont on a cinq mille fois contemplé les jets d'eau et maté les néons. Lui qui sait pétiller nous fait souvent languir ; on frise le nanar mou (heureusement qu'il y a la belle photo de Russell Carpenter, toujours irréprochable).

vendredi 13 juin 2008

Phénomènes (M. Night Shyamalan, 2008)

Envers et contre tout, on aime beaucoup Shyamalan, pur réalisateur qui fait des films éblouissants d'images. Phénomènes ne faillit pas à la règle. C'est même une forme aiguë de quintessence shyamalienne, synthèse magnifique où un simple gimmick (les plantes en ont ras la racine) suscite moult variations romero-hitchcockiennes d'une beauté sidérante, quasi abstraite et chargée d'émotion primale. Les mises en scène de suicides, visuellement renversantes, le filmage de la nature qui bruit, tactile, presque sensuel, élaborent une allégorie existentielle prégnante, dont le spectateur ne peut qu'éprouver la sombre fatalité. Et pour ceux qui persistent à dire que l'auteur ne prend pas assez de distance avec son matériau, on recommandera la séquence magistrale de la "plante en plastique", sur laquelle il serait bon de gloser quelque peu. En bref comme en mille lignes, un vrai livre s'impose.