vendredi 22 septembre 2006

Où en est le cinéma à Taiwan?

Hou Hsiao-Hsien et Tsai Ming-Liang sont produits par des français, et plus aucun taiwanais ne veut prendre le risque de produire des films du cru. Un jeune cinéaste, brillant réalisateur du court-métrage Respire, ne trouve pas les 220 000 euro (une somme dérisoire ici, de nos jours) qui lui permettraient de réaliser son long-métrage de 90 minutes. Pourquoi ? Parce qu'il est d'origine malaisienne (comme Tsai-Ming Liang) et que, en plus, son film se base sur la vie des Philippins qui vivent à Taiwan... Bref, il n'a aucune chance.
Niveau animation, le constat n'est guerre plus réjoussiant. Le TIAF (Taipei international animation festival) présentait deux programmes de courts taiwanais. Les meilleurs étaient réalisés par des taiwanais MAIS à l'étranger, comme le très beau Small And Deep Loves Stories de Hsinping Pan de University of Southern California. Le reste n'est pas mauvais techniquement mais manque d'un cruel manque d'originalité et de structure dans les scénarios.
Fermé sur lui-même, le pays qui veut farouchement conserver son indépendance, devrait, pour son cinéma en tous cas, entrer en introspection.

jeudi 21 septembre 2006

L'ombre d'un doute

Entreprendre le sauvetage du WTC d'Oliver Stone est-il bien raisonnable ?

World Trade Center d'Oliver Stone est difficilement défendable. C'est certes un mauvais film. Mais quelque chose me dérange dans le procès qui lui est fait, dans l'hostilité critique quasi-unanime entourant cette sortie. Disons que l'hostilité au film est légitime (sur le plan idéologique), mais il me semble qu'elle occulte deux ou trois choses assez étonnantes.

À côté des gros sabots, du sentimentalisme écœurant, du patriotisme dégoulinant et de l'ambiguité propre au personnage de l'ex-marine "va-t-en-guerre", il y a une scène extraordinaire qui, à elle seule, justifie le fait de s'aventurer dans la salle.
L'entame du film (ses dix premières minutes) est extraordinaire. Oliver Stone ne nous avait pas habitué à une telle économie de moyens. Une ville se réveille, peu à peu. Deux hommes partent travailler. Il n'y a pas encore cette musique lourdingue de Craig Armastrong qui viendra ensuite encore alourdir le film. Juste des plans de la ville se peuplant peu à peu. C'est tout. Puis ces deux plans incroyables : une ombre qui passe sur le visage de Michael Pena, un bourdonnement qui monte, puis, à la place du contrechamp attendu, cette ombre (celle du premier avion) redoublée sur un immeuble que le soleil du petit matin commence à éclairer. C'est tout. Et tout est dit.

Les images trop connues du crash de l'avion dans le WTC seront ensuite reprises dans le film via les télévisions, mais Stone a le bon goût (je n'aurais jamais pensé écrire ça !) de juste suggérer ce que le cinéma hollywoodien d'action avait de toutes façons déjà anticipé avant septembre 2001.

Parmi les autres reproches faits au film, on a pu lire que les conversations des deux flics n'étaient pas très intéressantes. Et alors ? Etant donnée leur situation, leur triste état, sachant aussi qu'ils ne se connaissent pas, le fait qu'ils débitent des banalités sur leur vie d'avant ne m'a pas gêné. Contrairement aux trois imbéciles qui ne cessaient de ricaner derrière moi... Là, les deux personnages - bloqués, blessés, impuissants - parlent de leur femme, de leurs enfants, parce qu'ils ont forcément ça en commun, parce que c'est un moyen facile d'engager (puis de continuer) une conversation et de ne pas se laisser engourdir par la douleur.
Il est tout de même assez intéressant - et le parti-pris de Stone est quand même risqué - que les deux personnages soient réduits à l'impuissance et, surtout, qu'ils n'aient sauvés absolument personne. Cela évite - un temps - l'éloge héroïque, le flirt avec le film d'action, même si cette dimension sera malheureusement prise en charge par toute une série de personnages secondaires dans la toute dernière partie du film.

Et l'apparition de Jesus-Christ, me direz-vous ? C'est indéfendable ! Parce que dans Bad Lieutenant de Ferrarra, elle n'était pas ridicule ?
Ici, cette apparition est filmé de façon si triviale, si décalée (avec cette bouteille d'eau minérale que porte le Christ, ce filtre artificiel d'un orange baveux, cette imagerie trop sulpicienne pour être prise au premier degré) qu'elle est clairement donnée pour une sorte de vision mentale dont même le personnage l'ayant eue s'amusera ensuite.

Pourtant, je n'ai pas aimé WTC. Vraiment pas. Mais ce prologue, quand même !

lundi 18 septembre 2006

"Ex-fan des eighties"

Une hypothèse, comme ça en passant... Et si le film hollywoodien de l'été n'était ni Pirates des caraïbes 2, ni Miami Vice, mais plutôt l'anodin Monster House.
Bon, quand je dis ça, je suis conscient que c'est le gamin qui s'est délecté devant les Goonies, Gremlins, E.T. ou Retour vers le futur qui parle. Mais, après tout, assumons...
Sur le récit et sur la conduite de l'action, Monster House est réellement impressionnant. Pixar me paraît battu. Peut-être pas techniquement. Encore que... Mais sur la mise en scène, au moins, le film est une leçon. C'était d'ailleurs déjà le cas du Pôle Express de Zemeckis, mais juste sur les scènes d'action. Le reste était assez poussif. Ici, l'ensemble du film tient la route. Il est dommage que l'on ait si peu parlé de ce film à sa sortie, comme s'il n'était qu'une sucrerie de plus pour l'été, un film d'animation jouant en deuxième division. Zemeckis et Spielberg sont-ils devenus tellement "has-been" que l'on ne s'intéresse plus à ce qu'ils produisent ? Monster House vaut, à mon avis, pourtant bien mieux que Les Indestructibles ou Cars. Ne serait-ce que parce qu'il assume son programme (en gros, faire un vrai film d'horreur pour les enfants) avec humilité et sincérité. Ici, pas besoin de jouer la carte de la référence et de la vanne second degré à la Shreck, le film fonctionnne tout seul. Pas besoin de se réfugier derrière une ironie de petit malin.
Rien que pour ça, c'est une belle surprise.