dimanche 15 octobre 2006

Friends with money (Nicole Holofcener, 2006)

Les "films de filles qu'on peut voir avec son psy" (dixit Cosmopolitan) et leurs consoeurs séries TV (Desperate housewives, Grey's anatomy, etc.) ont franchement la cote. Ici, la réalisatrice vient de Sex and the city et des Gilmore Girls ; c'est dire si elle pratique en spécialiste ce nouveau genre de comédies lounge et fashion où des maris nippés Yamamoto essuient les larmes lancômisées de leurs épouses mélancoliques sur fond de Rickie Lee Jones. Au demeurant, la douceâtre superficialité des rapports amoureux qui s'effilochent (on n'est pas chez Bergman ou Cassavetes) n'empêche pas l'émotion d'affleurer ni une certaine justesse de ton de poindre au fil des scènes, burinant les visages, faisant trembler les corps. Et, après tout, ce type d'historiette ne s'avère pas plus vain et dispensable qu'un "film de mecs qu'on peut voir avec son pote" (et c'est plus reposant).

Terreur à Tiny Town (Sam Newfield, 1938)

Si l'expression film culte avait été inventée pour distinguer une oeuvre unique, peut-être serait-ce celle-ci... Bach Films (dont le catalogue s'enorgueillit d'une bonne flopée de perles impérissables) nous offre aujourd'hui l'édition DVD française de The Terror of Tiny Town (jusqu'alors disponible en DVD zone 1 et K7 NTSC), le seul "western chantant entièrement joué par des nains" de l'histoire du cinéma. Qu'un concept aussi farfelu ait pu germer dans l'esprit d'un producteur hollywoodien peut déjà étonner, mais cela n'est rien face à l'ahurissement que provoque la vision de ce gouffre d'absurdité pataphysique, comme si les contraintes en action entraînaient progressivement la pellicule à délirer au delà des limites décentes de l'entendement artistique. Une fois l'idée admise d'un univers où nos mini-cowboys passent SOUS la porte battante des saloons, escaladent les estrades pour s'envoyer un whisky au comptoir (car le décor, sadiquement, est demeuré aux normes), ou entonnent moult sérénades romantiques juchés sur leurs poneys avant d'attraper des petits veaux au lasso, encore faut-il gober de sévères extravagances induites par on ne sait quelle causalité dont il résulte, par exemple, l'apparition spontanée d'un pingouin frétillant dans la boutique du barbier local, sans que quiconque s'en formalise.

Fabriqué pour faire rire (du moins, on peut le penser), le film n'est, de fait, jamais drôle, au sens littéral du terme ; en revanche, il devient vite un drôle de film, à la fois par l'expression maligne de la souffrance qu'il véhicule (il faut en baver pour boire un verre, etc.) et l'édifiante leçon d'inhumanité qui le caractérise face aux représentations visuelles de la différence. Toutefois, son obstination déraisonnable à vouloir pulvériser les repères traditionnels de perception (le spectateur finit par sombrer dans l'altération en se demandant bien où il se trouve) lui confère le statut singulier d'ovni cinéphilique que tout amateur de culture gonzo se doit de posséder, au rayon "curiosités".