Louons la collection "Giallo" de chez Neo Publishing qui, après les remasterisations (entre autres) du Tueur à l'orchidée d'Umberto Lenzi et du cultissime Mais qu'avez-vous fait à Solange ? de Massimo Dallamano avec Fabio Testi, nous propose aujourd'hui la redécouverte du premier chef d'oeuvre de Michele Soavi, Bloody Bird, uniquement visible depuis des lustres en une antique édition VHS quasi introuvable, hormis dans les bacs à 2 € d'Easy Cash et autres trocantes mirobolantes. A revoir ce premier slasher fulgurant du futur auteur d'Arrivederci amore, ciao, véritable perle macabre et poétique où un tueur au masque d'oiseau trucide des comédiennes au fil tranchant d'une succession de chorégraphies visuelles hiératiques et stylisées (mais non dépourvues d'humour), on constatera à quel point le jeune cinéaste s'était déjà démarqué de son mentor Dario Argento par la puissance d'un style onirique que n'aurait pas dénigré André Breton. Et, de fait, Soavi s'impose bien comme l'auteur le plus furieusement passionnel du gore transalpin, en quête perpétuelle des "brefs éclats du miroir perdu" chers aux Surréalistes. Pour preuve sept ans plus tard, le romantisme désespéré de Dellamorte Dellamore, à ce jour son film le plus intrinsèquement magnétique, qui nous fait amèrement regretter ses longues absences télévisuelles pour cause d'insuccès public.