Friedlander photographie les frontières pour mieux les abolir, dissout les uns dans les autres les êtres et les choses, fait passer les arrières plans au premier dans des jeux de miroir, de perspectives et de flous. Une image dans une image dans une image... Souvent le photographe est là. Il est l'ombre portée par le soleil, une silhouette dans une miroir. Deux corps de chaque côté d'une vitre s'emboîtent et se confondent entre transparence et reflet. Les photographies de Friedlander témoignent d'une vision particulière du monde, où rien ni personne n'est fondamentalement séparé. On se plaît à imaginer que de ces images complexes émane un mouvement, comme celui de l'homme et la femme qui se croisent en se confondant dans un tourniquet. On aurait envie de faire la mise au point pour que l'incertain fasse apparaître la femme buvant son café, ou que celle marchant dans la rue avec l'ombre du photographe dans le dos se retourne pour l'affronter. Friedlander, c'est du cinéma arrêté.

Le musée du Jeu de Paume propose en ce moment une exposition organisée par le MoMa autour de l'oeuvre de Lee Friedlander.