Jack Nicholson est-il passé à côté de sa carrière ?
On y songe, un peu triste, en voyant The Departed, le nouveau Scorsese. Nicholson y est extraordinaire, certes, mais son jeu y est une grimace, comme trop souvent. Toujours entre le film et lui, ce parasitage orchestré par les fantômes de Jack Torrance, du Joker, du Diable des Sorcières d'Eastwick qui, tous ensemble, prennent très vite possession du film de Scorsese.
Film à double vitesse donc : celle du jeune trio masculin impeccable (Damon/Di Caprio/Whalberg) et celle de l'histrion Nicholson dans la maîtrise parfaite d'un surjeu devenu signature. Evidemment, on pense à De Niro dans Cape Fear (l'autre polar de commande de Scorsese - beaucoup moins réussi que celui-ci), mais Nicholson est, dans le registre, incontestablement meilleur. Alors si être un grand acteur, c'est la performance assumée et beuglante, oui Nicholson est un acteur fabuleux. Mais, à bien y réfléchir, rares sont les films où le comédien s'est réellement livré en se mettant au service d'un personnage, d'un metteur en scène et d'un scénario.
Du coup, on ne sait finalement pas trop si Nicholson est un grand acteur. Bien sûr, il y eut Profession Reporter, voire Vol au-dessus d'un nid de coucou (le début de la fin ?). Nicholson, pourtant, n'est pas Pacino (le meilleur de cette génération sans doute) ni même De Niro. Quand a-t-il ému, touché pour la dernière fois ? Dans Crossing Guard peut-être. Dommage que le film n'ait pas été à la hauteur de son inteprétation (Sean Penn, d'ailleurs, ne serait-il pas l'héritier direct de Nicholson ? : même sentiment de talent gaché par une facheuse tendance au cabotinage).
Paradoxalement, The Departed serait peut-être un peu fade sans Nicholson. Et avouons que c'est aussi beaucoup pour lui - dirigé pour la première fois par Scorsese - qu'on avait envie de le voir...