jeudi 30 novembre 2006

Casino Royale (Martin Campbell, 2006)

Quelques mots, tout de même, pour signaler que cet opus 21 nous offre in vivo et substantiellement "le corps, le sang, l'âme et la divinité" de James Bond, c'est-à-dire ni plus ni moins qu'une eucharistie, 144 minutes, via une virginité visuelle (Daniel Craig, impérial dans le masochisme christique), pour aboutir à cette fameuse phrase : "My name is Bond" - entendez "Ecce homo". Comme Incassable (M. Night Shyamalan, 2000) inaugurait le nouveau siècle par la genèse en direct d'un super-héros universel, alors que Star Wars : épisode III - La Revanche des Sith (George Lucas, 2005) permettait enfin aux fans (après 28 ans d'attente) d'assister au moment mythique où Anakin Skywalker devient Dark Vador, il semblerait que notre millénaire numérique contraigne ses icônes populaires à exhiber leur chair originelle afin d'espérer l'éternel avènement de leur incarnation mentale.

mardi 28 novembre 2006

Les Parallèles de Nicolas Saada

Hanté par le cinéma américain, Nicolas Saada avait proposé en 2005 son premier court-métrage Les Parallèles, avec Jonathan Zaccai et Géraldine Pailhas. Objectif-cinema l'avait montré lors de son premier ciné-club en décembre 2005 au Studio Galande, accompagné de Conversation Secrète de Coppola. La mise en regard était frappante... Nicolas Saada sera présent à la boutique Chalet Pointu 14 rue Deguerry dans le 11eme arrondissement de Paris jeudi 30 novembre de 19h30 à 21h à l'occasion de la sortie de son film en DVD.

vendredi 24 novembre 2006

The Happiness of the Katakuris (Takashi Miike, 2001)

Plus connu pour ses polars hard-boiled ou ses drames ultra-violents, l'increvable Takashi Miike (70 films en 15 ans selon Imdb) est aussi un formidable auteur comique, ce que prouve l'édition récente (par Asian Star qui nous avait déjà révélé la sémillante Sassy Girl de Kwak Jae-Yong) de The Happiness of the Katakuris, ahurissante comédie musicale camp (façon Bartel ou Alex de la Iglesia) mêlant chorégraphies primesautières, karaokés kitsch, animations en pâte à modeler et délires gore semi-grotesques, avec une énergie poétique peu commune à l'égal d'une intrigue macabre joliment invraisemblable. Pour tout dire, cette perle brillantissime 200% brindezingue (on y voit des zombies danser du modern jazz, un globuleux homoncule infiltrer la gorge d'une jeune fille pour dévorer sa luette, un lutteur de sumo écraser sa partenaire au moment de l'orgasme, etc.) défie les règles élémentaires de l'analyse classique à un point tel qu'il ne reste plus qu'à se laisser porter vers ces contrées improbables où la magie du cinéma surréel opère sa fascinante alchimie. A conseiller d'urgence aux cinéphiles blasés en quête d'émotions inédites.

mardi 21 novembre 2006

Borat (Larry Charles, 2006)

Voici un film qui, sans être révolutionnaire ou innovant (on identifie aisément la lignée, de John Landis à Michaël Youn, via les Monty Python ou les ZAZ), fleure bon la contestation potache de base, ce dont, par les temps consensuels qui courent, nous ne nous plaindrons pas trop. Il contient en outre quelques séquences mémorables, poussant très loin la trashitude autiste, comme les "lâchers de juifs" à la mode kazakhstanaise, le combat naturiste dans une chambre d'hôtel entre Borat et son producteur obèse, l'allocution raciste et fasciste devant les amateurs de rodéo fans de George Bush, furieuses pantalonnades incitant le spectateur à jouir des plus vils registres du rire incontrôlé - c'est gras, ça tache, on en sort tout piteux d'éructer aussi bas. On soulignera juste le manque de rigueur narrative conférant à l'ensemble l'allure un peu terne d'un enchaînement de sketches mal ajustés (sans doute Todd Phillips, évincé par Sacha Baron Cohen pour "divergences artistiques", aurait pu cimenter la matière foisonnante de cette pochade en roue libre), sans toutefois regretter l'avènement d'une véritable figure burlesque, ce qui n'est pas si fréquent dans l'histoire du cinéma comique.

mercredi 15 novembre 2006

Toi et moi... et Duprée (Anthony & Joe Russo, 2006)

La comédie américaine moderne se porte quantitativement bien, les nouveaux auteurs fleurissent, pas une semaine sans un titre ou deux à consommer ; une fois ce constat effectué, il faut pourtant avouer qu'elle souffre d'un travers persistant, cette omnipotence des acteurs pour lesquels les studios reproduisent ad libitum moult scénarios stéréotypés qui finissent par lasser - vincevaughneries et autres sandleritudes ; avec l'ami Duprée (Dupree in english - prononcez [dupriii] en traînaillant sur le [i]), c'est le sympatoche Owen Wilson qui se colle à l'exercice sans style et on s'oublie à penser que tous ces formidables comédiens, souvent plus subtils qu'il n'y paraît, feraient mieux de rempiler chez Wes Anderson ou David Dobkin, voire d'entreprendre les Farrelly. Quant aux frères Russo, Bienvenue à Collinwood n'avait guère convaincu ; ce ne sera pas Duprée qui nous rassurera sur leur capacité à transcender l'ordinaire ploucocrade.

mardi 14 novembre 2006

McLaren : l'émotion du mouvement

Caprice en couleurs, Pas de deux... Les films de Norman McLaren font l'éloge du mouvement. La pellicule de Caprice en couleurs défile et avec elle les couleurs que l'artiste à peint. Tout va très vite, mais pourtant les formes se répondent, le rythme épouse à la perfection celui du morceau free-jazz composé par Oscar Peterson. A l'opposé, mais pas tant que ça, Pas de deux propose les pas ralentis d'un homme et une femme dansant l'un avec l'autre. les corps blancs sur le fond noir se détachent mais McLaren les perdra dans un jeu d'apparition/disparition et la démultiplication qui les rendra informes, presque abstraits. La musique et l'image se complètent, et on est saisi par l'émotion.
Le Centre Pompidou propose du 15 novembre au 4 décembre une rétrospective Norman Mc Laren.

jeudi 9 novembre 2006

Bubba Ho-tep (Don Coscarelli, 2002)

Pour les nostalgiques de Phantasm (27 ans déjà) et de ses trois sequels, pour ceux qui ont toujours préféré Dar l'Invincible à Conan le Barbare, pour tous les happy fews de Frank Henenlotter, Brian Yuzna et autres yankees sauvages nourris au biberon des séries B déjantées et revendicatrices (tendance anarchiste), Don Coscarelli est de retour avec ce titre un peu ancien que quelques séances festivalières enthousiastes (Bruxelles, Gérardmer, Montréal, etc.) ont propulsé dans les salles (15 février 2006) puis en DVD (M6 Vidéo), au gré d'un bouche à oreille laudateur. Comme souvent chez cet auteur inventif qui s'avance plus ou moins masqué, le scénario délirant (Elvis Presley et John F. Kennedy vs La Momie, dans une maison de retraite de cambrousse !) dissimule des préoccupations sérieuses et tourmentées (ici une réflexion émouvante et très crue sur la vieillesse, le déclin et la mort, que les rebondissements grotesques de l'intrigue teintent d'une coloration tonale assez perturbante), montrant une nouvelle fois la vitalité subversive du cinéma fantastique, territoire affranchi où les grands désespérés peuvent s'en donner à coeur joie dans la peine.